Pluxee, spin-off de l’activité de titres d’avantages aux salariés du géant Sodexo, s’est séparée le 1 février de sa maison mère en faisant son entrée en Bourse via une scission. L’introduction a été bien accueillie par le marché.
Moins d’un an après l’annonce de sa création, Pluxee prend son envol. La nouvelle marque, créée par le géant Sodexo et qui reprend sa division « Services Avantages et Récompenses » (titres-restaurants, cadeaux, etc.), a été introduite en Bourse, sur Euronext Paris, jeudi 1er février. L’opération, qui s’accompagne d’une scission avec sa maison mère, s’est déroulée avec succès avec un titre qui a bondi de 15 % et une valorisation portée à près de 4,2 milliards d’euros. Pluxee revendique 500 000 entreprises clientes, 36 millions de consommateurs et près de 5 000 collaborateurs. L’activité, qui opère dans 31 pays, a réalisé un milliard d’euros de chiffre d’affaires consolidé sur l’exercice décalé 2022-2023 – bien en deçà des 22,6 milliards d’euros des autres activités de Sodexo – mais son résultat net est de 234 millions d’euros, contre 560 millions d’euros pour sa maison mère. Des éléments qui pourraient expliquer la volonté de Sophie Bellon, fille du fondateur de Sodexo, Pierre Bellon, et présidente du conseil d’administration du géant de la restauration collective, de donner son indépendance à sa filiale. L’objectif de Pluxee est aujourd’hui de conquérir de nouvelles parts de marché notamment à l’international – dans un secteur estimé à près de 2 000 milliards d’euros – et de rivaliser avec le concurrent Edenred, ex-filiale d’Accor introduite sur le CAC 40 en 2023, et dont le chiffre d’affaires est deux fois plus important. Sodexo a été conseillée par White & Case avec Marc Petitier, associé, Olivier Pâris et Hugo Chevillot, en corporate ; Thomas Le Vert, Max Turner et Olga Fedosova, associés, Boris Kreiss, Jaime Lee et Sébastien Caciano, en marchés de capitaux ; Neeloferr Roy, associée, Chloé Bouffard, en financement ; et Alexandre Ippolito, associé, Claire Sardet et Thibaut Garcia, en droit fiscal, en collaboration avec De Brauw Blackstone Westbroek pour les aspects de droit néerlandais. Bellon SA, actionnaire de contrôle de Sodexo SA, a été assisté par Darrois Villey Maillot Brochier avec Bertrand Cardi et Olivier Huyghues Despointes, associés, Isabelle Touré-Farah, counsel, Dafna Davidova, en corporate et marchés de capitaux ; et de Vincent Agulhon, associé, Pierre Dabin, en fiscalité, avec la collaboration aux Pays-Bas du cabinet Nauta Dutilh.
Le conseil de Sodexo : Marc Petitier, associé chez White & Case
Quelles sont les caractéristiques de l’opération ?
Pluxee est une société qui est cotée à Paris et dont la résidence fiscale est en France. Elle est régie par le droit hollandais par le choix d’une structure juridique locale de « NV ». Ce choix s’explique par la possibilité d’acquisition de droits de vote double, et ce dès le premier jour, contrairement à la France où il faut respecter un délai minimum de deux ans. Concrètement, nous avons dû soumettre le prospectus à l’Autorité des marchés financiers hollandaise puis nous l’avons « passeporté » des Pays-Bas à la France en application de la directive européenne Prospectus. Il a été également nécessaire de procéder à l’opération en neutralité fiscale et ainsi d’avoir un agrément de l’Administration. Ce n’est toutefois pas la première fois que la société mère d’un groupe d’origine française est régie par le droit hollandais qui apporte une certaine flexibilité. Il est à noter enfin que, par rapport à d’autres introductions plus classiques dans lesquelles des investisseurs sont sollicités pour souscrire ou acquérir des titres, cette opération avait une logique de distribution – chaque actionnaire Sodexo a reçu une action Pluxee – avec pour finalité le maintien identique de l’actionnariat actuel.
En amont, Sodexo a dû autonomiser son ancienne filiale. Quels ont été les étapes et les engagements financiers ?
Il a été nécessaire de procéder au spin-off du groupe, que ce soit d’un point de vue comptable, organisationnel, etc. Des contrats de prestation de services transitoires ont également été mis en place au cours de cette période. Au total, ce projet complexe a requis une grande combinaison de compétences, tant du côté de la société, en particulier de la direction juridique orchestrée par Angelo Piccirillo, que du côté de ses conseils. Il a nécessité près de deux ans de travail depuis les prémices de l’opération jusqu’à sa réalisation. Nous avons mis en place un nouveau financement au niveau de Pluxee avec un prêt relais de 1,5 milliard d’euros – dont une partie a été utilisée pour rembourser Sodexo – ainsi qu’une ligne de crédit renouvelable de 650 millions d’euros.
Après une année marquée par l’absence d’opérations d’envergure sur Euronext, est-ce l’annonce du retour des spin-off ?
Les groupes cotés poursuivent leur recentrage sur leur cœur de métier et sur leurs activités à plus forte rentabilité et/ou croissance, dans une perspective d’assainissement de leur bilan et de lisibilité de leur profil. Bien qu’il y ait un certain manque de visibilité pour les mois à venir, il y a de manière générale un attrait certain pour ce genre d’opérations.