Le producteur asiatique de batteries électriques Envision AESC, qui prévoit d’ouvrir une méga-usine à Douai en 2025, vient de sécuriser un financement de plus de 500 millions d’euros venant notamment de la Banque européenne d’investissement (BEI). L’opération est stratégique alors que la France ambitionne de réindustrialiser ses régions.
La construction d’une « vallée de la batterie » dans le Nord avance progressivement. Après l’annonce au début de l’automne de la sécurisation par la start-up grenobloise Verkor de 2 milliards d’euros de financement pour un projet de gigafactory à Dunkerque (ODA du 20 septembre 2023), une nouvelle méga-usine de batteries pour voitures électriques doit voir le jour. Le projet est porté par Envision AESC, filiale du groupe chinois Envision dont le siège est au Japon. Le bâtiment doit voir le jour à Douai (Hauts-de-France) en 2025 sur « ElectriCity », le pôle de production dédié de son partenaire Renault. Cette gigafactory ambitionne de sortir d’abord 200 000 voitures électriques par an, avant d’augmenter progressivement sa capacité d’ici 2030. La première phase mobilisera un investissement d’1,3 milliard d’euros. La Banque européenne d’investissement (BEI) vient d’annoncer sa participation à hauteur de 450 millions d’euros, tandis que la Banque des territoires avait annoncé début octobre l’apport de 73 millions d’euros en quasi-fonds propres. Envision AESC a été conseillé par August Debouzy avec Guillaume Aubatier, associé, Dorian Scemama, counsel, en immobilier ; Leïla Hubeaut, associée, en contrats commerciaux ; Vincent Brenot, associé, Hélène Billery, counsel, sur les aspects environnementaux ; Antonia Raccat, associée, Catherine Mintégui, en financement ; et Mahasti Razzavi, associée, en propriété intellectuelle ; ainsi que par Allen & Overy avec Driss Bererhi, associé, Tzvétomira Pacheva, counsel, Dorian Le, Wendy Au, en financement ; Romaric Lazerges, associé, Luc Lamblin, counsel, Pauline Choplin et Vianney Leroux, en droit public, contrats de projet et contrôle des investissements étrangers ; Brice Henry, associé, Mélanie Baraghid, en réglementaire ; Alexandre Ancel, associé, Flora Leon-Servière, counsel, Marie Kempf, en corporate ; Erwan Poisson, associé, en contentieux ; et Mathieu Vignon, associé, Virginie Chatté, en droit fiscal ; avec des équipes à Londres, Paris et Tokyo. Les prêteurs et la BEI ont été épaulés par Linklaters avec Bertrand Andriani et Justin C. Faye, associés, Mylinh Pham, Zehra Sever, Marie Raynaud et Marie Kooli, en énergie et infrastructure ; Claire Oualid, en droit public ; Cyril Boussion, associé, Marie Belle, en droit fiscal ; Ngoc-Hong Ma, associée, Sébastien Herbert et Stanislas Haurens, en réglementation ; et Saadoun Alioua et Virginie Guerineau, en droit immobilier.
Le conseil d’Envision AESC : Guillaume Aubatier, associé chez August Debouzy
Comment avez-vous structuré cette opération ?
Il était initialement prévu une structure OpCo/PropCo (operating company/property company deal), où murs et fonds étaient détenus dans des structures juridiques séparées avec l’opérateur qui devait être locataire et un financement en partie en equity. Au fil des négociations avec un certain nombre d’opérateurs publics et privés, il a finalement été jugé plus pertinent de changer la structuration au profit d’un montage plus simple. Un véhicule d’investissement de droit français détenu à 100 % par Envision AESC a été créé. Il est titulaire du foncier, maître d’ouvrage, et c’est lui qui exploitera l’usine à laquelle seront rattachés les salariés. Un financement a été réalisé au travers de banques institutionnelles dont la Banque européenne d’investissement (BEI), le solde provenant de fonds propres qui seront libérés en fonction de l’avancée du projet.
Quels en sont les principaux défis ?
Une usine de ce type a besoin pour fonctionner au quotidien, d’eau, d’électricité, tout ce que l’on appelle les « utilities ». Il peut y avoir cependant un décalage entre les capacités des concessionnaires et les besoins immédiats de l’usine. Il a donc été décidé que l’usine Renault installée sur le même site livrerait ses « utilities » pour que cette méga-usine puisse tourner correctement dans un premier temps. Un autre défi a été celui des différences culturelles et business entre notre client et les autorités locales et nationales ainsi que les responsables du consortium. Dans ce contexte, il faut faire preuve de pédagogie et de temps pour gagner la confiance des interlocuteurs. Nous n’avons pas eu à soumettre le dossier au contrôle des investissements étrangers, mais avons dû être vigilants sur le contrôle des subventions, même si le montant de ces dernières est faible par rapport à l’enveloppe globale du projet.
Malgré l’intérêt porté aux batteries électriques, est-il possible de se passer de financement public dans le contexte actuel ?
Aujourd’hui, il est extrêmement compliqué de faire rentrer des investisseurs privés dans un tel projet. Les business models sont relativement nouveaux et ces investissements très coûteux et longs nécessiteraient pour les acteurs privés de rester impliqués sur une période beaucoup plus importante que celle à laquelle ils sont habitués. C’est pour cela que nous sommes sur des financements majoritairement soutenus par des acteurs parapublics. Il est à noter que si plusieurs projets de gigafactory sont annoncés, peu sont encore bouclés. A ce titre, le projet d’Envison AESC est clairement le plus avancé en France.