Butler Industries, fondé par l’investisseur Walter Butler, a été désigné repreneur des actifs de la société Isodev, une plateforme de financement des PME-TPE, en liquidation judiciaire depuis le 5 février 2015 au tribunal de commerce de Nanterre.
Créée en 2012, la société avait accordé près de 2000 prêts sur 10 000 dossiers étudiés pour un montant de 80 millions d’euros, devenant leader du secteur en moins de trois ans. Avec un effectif d’environ 50 personnes, elle avait pour objectif de doubler de taille d’ici fin 2015, avec un volume de quelque 600 millions d’euros de prêts par an. Mais Isodev a finalement connu des difficultés du fait, selon la société, de la faiblesse de la demande et de la chute des investissements de TPE-PME depuis 2013. En outre, la dégradation de la conjoncture avait entraîné un taux de défaut important des TPE-PME, pesant sur la qualité de crédit des entreprises recherchant un financement alternatif. Isodev n’avait connu pour sa part que 96 défauts. Enfin, les taux d’intérêt très bas avaient facilité l’accès à des crédits bancaires moins chers que ceux proposés par Isodev. Butler Industries soutient donc le lancement d’un nouvel acteur visant à accompagner les TPE-PME dans leurs projets d’investissement ou de développement aux côtés de leurs partenaires bancaires traditionnels. Le repreneur entend développer une activité de financement de projets pérenne en France puis en Europe, avec des prêts compris entre 50 000 et 500 000 euros. Il fera bénéficier les entreprises de son expertise en matière d’analyse crédit en s’appuyant sur son activité de leasing «petits tickets» présente dans dix pays ainsi que sur ses activités de crédit gérant plus de 300 millions d’euros d’encours. Butler Industries était conseillé par Weil Gotshal & Manges, avec Philippe Druon, associé. Le liquidateur judiciaire était Marc Sénéchal.
Le conseil de Butler Industries : Philippe Druon, associé de Weil Gotshal & Manges
Comment Walter Butler s’est-il intéressé à ce dossier ?
Walter Butler s’était penché sur ce dossier avant la liquidation d’Isodev. Il avait considéré que la société supportait trop de frais, notamment de personnel, pour qu’un projet de reprise viable puisse voir le jour. L’investissement ne faisait donc pas de sens en redressement judiciaire, mais présentait un réel intérêt en liquidation judiciaire. Selon Walter Butler, le secteur des prêts participatifs aux entreprises est très important et dispose d’un vrai potentiel pour notre pays pour autant qu’il soit abordé avec la bonne approche business. Rappelons que Walter Butler gère une activité d’investissement en obligations high yield avec 300 millions d’euros d’actifs. Il a également en portefeuille la société Safetic, spécialisée dans le crédit-bail aux TPE. Son projet est essentiellement de recentrer l’activité d’Isodev sur son métier initial, à savoir le financement de projets industriels, et non pas le prêt de trésorerie qu’Isodev avait finalement développé.
Comment s’est déroulée la reprise des actifs ?
Le dossier a été préparé dans l’urgence. En effet, le redressement judiciaire de la société a duré très peu de temps. Elle était en cessation de paiements et n’avait pas les moyens de financer une période d’observation. La liquidation judiciaire a donc été prononcée très vite. Il y avait au départ une quinzaine de marques d’intérêt pour la reprise des actifs mais, au final, une seule vraie offre concurrençait celle de Butler Industries. Celle-ci a été retenue car elle était mieux disante en termes de prix. L’expérience de Walter Butler dans le redressement de dossiers complexes et sa connaissance du secteur ont évidemment joué.
Qu’adviendra-t-il des encours de crédits d’Isodev ?
Butler Industries ne rachète pas les encours de prêts qui seront gérés en extinction par le liquidateur. Il rachète en revanche la marque et les algorithmes qui sont le savoir-faire de la société. Le prix payé par Butler Industries ira probablement aux AGS qui ont préfinancé le plan social, mais ne permettra sans doute pas de couvrir l’intégralité du passif. Les actionnaires d’Isodev ne retrouveront malheureusement pas leur investissement, de même que les créanciers de la société.
Que retenez-vous de ce dossier ?
Il est regrettable que les investisseurs en France ne s’intéressent pas davantage à la reprise d’actifs en liquidation judiciaire. J’ai souvent assisté des clients dans la reprise d’actifs en liquidation, sans rencontrer grande concurrence. Il y a sans doute une méconnaissance du système juridique français. L’intérêt de ce type d’opérations est pourtant réel, car le dossier est bien souvent purgé d’une grande partie de ses difficultés, comme les sûretés grevant les actifs ou le passif social. Il y a alors une nouvelle histoire à écrire pour ces actifs. Il faut sensibiliser les acteurs économiques sur ce sujet.