Le financement des entreprises de taille intermédiaire et des petites et moyennes entreprises est en passe de se modifier durablement, sous l’impulsion de la digitalisation, de l’arrivée de nouveaux acteurs, mais également suite à l’évolution de la réglementation. Dans ce contexte, les solutions de financements qui s’offrent aux ETI et PME sont plus nombreuses qu’auparavant. Pour autant, toutes ne sont pas concernées et certaines petites structures peinent encore à trouver des financements, alors que dans le même temps les start-up innovantes suscitent les convoitises des grands groupes et des fonds d’investissement. Le point avec les experts du secteur qui ont livré leur analyse à l’occasion des matinales Financement PME-ETI organisées par Option Finance.
Les établissements bancaires doivent aujourd’hui faire face à de nouvelles problématiques, au premier rang desquels se trouve le contexte de taux durablement bas. «En vingt ans, la courbe des taux a reculé de 100 points de base», explique Fabrice Pesin, médiateur national du crédit aux entreprises, qui poursuit : «Une courbe des taux plate complique la rémunération des intermédiaires bancaires qui sont de fait moins intéressés à porter des prêts aux entreprises.» Reste qu’avec des taux ayant atteint des plus bas historiques, le crédit bancaire demeure une solution de choix pour les PME et TPE. Ainsi, selon les chiffres de la Banque de France livrés au 1er janvier 2016, les encours de crédits bancaires ont progressé de 3 % sur un an pour atteindre 715 milliards d’euros. A noter par ailleurs, les très grandes entreprises ont largement profité du contexte de taux bas puisque sur cette typologie d’entreprises, les encours de crédits ont bondi de 7,5 % sur un an.
De nouvelles solutions complémentaires au crédit bancaire
Du côté des plus petites entreprises, la France se distingue par un nombre d’ETI et de PME beaucoup plus important qu’au sein de ses voisins européens, notamment en comparaison de pays tels que l’Allemagne et la Grande-Bretagne. «Nous avons au sein de l’Hexagone la chance de ne pas avoir de problèmes de création d’entreprises ni même d’innovation. L’enjeu est davantage de permettre à l’épargne longue de s’engager dans l’économie réelle», explique Olivier Millet, président du directoire Eurazeo PME et président de l’Afic, avant de poursuivre : «Chaque année au sein de l’Afic (Association française des investisseurs pour la croissance, NDLR), nous accompagnons plus de 1 600 entreprises. En dix ans, le capital investissement français a progressé de plus de 10 %, signe que ce type de financement est en train de reprendre des couleurs. A mon sens, il n’y a pas de concurrence entre les différentes solutions de financement, mais une complémentarité entre les outils proposés.» Et dans les faits, les directeurs financiers, tout comme leurs conseils s’accordent à dire que les solutions de financements sont avant tout multiples. «Ce n’est pas parce qu’une entreprise fait le choix de se financer sur les marchés ou via un fonds qu’elle n’a plus besoin des banques ! Les financements sont tout à fait complémentaires. Cependant, il me semble difficile de se passer des acteurs bancaires : contrairement aux marchés, un partenaire bancaire sera toujours aux côtés de l’entreprise pour répondre à ses problématiques», explique Charles-Antoine Blanc, Group CFO, Paprec.
Alternatives au crédit bancaire : des PME encore exclues
Si la profusion de solutions de financements est aujourd’hui une réalité, cette palette ne concerne pas l’ensemble des entreprises, comme l’explique Hubert de Vauplane, associé chez Kramer Levin : «Si du côté des grandes entreprises, la palette d’outils de financements disponible est vaste, ceci est moins vrai en ce qui concerne les ETI et les PME. Aussi, il est aujourd’hui essentiel d’élargir la palette des financements à destination des entreprises de tailles moyennes et intermédiaires.» En effet, les plus petites structures peinent parfois à répondre aux conditions d’octroi de crédit requises par les établissements bancaires. Si, en règle générale, il est facile d’obtenir un crédit pour financer l’achat d’actifs réels (immobilier, machines et outils), les conditions se durcissent quand il s’agit de financements immatériels, comme l’explique Fabrice Pesin : «Au sein de la médiation du crédit, il est très rare de voir passer des dossiers concernant le financement d’actifs physiques, car les garanties pour le préteur sont tangibles. En revanche, sur le financement R&D, de logiciels ou encore de sites internet, cela est très fréquent. Ceci est d’autant plus dommageable que ce type d’investissements est fondamental pour l’évolution et le développement des entreprises.»
De fait, des alternatives au financement bancaire se distinguent, à l’instar des fonds de dette, des fonds d’investissement, des hedge fund, du capital investissement, ou encore de l’Euro PP. En France, 3 à 4 milliards d’euros sont levés via l’Euro PP. Un montant important, mais qui reste très en deçà des crédits bancaires accordés. «Il faut bien avoir à l’esprit que, dans un contexte de taux bas, ces nouveaux acteurs sont à la recherche de rendements et sont prêts à accompagner des entreprises de tailles intermédiaires et dotées d’un fort potentiel de développement», explique Charles-Antoine Blanc. Reste qu’un financement via la mise en place d’un Euro PP est très difficile d’accès pour les petites et moyennes entreprises : «Un outil tel que l’Euro PP a été pensé à la base pour les ETI et non pour les PME, explique Hubert de Vauplane. Les fonds de dette qui se sont créés et qui visent les ETI et non les PME. Pour autant, et depuis quelques mois, nous constatons que des fonds réfléchissent à des lancements sur les PME. Car, dans les faits, il est encore tout à fait possible de trouver du rendement sur les PME. Cela concerne notamment des investisseurs tels que les assureurs.» Et quand bien même ces solutions seraient implantées au sein des plus petites entités, il demeure encore un gros travail autour de la culture d’entreprise, comme l’explique Fabrice Pesin : «Il existe pour les PME, un véritable défi de la connaissance et de la maîtrise de toutes ces nouvelles modalités de financement. Cette compréhension est un véritable enjeu pour les dirigeants d’entreprise.»
Le crédit inter-entreprises, nouvelle solution suivie de peu d’effets
Un autre élément de taille se dessine dans le paysage du financement aux entreprises : le crédit inter-entreprises. Un changement de paradigme important qui «touche au monopole bancaire», met en garde Hubert de Vauplane et qui de fait prendra naissance dans la durée. «Chaque fois qu’il a été question de toucher au monopole bancaire, il a fallu passer par le Parlement. En France, la condition juridique au crédit inter-entreprises est l’existence de liens financiers entre l’emprunteur et le financeur. De fait, celui-ci restera accessoire à l’activité principale de l’entreprise.» Par ailleurs, l’application du crédit inter-entreprises soulève des difficultés logistiques, comme le précise Hubert de Vauplane : «Dans le décret d’application, le calcul du montant qu’il est possible de prêter est peu simple. Ces complexités peuvent être décourageantes pour une entreprise.»
Des financements facilités pour les start-up innovantes
Une catégorie de petites entreprises semble néanmoins échapper à cette difficulté d’accès au financement, pouvant à l’heure actuelle profiter d’un éventail de solutions très large, comme l’explique Lola Chammas, associée, Chammas & Marcheteau : «Les start-up françaises disposent d’un vaste choix en matière de financement». Avant d’ajouter : «Il y a finalement très peu de pays comme la France qui offrent aux entreprises innovantes autant d’outils, que ce soit en termes de financement, de subvention ou encore d’accompagnement.» Sur cette typologie d’entreprises innovantes à fort potentiel de développement, les grandes entreprises n’hésitent pas à se placer à leurs côtés par le biais de fonds d’amorçage. C’est ainsi que le groupe Safran a créé Safran Corporate Venture, un outil destiné à faire de l’open innovation. «Même si nous investissons chaque année 1,5 milliard en recherche et développement, nous avons conscience que l’innovation se situe également à l’extérieur du groupe. Cette innovation se trouve également dans d’autres secteurs que le nôtre. En investissant en minoritaire dans des entreprises innovantes, notre ambition est de faire de la fertilisation croisée», explique Hélène de Cointet, Co-head of Corporate Ventures, Safran. Pour mener à terme ses ambitions, le groupe Safran s’est doté d’un fonds de 50 millions d’euros sur trois ans. Une initiative de plus en plus répandue au sein des grands groupes qui vont chercher auprès des start-up de nouveaux relais de croissance. Et dans les faits, la cohabitation entre géants et petites structures innovantes se solde souvent par des échanges gagnant-gagnant. «Il faut bien avoir à l’esprit qu’un dirigeant de PME est naturellement plus proche de l’investisseur corporate que des acteurs purement financiers. En effet, ils parlent souvent le même langage, toutes les parties ayant une approche produit», témoigne Lola Chammas, avant de conclure : «Je constate que dans les opérations que nous accompagnons, les investisseurs financiers et les corporate sont souvent représentés par le même conseil. C’est à mon sens le signe évident d’une bonne entente entre les parties.»