Parcours du directeur juridique, organisation de son équipe, explications sur son fonctionnement et sur ses conseils. Découvrez le portrait d'une direction juridique.
Qui la dirige
Pour Patrick Remot, le droit fut avant tout une rencontre alors qu’il était étudiant en IUT de gestion et de comptabilité. La matière lui plut tant qu’il changea de voie jusqu’à obtenir un DESS spécialisé en contrats de la vie économique. Nous sommes en 1995. Son désir le porte vers l’entreprise. Hélas, en dépit de nombreux cv envoyés, aucune ne répond. Le jeune homme tente alors sa chance auprès des cabinets d’avocats. Les réponses sont plus nombreuses et il devient juriste dans le cabinet Thréard Léger Bourgeon Meresse, spécialisé en droit de la distribution et des franchises, concessions et location-gérance. Il y restera quatre années et y apprendra «à analyser un dossier, à concevoir une stratégie judiciaire et à rédiger assignations et conclusions». Début 1999, une candidature spontanée envoyée à Bouygues Télécom lui permet d’intégrer l’opérateur mobile. Il y restera quatorze ans, occupant successivement les postes de responsable juridique de la distribution grand public, puis de Bouygues Telecom Caraïbes, de l’équipe réglementaire et enfin de la business unit dédiée aux clients pros et entreprises. Il y développera des compétences variées : constitution et vie des réseaux de distribution, contentieux clefs en droit de la concurrence, réflexions stratégiques de fonds liées aux rapports avec le régulateur sectoriel. Il y apprendra aussi le management, grâce à Arnaud Van Eeckhout, le directeur juridique. En mars 2013, le poste de directeur juridique et compliance de Clear Channel lui est proposé.
Comment elle s’organise
L’équipe française compte cinq juristes et une assistante. C’est la deuxième du groupe. Un groupe est en charge du droit public : marchés publics et questions réglementaires, nombreuses et souvent clefs en matière d’affichage, via les règlements locaux de publicité. «Il s’agit d’un cycle long, qui part de la préparation de l’appel d’offre jusqu’à son éventuel renouvellement incluant donc toute la vie du contrat, soit dix à quinze années.» L’autre groupe est dédié au droit privé : contrats en tous genres, IT/IP, assurances, validation des publicités affichées, baux, contentieux et de plus en plus de questions liées aux NTIC, données personnelles et liées à la montée en puissance du digital. Patrick Remot intervient directement sur les contrats les plus complexes, notamment dans les négociations avec les grandes foncières et les sujets NTIC. Il est également le local compliance officer. A ce titre, il veille à la mise en œuvre des directives groupes, organise les formations, valide les dépenses des opérationnels. «J’organise un point hebdomadaire avec chacun. Nous ne faisons pas de réunion d’équipe formalisée, mais les portes sont ouvertes et je veille à ce que chacun ait à prendre en charge certains aspects relevant du pôle qui n’est pas le sien. Ainsi, les publicistes et privatistes se connaissent mieux et s’enrichissent de leurs cultures souvent bien différentes.» Pour sa part, le directeur juridique est rattaché au directeur général de la branche française et au directeur juridique du groupe, en Grande-Bretagne. Toutes les trois semaines environ, il fait un point avec ce dernier et participe aussi à une conférence téléphonique réunissant tous les directeurs dans le monde. «Cela permet un tour d’horizon complet, et c’est l’occasion de bien faire comprendre les nombreuses spécificités et complexités issues de la législation française.»
Comment elle se positionne
La direction n’existait pas véritablement à son arrivée. «Ma mission était de la structurer et de faire en sorte qu’elle soit clairement identifiée par les autres parties de l’entreprise afin que chacun puisse venir facilement vers nous.» Comment s’y est-il pris ? «Nous avons agi sur trois aspects. L’information claire via une publication destinée aux opérationnels, dont le ton est informel, décalé, permettant de créer du lien autour de points pourtant juridiques. L’information pratique en mettant à disposition sur un intranet juridique des contrats types, des courriers types, des notes sur les réglementations. Enfin, une information en temps opérationnels, ou presque, en nous astreignant à des délais de réponse les plus courts possibles. Cela, allié avec notre créativité, rassure les opérationnels sur notre aptitude à être de réels partenaires qui savent les accompagner en toutes circonstances.»
Qui la conseille
Les compétences internes sont nettement préférées. On peut citer cependant : Christophe Cabanne en droit public (Cabanne Neveu Associés), François Dupuy, pour les contentieux commerciaux (Hadengue et Associés), Pierre Deprez, pour les questions de publicité et de nouvelles technologies (DDG), ou Joseph Vogel et Juliette Blouet en droit de la concurrence (Vogel & Vogel).