La lettre d'Option Droit & Affaires

FOCUS

Les paradoxes des juristes de la French Tech

Publié le 5 février 2025 à 12h25

Delphine Iweins    Temps de lecture 5 minutes

De plus en plus nombreux, à la pointe de la technologie et œuvrant à des sujets stratégiques, les juristes de la French Tech perdent, pourtant, en influence.

Les 10 et 11 février prochains, Paris se transformera pour deux jours en capitale mondiale de l’intelligence artificielle à l’occasion du Sommet pour l’action sur l’IA. Parmi les milliers de visiteurs attendus, se glisseront sûrement des juristes de la French Tech, attentifs plus que les autres aux évolutions de ce secteur très attractif. Parmi les principales motivations, des 230 juristes interrogés par Tomorro dans l’étude 2025 « Les juristes de la French Tech », à rejoindre ces sociétés, la multitude des sujets à traiter s’affiche en tête (67 %), loin devant les perspectives d’évolution de carrière (36,5 %) ou la vision de l’entreprise et des fondateurs (31,5 %).

La pleine intégration de l’IA

En 2024, les directions juridiques de la French Tech se sont concentrées, comme en 2023, sur la réalisation de contrats ainsi que les mises en œuvre de la compliance et du règlement général de protection des données (RGPD). L’intégration de l’intelligence artificielle dans les processus juridiques – grande priorité 2025 – s’ajoute à ces tendances. 70,62 % des sondés l’utilisent au quotidien. « Il faut savoir réfléchir avec les outils déjà disponibles dans l’entreprise tant que la confidentialité des données est assurée. C’est devenu un savoir-faire indispensable pour les juristes notamment en raison du gain de temps que cela peut nous apporter », précise Florence Rivat, ancienne directrice juridique de l’agence de voyages Evaneos. Non seulement, les juristes de la French Tech doivent être particulièrement à l’aise avec les outils technologiques, mais il est aussi attendu d’eux qu’ils soient capables d’en anticiper les risques. « Nous allons, par exemple, former les équipes à travailler avec des informations confidentielles », témoigne Enzo Spitaleri, responsable juridique et certifications de l’organisme de formation LiveMentor.

Un besoin d’expériences

Ces priorités expliquent pourquoi les profils de spécialistes des nouvelles technologies de l’information et de la communication restent favorisés dans les recrutements (27,72 %), devant les experts en propriété intellectuelle (19,02 %) et en droit des contrats (16,3 %). Notons que le certificat d’aptitude à la profession d’avocat (Capa) n’est pas un prérequis incontournable pour faire carrière dans la French Tech : 57,1 % des juristes interrogés n’en sont pas diplômés. Cependant, être avocat – même sans avoir exercé en cabinet – représente encore un avantage dans la rémunération. Selon l’étude, le salaire moyen des personnes déclarant en être titulaires est de 96 974 euros brut par an contre 71 881 euros brut pour les juristes non diplômés du Capa, soit une différence de 34,9 %.

A cette exception près, l’expérience semble être préférée aux diplômes. « Comme nous sommes dans des entreprises en forte croissance, le rythme de production est très soutenu ce qui oblige à aller droit au but et à chercher des solutions plus pragmatiques et innovantes », confirme Florence Rivat. D’après Tomorro, 8 % des répondants ont au moins travaillé entre 6 et 10 ans avant d’intégrer la French Tech, généralement dans des ETI (27,18 %). Les juristes ayant exercé dans des cabinets d’avocats sont en net recul, avec une part passant de 20,9 % en 2024 à 17,95 % en 2025.

De plus, selon les prévisions établies par la legaltech, en 2025, les profils ayant 3 à 5 ans d’expérience resteront les plus privilégiés, représentant 42,3 % des recrutements envisagés. Les candidats plus expérimentés (5 à 10 ans) seront également attractifs, tandis que les recruteurs se tournent moins fréquemment vers des profils très seniors (11 à 15 ans). « Il faut être constructif, imaginatif et prêt à défendre une interprétation du droit existant pour la technologie émergente », insiste Blanche Savary de Beauregard, general counsel de Mistral AI, fleuron tricolore de l’IA. Les sujets ne sont pas balisés, les juristes les découvrent au fur et à mesure de l’évolution de l’entreprise. D’ailleurs, 61,5 % des juristes interrogés par Tomorro travaillent dans des start-up de moins de 50 salariés.

Une influence moins reconnue

Néanmoins, la part des sociétés comptant entre 51 et 500 salariés augmente et le nombre de juristes les intégrant aussi. Ces derniers sont près de 60 % à y travailler. « Le juriste est le dernier membre de l’équipe “support” à être internalisé. Une prise de conscience émerge, mais les juristes ne font pas encore partie des piliers fondateurs », tempère Enzo Spitaleri. Lui-même, 70e salarié lors de son recrutement il y a deux ans, a été le premier juriste de cet organisme de formation. Son cas n’est pas isolé. Les entreprises de 51 à 200 salariés comptent seulement trois juristes en moyenne. C’est peu par rapport à la charge de travail. Ce point est, d’ailleurs, la principale difficulté énoncée par 51,5 % des juristes consultés.

Les sondés souhaiteraient aussi gagner en influence au sein de leur structure. Il faut dire que les directions juridiques de la French Tech sont de moins en moins rattachées au PDG (42,7 % en 2025 contre 55,8 % en 2023). Une affiliation au directeur financier est privilégiée (37,5 %). Pourtant, « dans des univers réglementaires non conçus pour le secteur considéré, nous participons à l’élaboration de nouveaux cadres juridiques, notamment appliquant l’existant », souligne Blanche Savary de Beauregard. Une position à la fois opérationnelle et stratégique, surtout dans la French Tech.


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