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Sophie Boyer Chammard, partner chez Venturis Consulting Group : «Le principal souci des cabinets est d’identifier les pistes de croissance de demain»

Publié le 14 octobre 2020 à 14h00    Mis à jour le 14 octobre 2020 à 16h54

Emmanuelle Serrano

L’attractivité de la place parisienne ne se dément pas avec la crise sanitaire et les cabinets étrangers continuent de vouloir s’y installer ou d’y renforcer leur implantation existante. Le point sur cette tendance avec Sophie Boyer Chammard, partner chez Venturis Consulting Group. Le cabinet européen de conseil en stratégie dédié aux cabinets d’avocats vient d’ouvrir un bureau à Paris.

La France, et Paris en particulier, continue d’attirer les cabinets d’avocats internationaux. A quoi attribuez-vous ce succès ? Et quel est le profil des clients de Venturis Consulting Group ?

L’économie française reste la deuxième économie en Europe continentale et suscite des projets d’installation de la part des cabinets d’avocats internationaux. Il ne faut pas oublier que la densité des avocats en France est faible (N.D.L.R. : selon les chiffres 2019 du Conseil national des barreaux (CNB), on compte en moyenne 100 avocats pour 100 000 habitants en France avec de grandes disparités territoriales). S’implanter dans l’Hexagone peut aussi aider à pénétrer le marché d’Afrique francophone. De plus, le Brexit a renforcé l’attractivité de la place parisienne avec des relocalisations significatives comme celle de l’Agence bancaire européenne en juin 2019 à La Défense, par exemple. Quant à nos clients, ils sont de tailles variées mais ont en commun d’avoir une volonté de développement à l’international. Ce sont pour une grande partie des cabinets anglo-saxons, mais nous avons des cabinets leaders dans leur pays en Europe, full service ou de niche.

A quoi réfléchissent les cabinets en termes de stratégie et de positionnement ?

La crise sanitaire a amené un grand nombre d’entre eux à remettre à plat leur stratégie car elle a accéléré les grandes mutations à l’œuvre (digitalisation, travail à distance, usage des legaltech, etc.). Mais le principal souci des cabinets demeure d’identifier les pistes de croissance de demain et de savoir à quels acteurs cela bénéficiera, car la crise a eu des effets différents suivant les secteurs d’activité et les différentes pratiques du droit. Les avocats veulent savoir où se dirigent leurs clients. Ces derniers, en faisant pression sur les prix, les poussent vers plus de transparence dans leur gestion de projet et les incitent à mieux justifier leurs honoraires tout en s’adaptant à leurs besoins. L’excellence opérationnelle et les arbitrages entre ce qu’on doit faire en interne et ce qu’on doit sous-traiter constituent aussi des points au centre des réflexions actuelles des cabinets. En termes de gouvernance, les cabinets doivent aussi avoir des boards dont la composition assure une excellente représentativité des pratiques, mais également une vision sectorielle pointue pour que les offres clients soient les plus pertinentes possible et être capable d’anticiper où va aller le marché, qui a déjà connu des disruptions avec les Big 4 et l’essor des legaltech.

Les préoccupations ESG (environnement, social, gouvernance), la nécessité de se doter d’une «raison d’être» font aussi leur chemin. Comment cela se traduit concrètement ?

En raison de la crise sanitaire, la santé a pris le pas sur l’économie. C’est un tournant sans précédent. Les cabinets n’ont pas découvert bien entendu que leur performance reposait sur l’humain et le travail d’équipe. Néanmoins, la pandémie a mis de facto le bien-être de leurs collaborateurs au centre de leurs préoccupations. Les avocats, les salariés, et notamment les plus jeunes d’entre eux, attendent des associés et managing partners qu’ils fassent des questions de diversité, d’égalité salariale hommes/femmes, de qualité de vie et de formation des objectifs prioritaires. Or, Les cabinets veulent retenir les meilleurs, que l’on parle de salariés, d’avocats ou de clients, donc ce travail de réflexion sur la raison d’être et les performances ESG au-delà du pro bono est désormais un must. Tout cela se fait évidemment dans une optique de croissance profitable. On ne parle pas ici de «faire de la philanthropie» pour faire de la philanthropie, c’est un mouvement de fond stratégique qui parcourt toute la chaîne de création de valeur. C’est donc très différent.

En quoi l’offre de Venturis Consulting Group est différente de celle d’autres cabinets conseil en stratégie ?

Avoir une vingtaine d’experts dédiés au conseil stratégique pour les cabinets d’avocats est rare sur le marché du consulting. Comme nous avons tous mené des carrières dans le droit en tant qu’avocats ou directeurs juridiques, nous avons une compréhension fine des problématiques auxquels ces structures font face et comme nous sommes basés dans différents pays (Pays-Bas, Belgique, Allemagne, Italie, Suède, Danemark, avec une alliance aux Etats-Unis et en Amérique latine), nous en avons aussi une vision transfrontalière.


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