Petit séisme dans le monde feutré de l’arbitrage international : 45 % de l’équipe mondiale de Shearman & Sterling en arbitrage international (17 partners au total) s’en va. Huit associés, Emmanuel Gaillard, Yas Banifatemi, Mohamed Shelbaya, Benjamin Siino, Coralie Darrigade, Ximena Herrera-Bernal, Maude Lebois et Daniel Reich, accompagnés de quatre counsels et d’une trentaine de collaborateurs, quittent le cabinet et créent leur propre structure à compter du 16 février.
Baptisé Gaillard Banifatemi Shelbaya Disputes, pour souligner sa mission de conseil en contentieux devant les arbitres internationaux, le cabinet ouvrira des bureaux à New York avec Daniel Reich, à Londres avec Ximena Herrera-Bernal et à Paris avec Emmanuel Gaillard, Yas Banifatemi, Mohamed Shelbaya, Benjamin Siino, Coralie Darrigade et Maude Lebois. Un développement en Asie est prévu dans le courant de l’année.
« Les conflits d’intérêts devenaient de plus en plus nombreux entre notre activité de conseil en arbitrage et celle des autres départements du cabinet qui a l’ambition légitime de continuer de grandir. Cela entraînait de facto un rétrécissement de notre terrain d’action », explique Emmanuel Gaillard, codirecteur de la pratique avec Yas Banifatemi au plan mondial. De fait, au fil des ans, les cabinets internationaux, et notamment les firmes américaines, comme Shearman & Sterling, ont adopté une doctrine de plus en plus rigide en matière de conflits d’intérêts. Des « conflict attorneys » sont ainsi chargés d’identifier les risques potentiels présentés par des dossiers au sein des différentes pratiques. « Nous serons plus libres et plus autonomes sans les entraves liées à la bureaucratie grandissante des grandes firmes », ajoute l’avocat dont le départ se négocie en bonne intelligence avec Adam Hakki, global managing partner du cabinet et bientôt seul responsable de la pratique contentieuse au niveau mondial de Shearman & Sterling après le départ d’Emmanuel Gaillard. Ce dernier réfute certaines rumeurs selon lesquelles son âge serait l’une des raisons de son départ, Shearman & Sterling lui ayant proposé de rester encore six ans jusqu’à ses 75 ans.
A Paris, on accuse le coup mais on y voit une opportunité pour rebondir. « Le bureau de Paris demeure un élément clé pour notre pratique arbitrage international au sein de laquelle Jennifer Younan, associée, mène une équipe de deux counsels et de huit collaborateurs. Notre bureau poursuivra son développement en mettant l’accent davantage sur le corporate et le financement. Nous avons des équipes talentueuses, notamment en M&A/private equity, fiscalité, gouvernance et rémunération, marché de capitaux et financement, pour ne citer que quelques exemples, sur la base desquelles nous allons redéployer notre offre », déclare Guillaume Isautier, managing partner du bureau de Paris et responsable du pôle M&A. En octobre 2019, le cabinet s’était ainsi renforcé en private equity en accueillant Thomas Philippe et deux collaboratrices (ODA 463).