Parcours du directeur juridique, organisation de son équipe, explications sur son fonctionnement et sur ses conseils. Découvrez le portrait d’une direction juridique.
Qui la dirige
Le droit est loin d’avoir été une évidence pour Rémi Fréon. Après un baccalauréat scientifique « contraint et forcé », cet originaire du Lot-et-Garonne s’engage dans le droit « par défaut », suivant les traces d’un père notaire. Le cursus lui redonne le goût des études sans pour autant l’éclairer sur la trajectoire à prendre après un Master 2 juriste d’affaires-DJCE à l’université de Toulouse. Lors d’un voyage en Australie, le jeune juriste finit par rejoindre le french desk du cabinet Jones Day à Sydney, alors dirigé par Mathieu Hanaut. « Je n’aurais probablement pas eu le profil pour le bureau parisien, mais j’ai intégré celui australien sur une opportunité », reconnaît-il. Pendant neuf mois, adrénaline et dossiers internationaux seront au programme. Sa voie est trouvée. Rémi Fréon passe l’examen d’entrée au certificat d’aptitude à la profession d’avocat (CRFPA) en France et pendant l’Ecole de formation des barreaux (EFB) obtient un LLM de l’université de Columbia (Etats-Unis). Il choisit alors de retourner chez Jones Day dans l’équipe private equity/entreprises de croissance. « J’étais destiné au M&A mais un heureux hasard m’a conduit auprès de Renaud Bonnet et Charles Gavoty. A l’époque, faire du capital-risque était moins “sexy” qu’aujourd’hui, mais l’équipe était déjà renommée. Pour moi, ce fut une expérience très formatrice. Sur le volet introduction en Bourse, j’ai notamment participé à une dizaine d’opérations à Paris, mais aussi sur le Nasdaq (Criteo, Cellectits, etc.). C’est une compétence qui m’a été particulièrement précieuse par la suite », note Rémi Fréon qui trouvera aussi un mentor chez Jones Day en la personne de Renaud Bonnet. C’est tout naturellement que ce dernier est devenu le conseil de Deezer depuis 2016, date à laquelle Rémi Fréon a rejoint la plateforme de streaming musical, un an après une introduction en Bourse avortée. « J’ai un attachement très fort pour la société étant à la fois mélomane et musicien à mes heures. Mais je ne referme pas la porte des cabinets d’avocats pour autant », assure-t-il. « Il y a six ans, la direction juridique de Deezer se concentrait uniquement sur les sujets commerciaux. Le corporate était sous-traité au cabinet Cleary Gottlieb. Mon recrutement a permis d’internaliser cette partie », détaille celui qui sera nommé directeur juridique de Deezer, en 2021.
Comment elle s’organise
La direction juridique a dû s’étoffer à chaque étape du développement de la start-up tricolore créée en 2007 et devenue une licorne en 2018. Elle se compose désormais de deux pôles, rassemblant une douzaine de juristes. D’une part, la direction commerciale vise en particulier à sécuriser les droits sur le catalogue de plus de 90 millions de titres diffusés sur la plateforme. Il s’agit de contrats de licence avec plus de 300 ayants droit, par définition les trois majors Warner, Sony et Universal – par ailleurs actionnaires de Deezer –, mais également avec une myriade de labels, notamment des indépendants. Cette partie est dirigée avec Daphné Olivari, VP Legal & Business Affairs, et Bertrand Soton, head of legal & business affairs. D’autre part, le pôle corporate est lui-même réparti en trois sous-directions : droit des sociétés/gouvernance, M&A/projets stratégiques, procurement/contracts et droit social/ESG. « La direction juridique a eu un rôle central dans l’introduction en Bourse de Deezer cette année. J’étais en terrain connu et souhaitais que mon équipe collabore étroitement avec notre conseil Jones Day. Le contexte était de plus très particulier : notre directeur général a été remplacé en mai 2021 et notre directeur général délégué a quitté le groupe pendant le process. Le nouveau CEO, Jeronimo Folgueira, nous a confié les sujets d’exécution et de relations avec nos actionnaires pour se concentrer sur les enjeux de communication et les relations avec les investisseurs. Nous avons travaillé avec Stéphane Rougeot, nouveau directeur financier et directeur général adjoint, et Carl de Place, nouveau directeur financier adjoint », détaille l’ancien avocat de 38 ans.
Comment elle se positionne
Rémi Fréon reporte à Gitte Bendzulla, chief operating officer, arrivée en avril 2022. « Je ne suis pas au Comex, mais je dispose d’un accès direct au président du conseil d’administration, Guillaume d’Hauteville, ainsi qu’au directeur général et aux présidentes des comités d’audit et des nominations/rémunérations. Il y a l’organisation théorique et celle fonctionnelle », estime le praticien du droit pour qui il faudrait en France davantage de directeurs juridiques à dominante corporate dans les sociétés de la tech et plus de représentation des directions juridiques au Comex.
Qui la conseille
Deezer travaille en grande partie avec le cabinet Jones Day et plus précisément avec Renaud Bonnet, associé, Anne Kerneur, counsel, et Paul Maurin, sur les sujets corporate ; Edouard Fortunet, associé, en propriété intellectuelle ; Nicolas J. André, associé, en droit fiscal ; Jean-Michel Bobillo, associé, et Gabriel Ferrah, en droit social ; Eric Barbier de La Serre, associé, et Eileen Lagathu, counsel, en anti trust ; Bénédicte Graulle, associée, et Jérémy Attali, en compliance ; et Carol Khoury, of counsel, en droit immobilier. Rémi Fréon s’appuie également sur une série de conseils locaux dans les pays où la plateforme de streaming est installée, et notamment sur les cabinets Capin Robinson au Mexique, Arduin Advogados au Brésil, Luther à Singapour, et GunerGüner en Turquie.