Importé des Etats-Unis, le métier de Legal Operations Officer ou « LegalOps » s’impose peu à peu comme un maillon stratégique dans les directions juridiques, entre droit et performance opérationnelle.
La profession de Legal Operations Officer (LOO) vise à structurer les outils, les processus et l’organisation du service juridique afin d’en améliorer l’efficacité… et d’accompagner la création de valeur. « On a encore trop tendance à présenter les LegalOps comme des professionnels au service des juristes, alors qu’au fond ils servent les intérêts du business », insiste Emilie Calame, fondatrice d’un cabinet spécialisé dans le domaine. Outre-Atlantique, où ces managers sont apparus au tournant des années 2000, ils sont depuis longtemps intégrés au cœur des organisations.
En France, tout commence réellement à partir de 2019, d’abord dans les grands groupes, avec une adoption lente mais décisive. La digitalisation des contrats puis l’essor de projets plus transverses ont fait émerger la nécessité de profils capables de piloter le changement. « Le LegalOps, c’est l’ambassadeur du changement : il fait le lien, il structure, il embarque les équipes, mais sans autorité hiérarchique directe », commente Emilie Calame. Cette capacité à agir sans agiter le bâton, mais uniquement par persuasion et vision, explique, selon elle, la difficulté à faire reconnaître et valoriser son utilité.
La prise de conscience de l’importance de leur mission progresse. Si la fonction a suscité un enthousiasme soudain il y a quatre ou cinq ans de la part des employeurs, elle a ensuite connu un net ralentissement côté embauches, confirme Audrey Déléris, manager exécutive chez Fed Legal, cabinet de recrutement juridique. Mais la tendance repart. « Depuis un an, on observe un vrai soubresaut dans les recrutements », affirme-t-elle, notamment grâce à des projets stratégiques où le LOO est désormais identifié comme un levier d’efficacité. Cette montée en puissance ne se limite plus aux grandes structures. Elle s’applique aussi aux start-up, qui veulent intégrer les bonnes pratiques dès le départ. Preuve que la maturité s’installe : « On a enfin compris que le LegalOps n’est pas un poste de paralégal, mais qu’il revêt une importance stratégique et organisationnelle », souligne Audrey Déléris.
Un moteur d’efficacité et de transformation
Legal Operations Officer au sein du groupe Imerys (ODA du 19 novembre 2025), Mathilde Simonin incarne une profession au cœur de la transformation des directions juridiques. D’abord juriste d’entreprise, elle a choisi ce rôle pour « avoir une vision de l’intégralité de la direction juridique » et mettre à profit ce qu’elle faisait déjà en tant que manager : optimiser les processus, structurer les données, choisir et déployer les outils adaptés. Son objectif est clair : assurer la performance opérationnelle du juridique en simplifiant, sécurisant et accélérant l’activité des équipes.
La fonction qu’elle occupe s’inscrit dans une dynamique de longue date chez Imerys, pionnier en matière de LegalTech. Le groupe dispose d’outils contractuels depuis plus de vingt ans et vient de franchir une nouvelle étape avec le déploiement de Luminance, un logiciel du cycle de vie des contrats intégrant l’IA, destiné à remplacer plusieurs systèmes tout en offrant un point d’entrée unique pour les demandes du business. Une transformation dans laquelle la dimension humaine reste essentielle. Pour Mathilde Simonin, « le plus compliqué, c’est de faire adopter le changement ». Non par résistance des juristes, précise-t-elle, mais parce qu’ils manquent de temps pour penser l’amélioration continue. Elle s’emploie donc à créer des « quick wins » afin de libérer du temps à consacrer à l’optimisation. Passionnée par la collecte et l’analyse des besoins, elle se voit comme une interface entre juristes, opérationnels et autres managers : comprendre les irritants, écouter, tester, mesurer l’impact et recommencer. Son leitmotiv ? Installer durablement une culture de progression : « Mon objectif, c’est d’ancrer une culture d’amélioration continue dans toutes nos pratiques », dit-elle.
Chez Decathlon, la position de LOO a été créée pour piloter l’efficacité opérationnelle de la direction juridique, afin que les juristes se concentrent sur leur cœur de métier. Initialement axée sur l’optimisation des processus, le déploiement d’outils digitaux et la structuration de la gouvernance, cet acteur est désormais au cœur de la transformation de l’entreprise. « En tant que LegalOps, mon but est de transformer chaque mission en levier d’apprentissage, de progrès ou de création de valeur durable, déclare Julien Desplats, legal operations director du retailer. Son travail consiste à améliorer l’efficacité et la fluidité des processus. Un principe clé est la mesure de l’impact, car Julien Desplats est convaincu que « ce qui ne se mesure pas ne peut pas progresser ». Ses chantiers clés incluent la maîtrise des données, l’affinement de l’équilibre « make or buy » pour optimiser les ressources, le déploiement d’outils innovants ainsi que le soutien à la collaboration internationale pour gagner en cohérence collective.