La lettre d'Option Droit & Affaires

Le deal de la semaine

Ÿnsect s'alimente d'une levée de fonds de 125 millions de dollars

Publié le 27 février 2019 à 15h07    Mis à jour le 27 février 2019 à 16h18

Chloé Enkaoua

La start-up française Ÿnsect, productrice de protéines d’insectes pour l’aquaculture et la nutrition des animaux, a réalisé une levée de fonds pour un montant total de 125 millions de dollars (110 millions d’euros).

Menée par le fonds Astanor Ventures, cette levée de fonds a également impliqué d’autres investisseurs tricolores et internationaux, à savoir Idinvest Partners, Talis Capital, BPI Large Venture, Crédit Agricole Brie Picardie, Caisse d’Epargne Hauts-de-France, Picardie Investissement, Finasucre, Compagnie du Bois Sauvage et Happiness Capital. La majorité des investisseurs historiques d’Ÿnsect, à l’instar de Demeter Partners et de Bpifrance, ont également participé à ce tour de table. L’objectif est de financer la construction de sa première usine devant assurer l’élevage et la transformation d’insectes à grande échelle, dans le but de créer le leader mondial de la nutrition premium et durable valorisant les ressources naturelles des insectes. Cette ferme verticale, baptisée Ynfarm, sera construite à Poulainville, au sein de la métropole d’Amiens, et permettra de produire environ 20 000 tonnes de farine d’insectes par an grâce à des technologies brevetées de production à grande échelle. Sa mise en service est prévue pour 2021. A noter qu’il s’agit du plus grand tour de table, hors Etats-Unis, dans les protéines alternatives, qui porte à 175 millions de dollars (154 millions d’euros) les fonds déjà levés par la jeune pousse. Fondée en 2011 par Antoine Hubert, Jean-Gabriel Levon, Alexis Angot et Fabrice Berro, Ÿnsect élève le Tenebrio Molitor, plus connu sous le nom de ver de farine, en vue de fabriquer de la nourriture pour animaux de compagnie, crevettes, saumons, truites et bars, ainsi que pour fertiliser les plantes. L’entreprise, basée à Evry, possède d’ores et déjà une ferme prototype à Dole, dans le Jura, et emploie actuellement 105 personnes. Elle dispose d’un carnet de commandes de 70 millions de dollars de chiffre d’affaires sur les quatre prochaines années. Baker McKenzie a conseillé Ÿnsect avec Matthieu Grollemund, associé, Hélène Parent, Gautier Valdiguié et Madalina-Georgiana Asandului en corporate, Marc Mariani et Alexia Robbes, associés, Eva Leygonie, local partner, Eline Robin et Corentin Dolivet en immobilier/construction, Agnès Charpenet, associée, Charles Baudoin, counsel, et Julie Rueda en fiscal, Gilles Jolivet, associé, et Marie-Amélie Roger en social, Marie-Laetitia De La Ville Baugé, counsel, en environnement, et Rémy Bricard, associé, en IT. Orrick a accompagné Astanor Ventures avec Olivier Edwards, senior counsel, Olivier Vuillod et Lionel Simonet en corporate, Charles Briand, associé, Margaux Azoulay et Margot Janot en fiscal, ainsi qu’Hélène Daher, associée, Ariane de Roux et Léa Ghoreychi en social. Gide a assisté Idinvest Partners et Bpifrance avec Pierre Karpik, associé, et Louis Oudot de Dainville, counsel. Lamartine Conseil a représenté toutes les banques et fonds locaux avec Fabien Mauvais, associé. Les investisseurs restants ont été conseillés par Bignon Lebray avec Neil Robertson, associé, et Quentin Dosda, ainsi que par Luchtenberg Avocats avec Jérémie Swiecznik, associé.

Le conseil d’Ÿnsect : Matthieu Grollemund, associé chez Baker McKenzie

Quel est le contexte de cette levée de fonds ?

Ÿnsect produit des coléoptères destinés à l’alimentation animale pour répondre notamment à un problème lié à l’aquaculture : les poissons d’élevages, même bio, sont bien souvent chargés en métaux lourds car nourris avec des aliments pollués et issus d’une pêche non durable – fonds de mer raclés, pêche électrique, chalutage dans des pays émergents… Au-delà du fort enjeu de santé publique et de durabilité de l’aquaculture, ce marché est désormais mondial et représente le quatrième grand pilier de l’alimentation future. Après avoir réussi la mise en service de son usine prototype, la société a donc souhaité entamer la construction de sa première grande unité de production, très technologique. Cette ferme verticale sera construite en France et permettra de produire les 20 000 tonnes de farine d’insecte prévues.

Y a-t-il eu des spécificités juridiques liées à ce deal ?

Assez curieusement, la réglementation européenne ne prévoyait pas la possibilité de nourrir des poissons avec des insectes. Il a donc fallu faire changer la réglementation au niveau européen. Le projet est également assez hors norme de par les montants recherchés, et parce qu’il combine un haut niveau de technologie avec un projet d’infrastructure, à mi-chemin entre les domaines d’investissement des fonds tech et des fonds infra.

Avez-vous rencontré des difficultés particulières lors de la réalisation de ce tour de table ?

Etant donné qu’il s’agit d’un business très nouveau, le temps d’apprentissage des investisseurs a été plus long que s’il leur avait fallu investir dans une food tech plus «classique». Par ailleurs, il faut prévoir dès à présent la possibilité pour la société de faire entrer de nouveaux investisseurs, la demande étant forte.


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