La longue liste des robes noires incontournables dans l’histoire politique du pays – de Gambetta à Jules Ferry, en passant par Pierre Mendès France et plus récemment Robert Badinter et Pierre Joxe – témoigne des valeurs communes aux deux activités. Certains avocats embrassent une carrière politique puis reprennent leurs anciennes activités professionnelles, tandis que d’autres intègrent des cabinets pour un nouveau départ.
Les liens entre politiques et avocats sont étroits. Lorsque les premiers ne sont pas les clients des seconds, ils revêtent la robe et intègrent des cabinets réputés. Des arrivées qui font souvent couler beaucoup d’encre, surtout lorsqu’elles ne sont qu’une transition entre deux carrières politiques. «Je pense que la politique, c’est l’intérêt général et l’avocat, c’est l’intérêt particulier, c’est complètement antinomique», a soutenu Eric Dupond-Moretti lors de la soirée-débat «Les valeurs du serment sont-elles solubles dans la politique ?» organisée par Olivier Cousi, associé de Gide, et Nathalie Roret, associée de Farthouat Avocats, lors de la campagne au bâtonnat de Paris en novembre dernier. Un avis que ne partagent pas certains politiques, en témoigne les derniers mouvements dans les cabinets d’avocats d’affaires. François Baroin, avocat depuis 2001 et ancien ministre de l’Economie, des Finances et des Comptes publics est, par exemple, récemment devenu of counsel du cabinet Szpiner Toby Ayela Semerdjian. Et en décembre dernier, Bernard Cazeneuve, alors ministre de l’Intérieur, était annoncé au sein d’August & Debouzy, une structure qu’il connaît bien puisqu’il y a déjà exercé. Néanmoins, le cabinet a démenti la rumeur et Bernard Cazeneuve est depuis devenu Premier ministre. Pour Jean-François Copé, parlementaire et ancien avocat du cabinet Gide, «il n’y a aucune ambiguïté» entre le fait de porter la robe et de s’engager en politique, tant que des règles existent pour éviter «toute sortie de route». Il a, pourtant, lui-même renoncé à ses activités d’avocat d’affaires, pour – selon le discours officiel – se consacrer entièrement à sa famille politique en 2013, avant de s’inscrire de nouveau au barreau un an plus tard afin d’exercer à titre individuel. Les conflits d’intérêts sont des risques inhérents à toutes les professions, mais particulièrement en cas de cumul entre les fonctions de parlementaire et d’avocat, ce qui est toujours possible aujourd’hui. Il était aussi souvent reproché aux anciens ministres d’être devenus avocats sans réelle expérience ni diplôme requis. Jusqu’en 2013, une passerelle permettait aux députés, sénateurs et anciens ministres de devenir avocats sans formation ni examen spécifiques, sous réserves d’être titulaires d’une maîtrise en droit et de justifier de huit ans d’exercice de responsabilités publiques. Suivant les recommandations des instances représentatives de la profession, la Chancellerie a fini par supprimer cette possibilité par un décret du 15 avril 2013.
Une arrivée stratégique pour les cabinets d’affaires
Dans tous les cas, accueillir un politique dans un cabinet relève d’une véritable stratégie. D’abord, les managing partners vont devoir s’assurer que la personne, comme tout nouveau membre, est en accord avec le projet commun de la structure. Se posent ensuite les questions du message envoyé aux clients et de l’image donnée. Au-delà du carnet d’adresses qu’un ancien ministre peut représenter, son étiquette et son action politique peuvent être plus ou moins bénéfiques au cabinet. Le choix doit donc être mûrement réfléchi. «L’arrivée de Dominique Perben répond à un besoin spécifique lié au caractère assez sensible de nos dossiers où l’Etat a souvent son mot à dire», témoigne Jean-Georges Betto cofondateur du cabinet d’arbitrage Betto Seraglini qui a récemment accueilli l’ancien garde des Sceaux. «En tant qu’ancien ministre de la Justice, il connaît sur le bout des doigts le travail gouvernemental et l’institution judiciaire. Dominique est un homme d’Etat qui est devenu un grand avocat avec de beaux dossiers», précise-t-il. Les anciens ministres, non-avocat auparavant, devenant associé d’un cabinet restent assez rares. Ils sont pour la plupart counsel ou consultant. Pour d’autres politiques, comme Corinne Lepage, Nicole Guedj ou bien encore Juliette Meadel, c’est l’inverse qui s’est produit. Avocats de profession, ils ont entamé une carrière politique et sont devenus ministres avant de rejoindre de nouveau l’avocature. La légitimité de ces politiques-avocats reste pleine et entière et l’activité de leur cabinet s’en trouve a priori renforcée.