La start-up toulousaine SIGFOX, leader mondial de la connectivité globale pour l’Internet des objets, vient de collecter un montant record de 100 millions d’euros en renforçant son tour de table.
La levée porte pour l’instant sur un montant de 81 millions d’euros, mais la société dispose d’une réserve de surallocation de 19 millions permettant de faire entrer d’autres investisseurs dans les prochains mois. Aux côtés des actionnaires historiques (Elaia, IXO PE, Partech, Idinvest, Bpifrance et Intel Capital), la société accueille à son capital Elliott Management Corporation, les opérateurs télécoms Telefonica, SK Telecom et NTT Docomo Ventures, ainsi que les industriels GDF Suez, Air Liquide et Eutelsat. Cette nouvelle levée de fonds permettra à la société, fondée par Ludovic Le Moan et Christophe Fourtet et présidée par Anne Lauvergeon, d’accélérer le déploiement mondial de son réseau et sa présence sur les continents européen, asiatique et américain. SIGFOX était conseillé par une équipe de Granrut, pilotée par François Le Roquais, associé, avec Stéphane Bénézant, associé en corporate et Nicolas Duboille, associé en fiscal. Elliott avait pour conseil Willkie Farr & Gallagher, avec Eduardo Fernandez, associé, Georges Balit et Virginie Sayag. Bpifrance était assisté par Fieldfisher, avec Pascal Squercioni, Anne-Laure-Hélène des Ylouses et Bruno Ducoulombier, associés. Clifford Chance conseillait SK Telecom, avec Dessislava Savova, associée, Olivier Gaillard, counsel, Sophie Périnot et Grégory Sroussi. Le cabinet Orsay accompagnait Intel Capital, avec Patrick Douin, associé. Les autres intervenants ont géré l’opération en interne.
Le conseil de SIGFOX : François Le Roquais, associé de Granrut
Comment s’est déroulé ce tour de table ?
Le projet de levée de fonds a été initié au second semestre 2014 et s’est accéléré à partir de novembre. La société avait déjà réalisé une levée de fonds de 15 millions d’euros en décembre 2013, avec l’entrée de Bpifrance et des fonds Idinvest. Mais des besoins financiers supplémentaires ont rapidement été nécessaires pour accélérer le déploiement de la technologie et la concrétisation de contrats commerciaux. Elément notable : la levée de fonds a été sursouscrite et a démontré une véritable adhésion des investisseurs au modèle et à la technologie SIGFOX. Le conseil d’administration a donc dû opérer des choix entre les participants. Ce nouveau tour a finalement réuni trois grandes typologies d’investisseurs. L’entrée d’opérateurs télécoms était un prérequis indispensable pour le déploiement de la technologie de SIGFOX. La société recherchait également des partenaires industriels stratégiques pour le déploiement commercial en aval, ainsi que des investisseurs financiers. Telefonica permet de déployer la technologie en Europe et en Amérique latine, et SK Telecom et NTT Docomo en Asie. GDF Suez et Air Liquide ont un intérêt pour utiliser cette technologie dans des applications industrielles tandis qu’Eutelsat pourrait permettre à SIGFOX de doubler son réseau terrestre via une couverture satellitaire. Les discussions ont ensuite porté sur la valorisation de l’entreprise et le dimensionnement du tour de table.
Pourquoi cette levée de fonds se fait-elle en deux temps ?
Le montant total de la levée de fonds décidé par le conseil d’administration devait rester aux alentours de 100 millions d’euros, ce qui en fait l’opération la plus importante pour une start-up française. La société a d’abord souhaité sécuriser 81 millions d’euros, et une réserve supplémentaire de 19 millions a été prévue, dans le cadre d’une délégation au conseil d’administration par l’assemblée générale, pour la sélection de partenaires qui nécessitait plus de temps. Cette réserve devra être utilisée rapidement, car l’entrée de nouveaux partenaires se fera dans les mêmes conditions que les derniers entrants alors que la valeur de l’entreprise progresse fortement.
Quelles difficultés juridiques avez-vous rencontrées ?
Nous avons notamment dû accélérer le processus pour boucler la première tranche de la levée de fonds. Par ailleurs, compte tenu du capital déjà morcelé de SIGFOX, un des principaux enjeux était de concilier les positions d’une dizaine d’intervenants de cultures parfois différentes, en tentant de concilier les intérêts en fonction des montants investis et de l’importance stratégique de chacun. Le conseil d’administration, présidé par Anne Lauvergeon, a joué un rôle essentiel de chef d’orchestre dans cette opération.
La priorité est-elle une sortie au Nasdaq à terme ?
L’IPO au Nasdaq dépendra bien entendu d’une décision collégiale qui sera prise en fonction des conditions de marché et des performances de l’entreprise. Cette piste de sortie présente trois vertus : la notoriété notamment aux Etats-Unis, une liquidité progressive de certains investisseurs et le maintien de l’indépendance de la société. Le pacte d’actionnaires prévoit classiquement un horizon de sortie avec une simplification des instruments juridiques en cas d’introduction en Bourse.