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FOCUS

La finance décentralisée : un beau casse-tête pour le régulateur !

Publié le 3 septembre 2025 à 14h13

Emmanuelle Serrano    Temps de lecture 5 minutes

Un groupe de travail, placé sous la houlette de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) et de l’Autorité des marchés financiers (AMF), a récemment mené une réflexion sur la certification des smart contracts. Une synthèse de la consultation publique a été publiée pendant l’été. Le régulateur veut se saisir du sujet en avance de phase. Néanmoins, le sujet reste compliqué à encadrer.

David Roche

Mi-juillet, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) et l’Autorité des marchés financiers (AMF) ont publié la synthèse de la consultation publique du groupe de travail sur la certification des smart contracts dans la finance décentralisée. Ces « contrats intelligents » s’exécutent automatiquement, lorsque les clauses préalablement définies sont remplies grâce à une technologie informatique fondée sur la blockchain. Ils font partie des outils de la finance décentralisée (DeFi). Mondiale, celle-ci désigne un ensemble de services sur cryptoactifs, comparables à des services financiers mais effectués sans l’intervention d’un intermédiaire, contrairement aux acteurs bancaires traditionnels. Elle échappe encore en grande partie aux tentatives et volontés de cadrage juridique. Mais en se saisissant du sujet de la certification, les autorités françaises montrent qu’elles veulent peser dans le débat européen en la matière. « Cette consultation publique, réalisée sous l’égide de l’ACPR et l’AMF, ne répond pas à une lettre de mission ou à l’application d’un texte de loi en particulier. En l’occurrence, le régulateur veut lancer un débat à propos de la création d’un écosystème sécurisé pour les utilisateurs en leur évitant des risques de pertes financières susceptibles d’être causées par des dysfonctionnements techniques ou de gouvernance », commente Pierre-Emmanuel Frogé, counsel, chez BCLP. Sans surprise, l’AMF s’en remet à Bruxelles pour donner le ton. Le 28 janvier 2025, elle a ainsi précisé qu’elle se conformait aux orientations communes de l’Autorité bancaire européenne (ABE) et de l’Autorité européenne des marchés financiers (AEMF) sur l’évaluation de l’aptitude des membres de l’organe de direction des émetteurs de jetons se référant à un ou plusieurs actifs et des prestataires de services sur cryptoactifs.

Qui ou quoi certifier ?

Pierre-Emmanuel Frogé

Les smart contracts reposent sur du code informatique. Même s’il existe une pluralité de protocoles comme Solana, Cosmos, c’est l’Ethereum Virtual Machine qui prédomine. Les auteurs de la synthèse AMF/ACPR suggèrent la mise en place d’audits qui seront d’autant plus stricts et complets que les contrats concernés seront complexes et à risques. « Le groupe de travail laisse en suspens la question de savoir s’il est opportun de certifier chaque contrat ou bien le protocole lui-même, qui n’est en fait qu’un assemblage de smart contracts. De même, il reste à déterminer qui prendra l’initiative de la certification et qui en sera responsable tout au long de son utilisation », relève Pierre-Emmanuel Frogé. Chose sûre, l’écosystème est complexe. Il rassemble une multitude de contrats intelligents et d’opérateurs. Des plateformes (Algorand, Polkadot, Solana, etc.) vendent ainsi les protocoles, tandis que des interfaces simplifiées (Thirdweb, Alchemy, etc.) facilitent le déploiement des smart contracts. A cet égard, le groupe de travail AMF/ACPR indique que les acteurs auditionnés « défendent l’idée de certifications publiques, dynamiques et vérifiables on-chain, potentiellement gérées par un registre décentralisé, un consortium ou par des autorités publiques ».

Le volume à auditer est énorme. De même, il ne faut pas négliger la rapidité d’évolution technologique qui pourrait rendre la conformité réglementaire vite obsolète. Par conséquent, la solution semble de certifier non pas le produit mais son distributeur. « Par exemple, la liste des entités assujetties à des obligations de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme est clairement établie. Concernant les acteurs de la DeFi, les régulateurs vont certainement être amenés à préciser si l’intermédiaire proposant des protocoles d’investissement doit aussi y être soumis, ce qui l’obligerait à identifier son client (et le bénéficiaire effectif) et assurerait une supervision », fait remarquer David Roche, associé au sein du pôle Tech/IP du cabinet Jeantet.

Un cadre réglementaire en devenir

L’Europe s’est déjà dotée de textes pour encadrer les cryptos mais certains angles morts subsistent. Entré en vigueur le 29 juin 2023 et appliqué depuis le 30 décembre 2024, le règlement européen sur les marchés de cryptoactifs (MiCA) définit les cryptoactifs et encadre les prestataires de services sur cryptoactifs (PSCA). « MiCA s’inspire largement de la loi Pacte de 2018. Mais l’émission de certains cryptoactifs totalement décentralisés et les jetons non fongibles (NFT), qui permettent notamment de certifier, d’acheter et de vendre des œuvres numériques, restent en marge. Une révision du texte européen (« MiCA 2 ») pourrait élargir le champ de régulation en intégrant progressivement les NFT et la DeFi, souligne David Roche.


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