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DEAL DE LA SEMAINE

The Blockchain Group lève près de 50 millions d’euros en bitcoins

Publié le 19 mars 2025 à 16h23

Pierre-Anthony Canovas    Temps de lecture 5 minutes

La société The Blockchain Group réalise une émission obligataire convertible en actions de 48,6 millions d’euros souscrite majoritairement en bitcoins, via sa filiale de droit luxembourgeois. L’opération, unique en son genre, intervient plus de neuf mois après l’homologation par le tribunal de commerce de Nanterre du plan de continuation de l’entreprise tricolore.

Levée de fonds inédite pour The Blockchain Group. La société spécialisée dans la blockchain et les services dans les domaines de la deeptech (data intelligence, data science, intelligence artificielle, Web2 et Web3), réalise une émission obligataire convertible en actions de 48,6 millions d’euros, souscrite majoritairement en bitcoins, une première mondiale. L’opération se déroule via sa filiale de droit luxembourgeois The Blockchain Group Luxembourg SA. Le groupe tricolore qui a développé une activité de « Bitcoin Treasury Company » – dont l’objectif est de lever du capital pour acheter des bitcoins – entend ainsi innover en émettant des obligations convertibles, non seulement souscrites mais également remboursables avec cette monnaie numérique. Grâce à cette première tranche, The Blockchain Group détiendra plus de 600 bitcoins, de quoi la hisser parmi les 30 premières sociétés cotées au monde en termes de réserves de cette devise. Le tour de table a été mené par le fonds new-yorkais spécialisé Fulgur Ventures, et souscrit par Adam Back, un informaticien britannique qui dirige Blockstream, groupe opérant dans la blockchain, ainsi que par le management d’UTXO, un véhicule d’investissement mis en place par les équipes d’un journal anglais spécialisé sur les cryptomonnaies. Figurent aussi Ludovic Chechin-Laurans, un banquier d’affaires – directeur au sein de Capital Union Bank située aux Bahamas – et administrateur de The Blockchain Group, qui investit en nom personnel ainsi que le fonds spécialisé tricolore Tobam. Cette opération intervient après l’homologation par le tribunal de commerce de Nanterre l’été dernier d’un plan de continuation présenté par la société à la suite de sa mise en redressement judiciaire fin 2023. The Blockchain Group est conseillé par Couderc Dinh & Associés avec Arthur Anton, Denis-Fontaine Besset et Christian Couderc, associés, Frédéric Pelé, counsel, en droit fiscal et en corporate ; ainsi que par Ogier au Luxembourg. Fulgur Ventures est épaulé par Dentons avec Guillaume Kessler, associé, en private equity ; Audrey Molina, associée, en restructuring ; et Emmanuelle van den Broucke, associée, en contrôle des investissements étrangers ; en appui d’une équipe à New York.

Le conseil de The Blockchain Group : Arthur Anton, associé chez Couderc Dinh

Quelles sont les spécificités de ce tour de table ?

La levée de fonds de The Blockchain Group est une première au niveau mondial. Jamais une émission d’obligations convertibles réalisée par une société cotée n’avait été souscrite en bitcoins. Le groupe s’est inspiré d’acteurs comme MicroStrategy aux Etats-Unis et Meta Planet au Japon pour développer une activité de « Bitcoin Treasury Company ». Le but est de réaliser des tours de table afin de lever du capital pour accumuler des bitcoins – dont le nombre circulant dans le monde est limité à 21 millions – afin d’augmenter le nombre de bitcoins par actions. Une autre caractéristique est que ces obligations n’ont pas été émises par The Blockchain Group, mais par sa filiale luxembourgeoise que nous avons créée pour réaliser l’opération. Si toutefois l’investisseur veut convertir ses actions, il recevra des actions de la société mère française. Il pourra aussi décider de récupérer son nombre de bitcoins si la prise de valeur n’est pas au rendez-vous. Le choix de structurer le projet via le Luxembourg s’explique par la stabilité du pays, mais aussi parce qu’il s’agit d’une place financière internationale de premier choix qui permet la réalisation de telles opérations, contrairement au droit français.

Quels ont été les défis de cette opération ?

Il a été nécessaire de rassurer les investisseurs sur l’historique de la société et leur rappeler que le redressement judiciaire avait été mis en place avant que The Blockchain Group ne mette en place cette stratégie de « Bitcoin Treasury Company », en parallèle à ses autres activités. Le secteur des cryptomonnaies étant particulièrement technique, nous avons dû aussi nous assurer que l’opération était conforme à la réglementation française en termes de cryptoactifs mais également en ligne avec le règlement européen MICA qui s’applique désormais aux prestataires chargés de conserver et protéger les actifs. Nous avons par ailleurs travaillé avec plusieurs juridictions. L’investisseur principal, Fulgur Ventures, est américain et investit dans une société luxembourgeoise gérée par un groupe français – ce qui a complexifié le deal. Enfin, nous avons dû trouver un mécanisme sécurisant tant pour les personnes morales qu’individuelles, l’opération n’ayant pas de précédent.

Selon vous, ce type d’opérations va-t-il se multiplier ?

Un vrai changement de paradigme sur les bitcoins est en cours. Auparavant, cette monnaie était vue comme une alternative aux monnaies fiat (devise légale émise par une banque centrale, ndlr). Dans le contexte actuel, elle est appréciée désormais comme une valeur de réserve, à l’instar de l’or. D’ailleurs, plusieurs sociétés tech ont annoncé qu’elles comptaient conserver une partie de leur trésorerie en bitcoins – à l’instar de la licorne brésilienne Méliuz par exemple – ce qui est prometteur.


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