Les statistiques montrent qu’en 2025, les dépôts de bilan ne trouvent plus principalement leur origine dans les difficultés des entreprises à honorer leurs échéances de PGE. Mais ce risque est-il tout à fait écarté ? Rien n’est moins sûr.
Le 12 août dernier, une question écrite posée au gouvernement par le député savoyard Vincent Rolland, sollicitant un assouplissement du dispositif de remboursement des prêts garantis par l’Etat (PGE) pour les sociétés les plus fragiles financièrement, est passée totalement inaperçue. D’ailleurs, contexte politique instable oblige, elle n’a jamais fait l’objet d’une réponse de l’exécutif. Elle aurait néanmoins mérité que l’on s’y attarde, puisqu’elle pose en creux le lien entre les défaillances d’entreprise et les échéances financières liées à cet outil conçu pour surmonter la crise du Covid-19.
Sur les 145 milliards d’euros prêtés dans le cadre de ce dispositif exceptionnel, l’essentiel appartient au passé puisque le reliquat dû s’établissait à 20 milliards d’euros fin septembre. « Les TPE-PME ont remboursé 84 % de leurs PGE alors que ce taux s’établit à 97 % pour les grandes entreprises », a précisé l’expert-comptable jurassien Michel di Martino, lors d’un webinaire proposé par Altares D&B la semaine dernière. Pour autant, toute la question consiste à savoir dans quelle mesure ces charges financières engendrent toujours des situations critiques.
Décalages de PGE jusqu’en 2030
Même si la Direction générale des entreprises (DGE) aime à rappeler que les PGE auraient permis d’éviter 35 000 défaillances entre 2020 et 2022, il est indéniable qu’il y a eu un effet boomerang au cours des trois années suivantes. Au point d’imposer encore aujourd’hui des nécessaires restructurations de ces prêts car, comme le soulignait récemment Bpifrance, 25 000 TPE/PME craignent toujours de ne pas pouvoir honorer ces remboursements en raison de difficultés de trésorerie. « Le nombre annuel de défaillances devrait rester en 2025 au niveau historiquement élevé atteint un an plus tôt, soit environ 68 000, a détaillé pendant le webinaire Thierry Millon, directeur des études chez Altares D&B. Comme l’été 2026 constitue la date butoir initiale de remboursement des PGE, on peut escompter un reflux des défaillances directement en lien avec ces prêts à compter de cette date. Pour autant, le mouvement de décrue risque d’être très lent. »
Face à de tels problèmes de trésorerie, il est bon de rappeler que les TPE peuvent recourir à la médiation du crédit (pour des PGE jusqu’à 50 000 euros), tandis que les PME opteront plutôt pour des conciliations et des mandats ad hoc, voire se placeront sous l’égide du Comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri). Et même si beaucoup d’observateurs murmurent que c’est parfois reculer pour mieux sauter, notamment si le remboursement des échéances de prêts doit se faire au détriment de l’investissement, mieux vaut ne pas repousser la poussière sous le tapis.
« Les bilans d’un certain nombre de PME qui cherchent actuellement à négocier avec leurs partenaires bancaires en raison de situations de trésorerie tendues incluent encore une part importante de PGE, constate Pascal Gounon, associé coresponsable du département restructuring du cabinet de conseil EY-Parthenon. Dans un environnement où la consommation reste souvent ralentie, le poids de ces prêts impose d’être traité par le biais d’un plan global de rééchelonnement de dette et l’on voit actuellement des demandes de décalage jusqu’en 2030. » Soit deux ans après la date butoir qui pouvait résulter des deux éventuelles prorogations d’un an accordées à partir de l’échéance 2026.
60 % de rééchelonnement de dette acceptés
Bien que résiduels, les PGE demeurent donc un sujet de préoccupation. Et pour les PME et ETI encore concernées, la remise à plat de l’endettement s’impose. « Aujourd’hui, 60 % des demandes de rééchelonnement sont acceptées par les partenaires bancaires, qui reconnaissent ainsi une difficulté à la fois réelle et sérieuse mais aussi surmontable, souligne Raphaël Miolane, senior managing director au sein du cabinet d’expertise FTI Consulting. En revanche, 20 % sont refusées car considérées comme des demandes de complaisance de la part d’émetteurs dont la trésorerie ne nécessite pas d’accéder à une dette moins chère. Quant aux autres 20 %, elles font l’objet d’un renvoi devant le tribunal après que le médiateur a estimé que la pérennité de l’entreprise est en jeu. »
Or, comme l’indique Altares D&B, les défaillances enregistrées en septembre 2025 émanaient de PME et ETI à 8,2 %, « soit 2 points de plus que ce que nous constations avant la crise du Covid, traduisant des tensions très marquées sur ces sociétés », pointe Thierry Millon. C’est donc la quadrature du cercle, puisque ces catégories d’entreprises sont souvent celles qui n’ont pas encore épuré leur PGE, faute de perspectives économiques utiles à une renégociation de dette… Le sujet est loin d’être clos.