La lettre d'Option Droit & Affaires

Le deal DE LA SEMAINE

Novapost lève 17,5 millions de dollars auprès d’Accel Partners

Publié le 21 mai 2014 à 12h21    Mis à jour le 1 septembre 2014 à 16h29

Florent Le Quintrec

La start-up Novapost, spécialisée dans la digitalisation des documents et demandes RH, vient de lever 17,5 millions de dollars auprès du fonds de capital-risque américain Accel Partners.

L’investisseur entre ainsi aux côtés des actionnaires historiques Kernel Investissements, dirigé par Pierre Kosciusko-Morizet, et Alven Capital. Novapost va pouvoir accélérer son développement à l’international et recruter plus de 100 nouveaux collaborateurs au cours des dix-huit prochains mois dans quatre pays. Accel, Kernel et Alven étaient conseillés par Dechert, avec Matthieu Grollemund, associé, Charles de Dreuzy, Xavier Leroux, Hélène Parent et Judith Malka. Novapost avait pour conseil FTPA, avec Coralie Oger, Nathalie Younan, associées, et Pierre Lumeau.

Le conseil des investisseurs : Matthieu Grollemund, associé de Dechert

Pourquoi la société a-t-elle fait appel à un fonds de capital-risque américain ?

Il y a actuellement sur le marché beaucoup de beaux dossiers français, mais finalement peu qui peuvent passer le cap de l’international. A l’image de Criteo ou de Blablacar, Novapost fait partie des candidats pouvant croître très fortement sur le marché américain dont les sociétés, compte tenu de leurs effectifs importants, ont des besoins importants de dématérialisation RH (fiches de paie, avantages, 401(k) et autres documents RH).

Pour les fonds d’investissement, l’intérêt est d’aller chercher des multiples de sorties plus élevés qu’en France, en trouvant un relais via un investisseur américain spécialisé, un acquéreur corporate ou une sortie en bourse. Le développement de Novapost sur le marché américain leur permet donc d’atteindre cet objectif.

Comment Accel Partners a-t-il été sélectionné ?

Notre client a été retenu car il permettait à la société de bénéficier d’un support à l’international, d’accéder à un réseau de professionnels pour accélérer son développement. Par ailleurs, Accel Partners affiche un très beau track record sur des start-up françaises. Lorsqu’on observe les réussites de sociétés comme Instagram, Yelp ou LinkedIn, on se rend compte que les fonds venture américains ont cette capacité à propulser les dossiers et à structurer les entreprises. Nous verrons certainement d’autres opérations de ce type dans les prochains mois, car ces fonds disposent d’une puissance de frappe colossale et n’ont aucune difficulté à l’idée d’investir dans une société française, en dépit de ce qu’on peut parfois entendre.

Cette opération présente-t-elle des spécificités juridiques ?

Ce dossier présente en effet plusieurs innovations juridiques. Premièrement, il s’agit d’une levée de fonds libellée directement en dollars, car Novapost va avoir besoin de dépenser et investir dans cette devise. Il a notamment fallu éviter d’effectuer une double conversion (conversion en euros de l’augmentation de capital, puis conversion en dollars au moment du décaissement). Cette situation a posé plusieurs problèmes comptables et juridiques que nous avons résolus avec la Compagnie nationale des commissaires aux comptes (CNCC), puisqu’il est impératif que le capital d’une société française soit libellé en euros. La solution aboutie à une libération en dollars des montants de souscription qui donne lieu à une conversion comptable, mais pas effective, en euros, puis à un mécanisme de comptabilisation des écarts de changes ultérieurs (proche du cas de détention de liquidités en monnaies étrangères dans les comptes). Deuxièmement, nous avons élaboré une liquid pref (répartition du prix de vente en cas d’événement de liquidité entre les actionnaires de l’entreprise) assez originale notamment parce qu’elle se calcule également en dollars.

Comment les actionnaires comptent-ils sortir ?

Il est encore trop tôt pour envisager une sortie. Mais il est certain que l’arrivée d’Accel Partners et le développement aux Etats-Unis élargissent les possibilités. Il pourra s’agir d’une vente à un industriel ou d’une IPO aux Etats-Unis comme en Europe.

Doit-on s’attendre à une délocalisation aux Etats-Unis à terme ?

Sans commenter le cas précis de Novapost, il n’est pas nécessairement intéressant pour une start-up française de se délocaliser aux Etats-Unis. Le coût d’un ingénieur est beaucoup moins élevé en France qu’aux Etats-Unis (voire même qu’en Inde). Il n’est pas forcément intéressant de délocaliser de la matière grise pour une société française. Une telle option poserait également des difficultés dans le cas spécifique de Novapost, notamment en raison de réglementations divergentes sur le traitement des données personnelles entre l’Europe et les Etats-Unis, qui nécessitent d’avoir une vraie réflexion sur les flux de données et leur traitement.


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