Qu’elles soient juristes ou non, les femmes ne manquent pas d’idées novatrices pour entreprendre dans l’écosystème de la legaltech. Un moyen de se démarquer de la concurrence ou de faire sa place, à mi-chemin entre le droit et l’entrepreneuriat.
Elles n’étaient qu’une petite dizaine à être présentes, en novembre dernier, parmi les 70 exposants de la troisième édition du Village de la Legaltech. Une représentation féminine faible, perçue par certains comme un manque de diversité, par d’autres comme une opportunité à saisir. Pour Alexandra Sabbe-Ferri, cofondatrice de mesindemnités.com, un calculateur en ligne d’indemnités de rupture de contrat de travail lancé officiellement en octobre dernier, le numérique est une chance, et les femmes doivent être des pionnières : «La digitalisation nous offre des possibilités sans précédent. Des places sont à prendre, c’est une réelle opportunité», commente-t-elle. Il y a trois ans, alors qu’elle lance Sagan Avocats, un cabinet dédié au droit du travail, elle cherche le moyen de faire la différence face à la concurrence. «La legaltech s’est présentée à moi à l’occasion d’un prix qui récompensait une initiative digitale. J’ai tout de suite compris que jouer cette carte était une bonne idée», se souvient-elle. Un sentiment partagé par Valéry Lontchi, à l’origine de Legalix, une plateforme de services juridiques à la demande qui a reçu le prix du jury lors de la quatrième édition du Prix de l’Innovation des Avocats en 2017. «Mon activité d’avocate fiscaliste en cabinet me privait d’un panel de clients considérable», se rappelle-t-elle. Avec Legalix, fondé en 2016, elle souhaite toucher le «justiciable-internaute» dans un espace peu occupé par ses confrères. Un moyen d’atteindre une nouvelle clientèle et de se démarquer. Car pour les entrepreneuses de la legaltech qui possèdent aussi souvent la casquette d’avocate, faire la différence au sein des cabinets est parfois compliqué dans un monde encore largement dominé par les hommes. Avocate fiscaliste et fondatrice de Ma Fiscalité, un assistant fiscal en ligne lancé début 2017, Eve d’Onorio di Méo en fait le constat : «Le problème est toujours le même, très peu de femmes sont associées au sein des cabinets, ce qui est assez paradoxal quand on sait qu’elles sont plus nombreuses sur les bancs de la fac de droit. C’est une observation qui devrait les pousser à saisir leur chance d’inverser la tendance.»
Incubateurs féminins
Mais la tendance est déjà sur le point de s’inverser, selon Lise Damelet, of counsel chez Orrick et cofondatrice de l’incubateur du barreau de Paris : «Les femmes commencent à prendre conscience du créneau qui s’offre à elles. Il suffit de voir le nombre de beaux projets portés en ce moment par des femmes pour le constater», explique-t-elle. Marie Abadie et Sandrine Morard ont imaginé Softlaw en 2015, un logiciel d’analyse et de traitement automatisés de contrats à destination des professions réglementées du droit et du chiffre. Marie-Alice Godot-Sorine a fondé Legal Pilot en 2017, un logiciel d’automatisation et d’interface juridique pensé et conçu par des avocats, pour des entreprises et des professionnels du droit. Claire Habert-Rémy a créé WeDivorce, une plateforme 100 % en ligne dédiée au divorce par consentement mutuel. Anne-Charlotte Hugon et Julia Katlama sont aux manettes de Votre Bien Dévoué, une application de mise en relation des avocats faisant «matcher» l’offre et la demande dans toute la France depuis 2017… «La liste est longue, ajoute Lise Damelet, mais cela prouve qu’il y a une vraie vitalité et un réel intérêt des femmes pour ce domaine. Et la situation ne peut que tourner davantage en leur faveur, notamment grâce aux incubateurs féminins», précise-t-elle. Ces incubateurs un peu particuliers exigent notamment que les start-up candidates au programme d’accompagnement respectent des critères stricts tels que la présence d’au moins une femme cofondatrice au sein de la structure. Parmi les plus connus, Paris Pionnières (devenu Willa) a notamment accompagné deux legaltech créées par des femmes : Votre Bien Dévoué (promotion 2017), et Izilaw, une plateforme de mise en relation entre utilisateurs et professionnels du droit, porté par Erika Haiste, (promotion 2018).
Créer de nouveaux réseaux
Si elles entreprennent, les femmes prennent aussi activement part à la promotion et au développement de l’innovation juridique. En novembre dernier, Eve d’Onorio di Méo a notamment contribué à officialiser le lancement du Réseau national des incubateurs de barreaux (RNIB) aux côtés de cinq autres femmes, dont la nouvelle présidente de l’ACE-Paris (Avocats conseils d’entreprises) Nathalie Attias, et la présidente de l’Incubateur du barreau de Montpellier Mélanie Parnot. Quelque temps plus tôt, l’association Avotech était née en partie sous l’impulsion de Julia Katlama et Anne-Charlotte Hugon, cofondatrices de Votre Bien Dévoué… De quoi encourager de nouvelles vocations.