La lettre d'Option Droit & Affaires

Focus

Des fonds à la recherche de nouvelles stratégies

Publié le 27 février 2019 à 15h05

Coralie Bach

La dernière édition du rapport de Bain & Company souligne la bonne santé du private equity au niveau mondial. Mais face à la difficulté d’investir, les fonds doivent diversifier leurs stratégies et accepter une plus grande part de risque.

2018 clôture le meilleur quinquennat du private equity, telle est la conclusion du dixième rapport de Bain & Company sur le marché du non coté dans le monde. Des sorties fleurissantes, des levées qui se maintiennent à un niveau élevé, les indicateurs restent au vert. Les LPs en sont bien conscients puisque 90 % d’entre eux déclarent vouloir maintenir ou accroître leur allocation à cette classe d’actifs. Les fonds ont ainsi collecté 714 milliards de dollars, 2018 représentant la troisième meilleure année en termes de levée de fonds, et investi pas moins de 2 500 milliards de dollars, dont 582 milliards pour les LBO. «Il est toujours très facile de vendre et très difficile d’investir», résume Jean-Marc Le Roux, responsable France de l’activité private equity pour Bain & Company. Cette difficulté se reflète dans les chiffres. Le rapport note en effet une diminution du nombre de deals, en particulier sur les LBO dont le volume s’est réduit de 13 % alors que la valeur totale des acquisitions sur ce segment a progressé de 10 %. Or, au vu des capitaux encore disponibles au sein des fonds (dry powder), la situation ne devrait pas s’améliorer. En constante progression depuis 2012, l’argent non investi atteint 2 000 milliards de dollars fin 2018, tous types de fonds confondus. L’étude souligne néanmoins que la majorité de ces capitaux provient de véhicules levés au cours des deux dernières années ; ce qui laisse encore un peu de temps aux gérants pour réaliser leurs investissements.

Des sociétés cotées dans le viseur des fonds

Moins nombreux et plus chers, les investissements se concentrent quant à eux sur des LBO successifs et des build-up. «Les stratégies de buy and build restent très présentes chez les fonds, mais toutes ne s’avèrent pas efficientes, prévient Jean-Marc Le Roux. Les clés de la réussite reposent sur trois éléments : un secteur stable, une entreprise-plateforme bénéficiant d’une infrastructure solide et de cash-flow suffisant pour financer les acquisitions, et enfin un nombre assez important de cibles potentielles.»

Autres sources d’opportunités pour les fonds : les entreprises cotées. Face à un début de recul des marchés boursiers, les sociétés cotées deviennent de plus en plus attractives pour les acteurs du private equity. «Nous avons constaté un retour des opérations dites de “public to private” aux Etats-Unis comme en Europe, souligne Jean-Marc Le Roux. Cette tendance devrait se confirmer au vu des valorisations plus faibles sur le secteur boursier que sur le secteur privé.» En France, CVC Capital Partners a ainsi annoncé fin décembre le lancement d’une OPA sur l’assureur April ; opération qui devrait se concrétiser au cours du deuxième trimestre. En outre, les retraits de cote devraient également être simplifiés grâce à la loi Pacte qui prévoit d’abaisser le seuil de retrait obligatoire de 95 à 90 %. Ces opportunités de retrait de cote, qui concernent essentiellement les grands groupes générant entre 2 et 10 milliards de dollars de chiffre d’affaires, favorisent par ailleurs le développement de méga fonds, en mesure de réaliser des OPA importantes. Une stratégie de «taille» qui se retrouve également dans le non coté, les fonds n’hésitant plus à mener deux opérations d’envergures, de manière successive ou parallèle, dans l’objectif de fusionner in fine les deux cibles.

Vers une plus grande prise de risque ?

Enfin, l’importance des capitaux disponibles incite les gérants à diversifier leur offre en proposant à leurs investisseurs différents fonds aux stratégies distinctes, mais néanmoins cohérentes avec le métier initial de l’équipe. Ainsi, de nombreux GPs initialement positionnés sur le LBO proposent aujourd’hui des fonds de capital-développement, sectoriels ou encore des fonds long terme.

Mais quels que soient le segment et la stratégie choisis, les GPs vont probablement être amenés à miser sur des deals plus risqués afin de pouvoir déployer leurs capitaux. «Les deals relativement simples sont et continueront d’être très concurrentiels, notamment car ils représentent les cibles privilégiées des fonds de pension pour leurs investissements en direct», explique Jean-Marc Le Roux. Sortir des sentiers battus, tel devrait être l’enjeu des investisseurs.


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