Le fonds anglo-saxon CVC Capital Partners reprend à Keensight Capital sa part majoritaire au capital de Sogelink, éditeur lyonnais de solutions logicielles pour les professionnels du bâtiment. Dans un climat morose pour le private equity, l’opération stratégique – qui doit encore obtenir des feux verts réglementaires pour être conclue – a fait l’objet d’enchères disputées.
CVC Capital Partners devient l’actionnaire majoritaire de la société Sogelink qui opère dans la fourniture de solutions logicielles pour les professionnels de l’infrastructure, de la construction et de la gestion immobilière. Fondée en 2000, l’entreprise rhônalpine compte 600 personnes dans six pays et génère un chiffre d’affaires de 120 millions d’euros. Le fonds anglo-saxon a signé un accord d’exclusivité avec Keensight Capital qui était entré en 2019 et cède ses parts à 100 %, mais réinvestit en minoritaire dans l’entreprise via un nouveau véhicule. L’opération, qui valorise l’entreprise tricolore plus d’un milliard d’euros, doit notamment obtenir le feu vert de l’Autorité de la concurrence et pourrait également être soumise à Bercy, au titre du contrôle des investissements étrangers. CVC Capital Partners est conseillé par Weil Gotshal & Manges avec David Aknin et Jean-Baptiste Cornic, associés, Nicolas Mayol, en private equity ; par PwC Société d’Avocats pour les due diligences avec Arielle Ohayon-Cohen, associée, Julie Givernaud et Emily Davis de Courcy, en droit fiscal ; Isabelle de la Gorce et Hannes Scheibitz, associés, Youlia Haidous, Vanessa Bigdad, Alix de Ginestet, Shinez Garouachi, Liana Dagher, Pauline Darnand, Léa Rudloff, Lionel Yemal et Luana Higino Balbino, en juridique ; et Bernard Borrely, associé, Sophie Desvallées, en droit social ; ainsi que par Deloitte Société d’Avocats avec Olivier Venzal, associé, Laurent Khemisti, en M&A et droit fiscal. Keensight a reçu le soutien de Paul Hastings avec Olivier Deren et Sébastien Crepy, associés, Vincent Nacinovic, en corporate ; Stéphane Henry, associé, en droit social. Naxicap Partners, le fondateur de Sogelink, Ignace Vantorre et aussi le management ont été accompagnés par Lamartine Conseil avec Fabien Mauvais, associé, en private equity.
Le conseil de CVC Capital : David Aknin, associé chez Weil Gotshal
Quelles sont les spécificités du deal ?
Cette opération semble marquer le retour des opérations très compétitives de « buy-out » que l’on a connues jusqu’en 2021-2022 : plusieurs candidats très motivés et une véritable vente aux enchères avec une ligne d’arrivée extrêmement concurrentielle. Bien que la dette soit toujours chère, elle est de nouveau disponible avec un marché qui rouvre. Nous l’avons testé très récemment avec le refinancement de Ceva qui portait sur plus de 2,3 milliards d’euros (ODA du 29 novembre 2023, ndlr). A son échelle, le deal Sogelink est une confirmation de cette tendance très encourageante pour 2024 qui s’annonce plus active sur ce type d’opérations. Les acteurs, qui ont soif d’actifs de qualité, intègrent le coût de la dette dans leur proposition de prix. Sogelink est le meilleur exemple de ces actifs de qualité que les investisseurs en capital privilégient dans un environnement qui demeure incertain : une offre technologique innovante, des solutions qui répondent aux demandes des clients et distinguent la société de ses concurrents, un business model rentable avec des cash-flows positifs et un potentiel de développement important, notamment à l’international.
Comment l’avez-vous structuré ?
L’opération est réalisée via une holding de reprise (newCo) qui va racheter les parts des vendeurs. De manière classique, cette société sera financée en fonds propres et par recours à l’endettement. Ici, le package de dette se compose d’une dette dite « term loan B cove-lite », c’est-à-dire non amortissable et sans covenant financier, d’environ 400 millions d’euros, accompagné d’un « revolving credit facility » (mécanisme de facilité de crédit renouvelable, ndlr) et d’une ligne de « capex » (ou dépenses d’investissement, ndlr) afin de financer la croissance du groupe. Le package de dette est très compétitif, avec un minimum de contraintes pour le groupe et de grandes marges de manœuvre pour son développement. Les opérations de croissance externe constituent en effet un axe important dans la thèse de création de valeur. Elles pourraient donner lieu à des apports en fonds propres supplémentaires afin d’aider à leur financement.
Quels en ont été les principaux défis ?
Il n’y a pas véritablement de défis particuliers, sauf à se mobiliser rapidement et trouver la bonne approche pour aider à faire la différence face à la très forte concurrence sur cette opération. C’était une opportunité d’investissement que l’équipe CVC suivait depuis longtemps, afin d’être prête le moment venu.