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Managers juridiques de transition : un métier en plein essor

Publié le 2 mai 2018 à 15h51

Stéphanie Gallo

Le métier de manager de transition, spécialisé en juridique ou en fiscalité, semble gagner du terrain en France. Expérimentés, ces managers peuvent être opérationnels en quelques jours pour un remplacement, une transition ou la mise en place de nouvelles réglementations.

«Chaque mission est un nouveau challenge. Cela peut parfois être éreintant de devoir toujours refaire ses preuves et de reprendre ses marques sans cesse, mais c’est extrêmement stimulant intellectuellement», témoigne Valérie Pruniot, une juriste spécialisée en fiscalité qui exerce aujourd’hui la fonction de manager de transition. Après douze ans passés en Belgique au sein du centre de services partagés d’un grand groupe cimentier, elle décide de revenir en France. C’est à cette époque qu’elle découvre le management de transition. «J’ai commencé en 2014, après un an et demi sans poste. J’ai accepté une première mission pour me rassurer, j’avais besoin de remettre le pied à l’étrier, se souvient-elle. Il s’agissait d’intégrer un groupe en pleine réorganisation. Ils avaient besoin de quelqu’un capable de prendre le train en marche et de traiter les transformations immédiatement.» En quelques mots, Valérie Pruniot a parfaitement résumé la plus-value du manager de transition en juridique ou en fiscalité : efficacité immédiate, sur une période courte (six à douze mois en moyenne) permettant à l’entreprise cliente de rebondir ensuite vers un process plus traditionnel.

Métier nouveau, en forte progression

Le métier de manager de transition, en juridique et fiscalité, est relativement neuf en France. «Le berceau du management de transition se trouve aux Pays-Bas, explique Amélie Lobry, en charge de la pratique juridique et fiscale au sein de Robert Walters. Il s’est ensuite répandu en Europe. Mais ce n’était pas dans les mœurs françaises. Les entreprises pensaient que les profils intéressants étaient forcément en poste et n’étaient pas intéressés par des missions temporaires. Elles faisaient donc plutôt appel à des détachements d’avocats, des CDD ou de l’intérim.» Le marché a depuis bien évolué. Preuve en est, la responsable de la pratique du cabinet RH a placé près de 150 managers de transition, en 2017, à un taux journalier moyen oscillant entre 1 000 et 2 000 euros.

Pour Amélie Lobry, il est intéressant pour une entreprise de faire appel à un manager juridique de transition dans trois cas : dans le cadre d’une vacance de poste, lié à un congé maladie ou un congé maternité par exemple, d’une transition liée à un départ ou pour la mise en place de projets particuliers ou de nouvelles réglementations. «Les sujets sont très variés. Il peut s’agir d’une sortie de LBO, d’une introduction en Bourse, de l’harmonisation des conditions générales de vente… Bref, toutes les questions nécessitant ponctuellement une expertise spécifique, indique-t-elle. Ils peuvent travailler seuls ou avoir une équipe à piloter.» Le marché semble aujourd’hui sur un trend important de croissance, porté par la myriade de nouvelles règles juridiques et fiscales. RGPD, Sapin 2, lutte contre la corruption, loi sur la transparence, les entreprises doivent faire face à un flux important de nouvelles règles. Un appui de compétences spécifiques est donc parfois nécessaire, mais sur du court ou moyen terme.

Des profils expérimentés

Des compétences particulières qu’il faut aller chercher chez des juristes expérimentés. La quête peut parfois s’avérer difficile en raison du turn-over très faible généralement constaté dans les professions juridiques. «Le profil recherché est très différent de ceux qu’on peut trouver en détachement ou en intérim, note Amélie Lobry. Il s’agit de professionnels avec au minimum une quinzaine d’années d’expérience, passés par différents groupes et donc capables de s’adapter rapidement, d’être opérationnels immédiatement.» Les motivations de ces managers de transition ? Le challenge permanent, le goût du changement ou tout simplement une transition entre deux contrats plus durables. «Ces missions de transition me permettent de découvrir de nouveaux environnements de travail. C’est très enrichissant», confirme Valérie Pruniot, actuellement en mission chez EDF.

Autre avantage majeur : la liberté par rapport à la hiérarchie. «Ces managers ne sont pas durablement installés dans l’entreprise, cela leur permet d’avoir une indépendance et une liberté de ton qu’ils apprécient. Ils ne sont pas sur un siège éjectable. Cette position est également bénéfique pour le client, puisque le manager a un regard neutre sur l’organisation, sans enjeu de politique interne», affirme Amélie Lobry. Un bénéfice qui a néanmoins son revers, comme le relève Valérie Pruniot : «Il est parfois frustrant de mettre en route des dossiers mais de ne pas en voir l’aboutissement. Idem pour les relations nouées avec des collègues et vouées à n’être que temporaires…»


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