La startup Airseas, qui a créé une technologie de propulsion par le vent à destination des navires de marchandises mais n’a pas réussi ses tests pré-commercialisation en temps voulu, a été rachetée à la barre du tribunal de commerce de Nantes par son client japonais K Line. L’acquéreur reprend 89 des 120 salariés.
Le groupe japonais de transport maritime Kawasaki Kisen Kaisha, connu sous le nom de K Line, a repris devant le tribunal de commerce de Nantes l’entreprise Airseas – dont il était l’unique client – dans le cadre d’un prépack cession. La société tricolore fondée en 2016 par quatre ingénieurs d’Airbus, qui conçoit des voiles de traction pour les navires marchands visant à réduire jusqu’à 20 % leur consommation de fioul et ainsi leur empreinte environnementale, était en redressement judiciaire depuis janvier. Ses difficultés découlaient d’importants besoins en financement, faute d’avoir validé des tests nécessaires à la commercialisation de leur produit. Airseas, qui comptait Airbus Invest à son capital et avait enregistré plusieurs brevets, ambitionnait pourtant d’ouvrir une usine en 2025 et visait près d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires d’ici 2030 ! K Line a été épaulé par Jeantet avec Laïd Estelle Laurent, associée, Jean Delapalme et Claire Blondel, en restructuring ; Laetitia Ternisien, associée, en droit social ; Karl Hepp de Sevelinges et Guillaume Fornier, associés, Stanislas Chaudun, en corporate M&A ; Frédéric Sardain, associé, Maxime Seiller, en IP/IT ; et Delphine Baudoin, associée, en financement, avec la collaboration de Deloitte ainsi que du cabinet japonais Nishimura. Airseas a été conseillée par Kacertis Avocats avec Marie Robineau, associée, en restructuring ; et Anouck Suberbielle, associée, en droit social.
Le conseil de K Line : Laïd Estelle Laurent, associée chez Jeantet
Quelles ont été les spécificités de l’opération ?
K Line était un partenaire commercial d’Airseas depuis 2019 afin d’avoir accès en exclusivité à ses futures voiles. Une somme de près de 22 millions d’euros avait été alors engagée à ce titre. Plus tard, en 2022-2023, Airseas, qui est une start-up mais qui ne générait pas de revenus, s’est retrouvée en difficulté. Elle a été placée en mandat ad hoc puis en procédure de conciliation. Durant l’été 2023, alors que les phases de test grandeur nature en mer étaient nécessaires et nécessitaient un financement important, K Line s’est engagé à verser 45 millions d’euros sur plusieurs échéances conditionnées, dont 9 millions d’euros en obligations convertibles en actions afin de sauvegarder Airseas et concrétiser les tests. Ces derniers ont été réalisés en septembre, mais n’ont hélas pas été concluants. Les voiles ne sont toujours pas commercialisables. L’entreprise s’est donc retrouvée dans une situation intenable. L’échec de ces tests signifiait, en effet, le non-déblocage des financements restants et la nécessaire poursuite de la phase de R&D, avec de nouveaux besoins financiers de la part d’investisseurs. Après de nombreuses discussions et options envisagées, il a alors été décidé d’utiliser une procédure de « prépack cession ». Toutes les équipes opérationnelles de K Line et d’Airseas, et les conseils tant juridiques que financiers, ont donc dû se mettre en ordre de marche pour préparer le rachat de l’entreprise à la barre du tribunal dans le cadre de la procédure collective ouverte post-conciliation.
Quelles ont été les modalités du rachat ?
Concrètement, K Line a déposé une offre de reprise qui a été soutenue en audience devant le tribunal de commerce de Nantes. Une société par actions simplifiée (SAS), baptisée Oceanic Wings, a été constituée en France comme un véhicule d’investissement afin d’accueillir l’entreprise Airseas. Le repreneur a versé 550 000 euros à la procédure collective de cette dernière pour le rachat de tous les actifs corporels, incorporels et le stock. Il reprend 89 salariés sur 120 et a accordé une enveloppe supplémentaire de 250 000 euros pour financer les mesures d’accompagnement des 29 personnes qui ont dû être licenciées. Au-delà de ces montants, K Line a déjà investi près de 31 millions d’euros jusqu’à présent, qu’elle a offerts à la procédure réduisant d’autant le passif d’Airseas qui s’élevait à près de 57 millions d’euros à l’ouverture de la procédure collective. Dans son offre, le repreneur a estimé le besoin en fonds de roulement (BFR) et la relance de la R&D des deux prochaines années à environ 15 millions d’euros et s’est engagé à les financer, mais aussi à aller chercher de nouveaux investisseurs passés cette période si cela s’avérait nécessaire. En cas de recherche infructueuse, il s’est engagé à rester actionnaire.
Quels ont été les principaux défis ?
Outre le caractère sensible et politique de l’opération, le sujet de la confidentialité inhérente à la procédure de conciliation qu’il faut respecter tout en recherchant, pour le conciliateur et l’entreprise cible, de potentiels investisseurs et acquéreurs afin que l’opération soit qualifiée de recevable procéduralement par le tribunal, a été un défi. Le calendrier en a été un autre : alors que nous étions dans la période de conciliation, nous avions un mois à peine pour engager la cession en prépack cession.