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Restructuring en 2017: moins de dossiers, mais plus de complexité

Publié le 4 juillet 2018 à 17h03

Marie-Stéphanie Servos

Pour les professionnels du restructuring, l’année 2017 a été marquée par une diminution significative du nombre de dossiers, mais par une complexité accrue des opérations réalisées.

De moins en moins d’entreprises en difficulté en France ? C’est ce que toutes les statistiques s’accordent à dire : l’année 2017 s’inscrit dans la continuité de 2016, et marque à nouveau une diminution du nombre de défaillances d’entreprises en France. Dans un rapport intitulé «L’entreprise en difficulté en France en 2017», publié en avril dernier, les cabinets Deloitte et Altares constatent effectivement une baisse de 4,6 %, soit 2 669 défaillances en moins dénombrées sur l’année écoulée. Un niveau record, au plus bas depuis dix ans, qui ramène corrélativement le nombre d’emplois menacés par des procédures collectives sous la barre des 200 000, à 166 500 selon le rapport. Dans le détail, l’évolution la plus significative concerne les procédures de sauvegarde, qui ont diminué de 8 % ; les dossiers de redressement judiciaire ont, eux, enregistré une baisse de 5 % ; et les liquidations judiciaires une baisse de 4 %.

Conjoncture économique au beau fixe

Cette petite embellie s’explique notamment par une conjoncture économique favorable : en 2017, la croissance française atteignait 2,2 % ; des résultats satisfaisants supposés se répercuter naturellement sur 2018. Et même si ces derniers mois ont vu des signes d’essoufflement, la Banque de France estime toujours que la croissance reste «robuste», et que ce léger ralentissement n’est que temporaire. La semaine dernière, l’institution financière a certes revu à la baisse ses prévisions pour l’année en cours, mais à hauteur de seulement 0,1 point, à 1,8 %. Par ailleurs, si la robustesse de la croissance influe sur la santé de l’économie, les ordonnances Macron adoptées en septembre 2017 ont également permis aux entreprises de disposer de nouveaux outils juridiques, plus simples et plus souples, à déployer en cas de crise ou de perspective de restructuration. Enfin, il faut souligner l’impact d’une activité soutenue sur le marché du M&A ces temps-ci. «Il y a beaucoup de liquidités sur les marchés et de nombreux cas sont traités en amont, avant même qu’une procédure de prévention ne soit enclenchée, soit dans le cadre d’un refinancement, soit dans le cadre d’une cession ou d’un carve-out», souligne Hector Arroyo, président de l’AJR (Association des jeunes professionnels du restructuring), lors d’un événement organisé par Option Finance le 19 juin dernier.

Présence accrue des institutions publiques

Outre la qualité de l’économie, le rapport de Deloitte et Altares met aussi l’accent sur l’importance de la présence, aux côtés des acteurs historiques du restructuring et des entreprises, des institutions étatiques et régionales «développant sur le terrain une véritable culture du sauvetage», précise-t-il. C’est le cas notamment du Comité interministériel de restructuration industrielle (CIRI) qui, à travers sa mission de médiation, permet de prodiguer une aide aux ETI touchées par des difficultés économiques, en définissant notamment des solutions afin de relancer leur activité et d’éviter de supprimer des emplois ou d’ouvrir une procédure de redressement. Car selon la Banque de France, par taille d’entreprise, si les défaillances ont bien reculé pour l’ensemble des PME, le secteur des ETI et des grandes entreprises a lui subi une hausse, avec 17 défaillances de plus sur un an. L’action des institutions prend alors d’autant plus son sens qu’elle avait notamment permis, quelque temps plus tôt, d’éviter que le pire ne se produise lors de la découverte, après le décès de sa dirigeante, des comptes maquillés du groupe Financière Turenne Lafayette. En urgence, le CIRI avait permis de débloquer un prêt de 70 millions d’euros, accordé par le Fonds de développement économique et social (FDES).

Complexité des dossiers

Mais la taille et la complexité des dossiers traités en 2017 ont compensé la diminution de leur quantité. Pour preuve, les restructurations menées par plusieurs sociétés sur l’année dont les cas ont été compliqués à traiter – autant qu’ils ont été médiatisés d’ailleurs. Parmi eux, celui de Vivarte. Le groupe, spécialisé dans le prêt-à-porter, a restructuré une dette de près de 2,8 milliards d’euros, effaçant ainsi presque deux tiers de celle-ci, en contrepartie d’une prise de contrôle par ses créanciers (les fonds Babson, Oaktree, Alcentra et GoldenTree). Une autre restructuration avait été annoncée fin janvier 2017, aboutissant à l’effacement record de 864 millions d'euros de ses créances. Le groupe avait ensuite engagé un plan de cessions de plusieurs de ses marques : Kookaï a été rachetée par l’enseigne australienne Magi, et André par Spartoo. Mais Vivarte n’était pas le seul : l’enseigne Tati, placée en redressement judiciaire, a finalement été reprise par GPG, maison mère de Gifi. Sans oublier la restructuration financière du groupe parapétrolier CGG, aux Etats-Unis et en France. Finalement, c’est un montant de 1,95 milliard de dollars de créances qui avait été gommé définitivement.

«Au final, s’il y a moins de dossiers, il faut quand même rester prudent», nous précise-t-on. Car les cas traités en 2018, à l’instar de la restructuration de la chaîne La Grande Récré, semblent présenter le même type de complexité que les dossiers traités sur l’année écoulée…


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