DLA Piper, Bredin Prat, Osborne Clarke ou bien encore Shearman & Sterling, les avocats d’affaires déménagent hors du triangle d’or. Ouvrant la voie vers le quartier des Batignolles, certains cabinets osent les VIIe et XVIIe arrondissements.
Fidèles du triangle d’or, les avocats parisiens et leurs cabinets sont, par habitude historique, majoritairement installés à proximité immédiate des principaux centres de décisions économiques. Pourtant, de plus en plus nombreux à prendre leur distance avec les constructions haussmanniennes des VIIIe, XVIe et Ier arrondissements, ils privilégient des immeubles plus fonctionnels, représentant le positionnement du cabinet sans pour autant être trop ostentatoires. Certains allant jusqu’à dire qu’une adresse prestigieuse peut devenir un handicap en termes d’image donnée aux clients. «La tendance est à une certaine ouverture géographique. Jusqu’à présent, les cabinets étaient extrêmement attachés à résider à l’intérieur du quartier central des affaires, aujourd’hui les VIIe et XVIIe arrondissements apparaissent dans le cahier des charges», confirme Alain Bouskela, senior advisor de CBRE, spécialiste des cabinets d’avocats. Néanmoins, les offres dans le VIIe arrondissement restent tout aussi rares que les cabinets dans le XVIIe. Osborne Clarke qui s’installera Boulevard Malesherbes début 2016 et Shearman & Sterling, qui emménagera rue Jacques Bigen au printemps 2016 après presque dix-huit ans passés sur les Champs-Élysées, font figure d’exception. De nombreuses années de recherches ont été nécessaires à Shearman pour trouver ces 6 300 m2 dont 350 m2 de jardin et près de 700 m2 de terrasses, proches de la place du Général Caroux et du parc Monceau, sur la route du quartier des Batignolles. «Paris évolue et certains quartiers développent des qualités très intéressantes. Nous voulons nous positionner en tant que précurseurs. C’est un choix de style et non financier, d’autant que le changement n’a pas d’impact financier positif majeur. Nous sommes surtout très heureux d’avoir trouvé des locaux parfaits pour rassembler dans un seul lieu très professionnel nos équipes grandissantes», affirme Emmanuel Gaillard, managing partner de Shearman & Sterling à Paris. La construction du nouveau palais de justice dans le nord-ouest parisien deviendrait-elle un argument pour déménager hors du triangle d’or ? «Nous pouvons imaginer dans un futur proche, trois ou quatre ans, que les avocats d’affaires s’installent près des Batignolles», ajoute Alain Bouskela. Le barreau et la Mairie de Paris réfléchissent d’ailleurs à installer des cabinets d’avocats dans des quartiers qui en sont dépourvus.
Un strict cahier des charges pour des offres limitées
Pour plaire aux avocats, l’immeuble parfait doit avoir du caractère, des bureaux à taille limitée (en moyenne 20 m2 par personne), un mobilier haut de gamme opérationnel et d’importants espaces collaboratifs. La tendance à la rationalisation de l’espace se confirme. Bredin Prat, dont le déménagement est prévu pour la fin de l’année, en est la parfaite illustration. Actuellement aux 128 et 130 rue du Faubourg Saint-Honoré dans le VIIIe arrondissement, le cabinet va se rassembler dans l’ancien immeuble de l’anglo-saxon Latham & Watkins au 53 Quai d’Orsay, dans le VIIe arrondissement. Environ 9 000 m2 dédiés aux 140 avocats, le tout dans un quartier agréable à vivre pour les équipes. Et parfois, le changement de quartier n’est qu’une question de mètres. C’est ainsi que DLA Piper est devenu pionnier dans le nord du boulevard Haussmann en s’installant à l’angle des rues La Fayette et Lafitte. Propriété de la foncière Eurosic, cet immeuble, Noha, de 6 000 m2 répartis sur six étages permet au cabinet de doubler sa surface de bureaux. Un immeuble entier avec salle de gym, et cafétéria dans la cour intérieure. «Noha est une idée qui va bien au-delà de l’environnement de travail, elle reflète l’état d’esprit de notre communauté», argumente Michel Frieh, managing partner du bureau parisien de DLA Piper.
Entre menaces de quitter le cabinet et angoisses liées au changement, le déménagement est aussi l’occasion de repenser l’organisation. Afin de rassurer en interne et en externe, DLA Piper a créé une véritable marque autour du IXe arrondissement. «Nous avons voulu profiter du déménagement pour renforcer le sentiment d’appartenance à une collectivité», poursuit le spécialiste du private equity. Et lorsque le pas est trop difficile à franchir, les cabinets renégocient leurs charges immobilières allant parfois jusqu’à obtenir 30 % d’économies. «La tendance est à la renégociation des baux, des surfaces et des conditions locatives. Les cabinets d’avocats ont les mêmes réflexions immobilières que toute autre société», développe Grégoire Naturel, responsable adjoint Paris Quartier Central des Affaires/Rive Gauche de Cushman & Wakefield. En diminution selon la dernière étude de CBRE, le coût locatif varie encore entre 5 à 17 % du chiffre d’affaires du cabinet, représentant toujours le deuxième poste du coût. Pour des raisons de croissance, et dans une volonté d’efficience et de modernité, les structures hésitantes finiront par franchir le pas. Plus de 60 % des cabinets, utilisant plus de 2 000 mètres carrés, soit environ 70 collaborateurs, ont déjà déménagé au moins une fois sur ces dix dernières années.