Le 5 février 2019, le cabinet Bain et Company, en coordination avec la Chambre de Commerce américaine en France (AmCham), a publié la 19e édition du Baromètre Am-Cham Bain. L’étude mesure chaque année l’attractivité de la France pour les investisseurs américains, leur perception de l’environnement économique ainsi que les avantages et inconvénients de la vie en France. 127 entreprises américaines, représentant 52 000 salariés et 52 millions d’euros de chiffre d’affaires, ont contribué à la réalisation de l’enquête.
Par Isabelle Eid, counsel, Head of Knowledge, DLA Piper France
Les conclusions soulignent que les Américains perçoivent la France de manière favorable, malgré une baisse d’attractivité constatée par rapport à l’année 2017. Il ressort également que pour attirer de nouveaux investisseurs, la France doit poursuivre ses réformes structurelles.
La tendance à la baisse d’attractivité de la France
En 2017, les investisseurs considéraient comme très positives les perspectives d’évolution des différents secteurs d’activité. 2018 marque une vision moins optimiste quant à la conjoncture.
Seulement 30 % des investisseurs jugent que la situation économique actuelle aura un impact favorable sur le développement contre 72 % en 2017. La croissance mondiale, européenne et française explique ce scepticisme croissant. Cela se traduit par une diminution du nombre d’Américains souhaitant investir et créer de nouveaux emplois en France dans les deux/trois prochaines années. Ils étaient 52 % en 2017 contre 42 % en 2018.
Cette tendance est également observée en ce qui concerne la France comme destination d’investissement. Si en 2017, 21 % des investisseurs américains ont conseillé d’investir en France, en 2018 ils ne sont que 14 %. Le Net Promoter Score de la France a baissé de 3 points par rapport à l’année dernière (-15 % en 2018 et -12 % en 2017). Néanmoins, la part des Américains qui déconseillent d’investir ici a également baissé de 4 points.
Les dirigeants américains citent les mêmes facteurs principaux qu’en 2017 qui les incitent à investir en France, particulièrement la stabilité juridique, économique et sociale. La simplicité des procédures administratives ainsi que la qualification de la main-d’œuvre sont citées pour la première fois en tant que facteurs attrayants.
L’Allemagne et le Royaume-Uni restent les concurrents les plus importants de la France quant aux investissements étrangers.
La France comme terre de digitalisation des entreprises
En dépit d’une baisse d’attractivité, la transformation numérique reste un facteur qui fidélise les investisseurs. Comme l’année dernière, 96 % des sondés considèrent la France comme un pays favorable à la transformation digitale, et 90 % perçoivent positivement les actions de l’Etat français dans ce domaine.
Les investisseurs américains encouragent les démarches ayant pour objectif cette transformation digitale, et dans ce cas, 87 % d’entre eux seraient fortement intéressés pour investir. 42 % ont exprimé leur forte volonté de le faire si les actions se poursuivent.
La vision de la France auprès des employés étrangers inchangée
Le nombre des salariés américains qui recommandent à leurs homologues de venir travailler en France reste sur le même pourcentage (31 %).
En outre, malgré un mouvement social de l’année 2018, la part de «détracteurs» de la France a diminué de 13 points. De cette manière, le Net Promoter Score de la France faisant a progressé de 13 points (il est passé de 4 % à 17 %).
La culture locale, la qualité de vie, le système social ainsi que les infrastructures sont les atouts incitant à venir travailler en France. En revanche, le régime fiscal et le climat social de cette année, représentent des «irritants».
Les événements de 2018 ayant un impact sur l’attractivité de la France
Le rythme des réformes est salué par 65 % des sondés. Les dispositions envisagées par le projet de loi PACTE ainsi que les mesures en matière de fiscalité des entreprises et la réforme de l’assurance chômage sont jugées favorablement. De plus, 86 % des investisseurs ont remarqué l’impact positif que les réformes récentes avaient déjà sur l’investissement américain en France.
Si dès l’année dernière, le climat social a freiné l’attractivité de la France, il est devenu cette année un sujet d’inquiétudes. En effet, 84 % des investisseurs le considèrent comme un frein à l’attractivité du pays.
Quant aux relations franco-américaines, les sondés estiment qu’elles se sont aggravées par rapport à l’année dernière. La guerre commerciale rend l’investissement difficile, notamment celui à court terme, selon 82 % des sondés. En outre, contrairement à l’année 2017, où 74 % des investisseurs considéraient que les réformes initiées par le président Macron avaient un impact favorable sur les relations entre les deux pays, seulement 36 % s’en tiennent à ce point de vue en 2018.
Les incertitudes liées au Brexit, aux élections européennes, à l’après-Merkel et au budget italien affaiblissent l’attractivité de la France, mais elle s’en sort mieux que ses voisins européens. 54 % des dirigeants d’entreprises américaines interrogés estiment que son attractivité s’affaiblit.
Le Brexit, à son tour, a un effet nuancé : 56 % des sondés, contre 38 % en 2017, pensent qu’il aura un impact positif dans le cas où les pays parviennent à l’accord tandis qu’en cas de sortie du Royaume-Uni sans accord, seulement 33 % en sont persuadé.
Sur la base de ces données, l’AmCham France a soulevé des propositions pour le gouvernement français visant à accroître d’avantage l’attractivité de la France.
• La France doit améliorer son régime fiscal. Les acteurs économiques tendent à conduire leurs affaires dans un pays avec un faible taux d’imposition, et cela au détriment de la France. L’AmCham recommande une harmonisation fiscale européenne.
• Le gouvernement français doit accorder plus de flexibilité aux entreprises en termes d’horaires ;
• L’Etat français doit améliorer la formation, en particulier dans le domaine du numérique, une démarche indispensable pour accélérer encore la transformation digitale.
Mise en perspective avec les chiffres du capital investissement en 2018
Pourtant, dans ce contexte où l’image de la France semblait moins favorable auprès des investisseurs américains, on a pu constater la hausse générale des capitaux levés à hauteur de 13 %, soit 18,7 milliards d’euros, dont il est à noter que 48 % d’entre eux étaient d’origine étrangère contre 39 % entre 2008 et 2017, démontrant ainsi l’intérêt croissant des investisseurs étrangers en France.
C’est ce qu’indique le récent rapport de France Invest Grant Thornton sur l’activité du capital-investissement. Il indique par ailleurs que la hausse des capitaux levés s’est accompagnée d’une hausse des investissements dans les entreprises françaises pour un montant de 14,7 milliards d’euros dans plus de 2 200 entreprises, (start-up, PME et ETI), avec comme principaux secteurs d’investissements, ceux de l’industrie (31 %) et ceux de l’informatique et du numérique (25 %).
«Au global, avec tous ses segments, le capital-investissement français totalise 36 milliards d’euros levés en 2018, en grande partie auprès d’investisseurs étrangers qui irriguent l’économie française. […] Dans le face-à-face des grandes places européennes, notamment exacerbé par l’échéance de plus en plus incertaine du Brexit, il est particulièrement intéressant de noter l’attractivité de la France pour les investisseurs étrangers qui représentent plus de la moitié des montants levés», indique Dominique Gaillard, président de France Invest, en commentaire de ce rapport (1).
(1). Communiqué de presse France Invest, 28 mars 2019 www.franceinvest.eu.