La lettre d'Option Droit & Affaires

FOCUS

Le private equity en passe de connaître un moment « darwinien » ?

Publié le 26 novembre 2025 à 11h30

Emmanuelle Serrano    Temps de lecture 5 minutes

Les fonds sont-ils à l’aube d’une vague de consolidation ? La taille contribue à absorber l’impact des coûts fixes en croissance, notamment à cause de la pression réglementaire qui exige de renforcer les back-offices. Mais les boutiques, elles, allient souvent connaissances sectorielles pointues et agilité décisionnelle. Coup de projecteur sur leurs forces et faiblesses.

Nicolas Richard

Coûts de reporting et de fonctions supports qui s’envolent, levées plus compliquées à réaliser, performances des participations complexes à optimiser… les nuages s’accumulent au-dessus des fonds d’investissement. Cet automne, l’IPEM, salon du private equity, bruissait des mots consolidation, plateformisation et autre effet darwinien. L’existence de marques globales comme Blackstone, KKR, Apollo, CVC et EQT, atteste de la réalité de la course au gigantisme. Comme toute autre industrie financière, le capital-investissement connaît des dynamiques de concentration et doit faire face à la nécessité d’économies d’échelles et de moyens. Le mouvement est déjà à l’œuvre depuis quelque temps. En 2023, DIF Capital Partners avait été racheté par CVC et Energy Capital Partners avait été absorbé par Bridgepoint. Mais les difficultés à lever des capitaux traversées par certaines sociétés de gestion pourraient accélérer la tendance, tandis que s’affirme en parallèle une variété croissante des activités (GP stake, fonds secondaires, de continuation, etc.).

Réinventer les figures imposées du LBO

Souleymane-Jean Galadima

Pour Nicolas Richard, partner en charge du pôle Deal Advisory chez Onepoint, le rapport de force s’est inversé entre gérants et investisseurs (LPs). « Le choix qui s’offre aux LPs s’est élargi. Ils exigent donc un niveau de compétition très élevé lors des levées de capitaux. Les fonds qui ont pignon sur rue peuvent leur proposer une diversification des risques supérieure sur plusieurs segments, à l’instar d’un Ardian qui opère en buy-out, growth, infra, co-investissement, etc. », relève-t-il. Par ailleurs, il faut mettre davantage les mains dans le moteur et chercher une performance nettement plus opérationnelle. Cela nécessite des équipes étoffées et une expertise sectorielle approfondie avec l’intervention d’operating partners, pour les fonds ayant un portefeuille de participations justifiant ces coûts supplémentaires. Pour Stéphane Huten, associé en charge du département Corporate & Private Equity du bureau parisien d’Hogan Lovells,​​​​​​ on observe actuellement un phénomène de concurrence entre fonds où les meilleurs surperforment et attirent les clients qui leur confient leur argent plutôt qu’une concentration stricto sensu.

Une pluralité durable des acteurs sous nos latitudes

Stéphane Huten

En France, où les capital-investisseurs sont moins nombreux qu’outre-Atlantique, Nicolas Richard anticipe une coexistence entre fonds consolidés et boutiques spécialisées. Le paysage parisien des investisseurs dans le non-coté reste d’ailleurs éclaté. « Vous avez encore beaucoup de fonds indépendants qui se créent en levant des poches de moins de 500 millions d’euros mais franchiront une nouvelle étape lors de la constitution d’un deuxième véhicule mieux doté », rappelle Stéphane Huten. Mais la situation reste délicate. « Certaines levées remportent un vif succès comme Ardian Infrastructure Fund VI qui a atteint en deux ans son plafond de souscriptions de 11,5 milliards d’euros, mais il y a aussi des structures qui rencontrent des difficultés à attirer les capitaux », souligne l’avocat.

Exploiter le meilleur des deux mondes

Face à ces évolutions, les experts chargés de conseiller une clientèle patrimoniale comme les family offices se montrent pédagogues. « Une de nos missions est de sensibiliser nos investisseurs aux enjeux de sélection d’une boutique versus une grande plateforme. Les poids lourds du marché courent le risque d’être anesthésiés par les frais de gestion. Cela pose la question de leur capacité à maintenir des taux de rentabilité interne élevés. Si l’on tombe à des valeurs de 8 %, autant choisir des ETF, par exemple », déclare Souleymane-Jean Galadima, directeur général de Sapians, un family office phygital. De fait, même dépourvues de la force de frappe des multinationales, certaines boutiques délivrent la surperformance désirée. « L’important pour nos clients est de diversifier le risque en tablant sur différents moteurs de performance à la fois », souligne le dirigeant.

Au-delà du track record et des aspects juridiques auxquels les family offices font attention, le maintien de la qualité des équipes d’investissement est également décisif. « Nous regardons si les paramètres en interne sont réunis pour y contribuer. Il y a une dimension profondément humaine et entrepreneuriale dans le capital-investissement qui ne peut être réduite aux seuls critères d’économies d’échelle », souligne le responsable d’un family office de la place de Paris. Le smid-cap s’avère quasiment deux fois plus générateurs de distributions to paid-in-capital que le large cap car les opportunités de sortie sont plus nombreuses sur ce segment. Mais, les petits fonds qui ne gèrent pas bien leur transition, qui n’arrivent pas à créer de la valeur et font de mauvais investissements, vont souffrir. Il y aura un assainissement normal du marché », présage-t-il.


La lettre d'Option Droit & Affaires

Claire’s France dans l’escarcelle du duo June-La Casa de las Carcasas

Pierre-Anthony Canovas    Temps de lecture 5 minutes

Placée en redressement judiciaire cet été, la filiale française de l’enseigne de bijoux de fantaisie, de cosmétiques et d’accessoires de mode américaine Claire’s est reprise par le groupe suisse June, allié à l’Espagnol La Casa de las Carcasas. Le premier récupère 425 contrats de travail et 137 magasins sur un total de 240 boutiques, tandis que le second hérite d’une trentaine de salariés et de neuf points de vente.

Lire l'article

Chargement…