La lettre d'Option Droit & Affaires

Focus

Les avocats d’affaires en quête de bien-être

Publié le 11 juillet 2018 à 11h34

Chloé Enkaoua

Longtemps tabous, les problèmes liés à la santé mentale préoccupent de plus en plus les avocats d’affaires. Lesquels n’hésitent plus à multiplier les initiatives au sein des cabinets, destinées à briser la glace dans un souci d’harmonie autant que de performance.

Anxiété, stress, dépression… Les problèmes liés à la santé mentale sont nombreux au sein des professions juridiques. Pourtant, peu sont les avocats à oser en parler de peur d’être stigmatisés et de voir leur image d’homme de loi infaillible se dégrader aux yeux de leurs clients et de leurs confrères. Lors de l’atelier «Qualité de vie : et si les avocats montraient le chemin de l’attractivité ?», qui a eu lieu le 4 juillet dernier à la Maison de la Chimie dans le cadre de Campus 2018, Yamouna David, avocate honoraire du barreau de Paris et porte-parole de l’Observatoire international du bonheur (OIB), a pointé du doigt un «danger dans la profession» qui ne date pas d’hier. De son côté, Isabelle Vitte-Blanchard, fondatrice du cabinet spécialisé dans le coaching d’entreprises IVB & Associés et auteur de l’ouvrage «Engagement & servitude – comment ne pas basculer de l’un vers l’autre ?», a partagé le témoignage d’une jeune collaboratrice qui, deux ans et demi après son arrivée au sein d’un cabinet prestigieux, s’est aperçue qu’elle n’avait pris que trois semaines de vacances en tout, par ailleurs entrecoupées de mails et de coups de fils incessants de son associé.

Lever le tabou

Une porosité des frontières entre vie personnelle et professionnelle qui fait partie des raisons qui poussent 30 % des avocats à quitter la robe avant dix années de carrière – le chiffre figure dans le rapport Haeri remis à la Chancellerie en février 2017. Du côté des associés plus seniors, le risque de burn-out et de dépression plane constamment. Mais face à ces problèmes, les cabinets d’avocats d’affaires ont commencé à prendre le taureau par les cornes. C’est le cas par exemple du cabinet britannique Norton Rose Fulbright, qui a lancé en mai dernier le réseau «Breathe», dédié au bien-être mental de ses avocats et salariés. «Pendant longtemps, ce sujet a été tabou dans notre profession. Mais depuis quelques années, les discussions liées à la santé mentale au travail sont nombreuses, notamment en Angleterre, explique Siri Nomme, Head of Diversity & Inclusion du cabinet pour la région Europe, Middle East & Asia. La création du réseau a par ailleurs été motivée par le blog de l’une de nos salariées et l’échange qui s’est ensuivi entre elle, un client, un avocat et un étudiant en droit, qui ont partagé leurs expériences dans la gestion de leur santé mentale.» Une heure après son lancement, Breathe recensait déjà pas moins de 200 inscriptions… «Un mélange d’hommes et de femmes, associés et collaborateurs, avocats et non-avocats, ce qui prouve que ce sujet touche tout le monde», assure Siri Nomme. Au programme de ce réseau, des événements réguliers réunissant à la fois des clients, des associés et des collaborateurs pour échanger sur le sujet, ainsi qu’un programme de sensibilisation et de formation des associés pour leur apprendre à repérer les premiers signes de détresse afin d’agir rapidement.

Empreinte bonheur

Le cabinet Hogan Lovells fait, quant à lui, la part belle à la communication entre associés et collaborateurs. Ainsi, le programme «Pathways» a récemment été mis en place au niveau global. Son but ? Favoriser les échanges et feed-back réguliers via un outil mis à disposition des collaborateurs, venant compléter les évaluations de fin d’année plus formelles. Sous forme de fiches à remplir avec des remarques, commentaires et demandes diverses, cet outil vise à mieux prendre en compte les besoins individuels des jeunes avocats. «Nous ne pensions pas toujours à faire un retour à nos collaborateurs lorsque nous étions dans le feu de l’action. Lors des évaluations annuelles, nous nous sommes rendu compte qu’il n’y avait pas assez de feed-back immédiats. Et lorsqu’un problème ressortait en fin d’année, cela pouvait parfois générer des surprises et de l’incompréhension, témoigne Xenia Legendre, managing partner de Hogan Lovells Paris. Pathways aide à faciliter les échanges. Cela nous paraît d’autant plus important qu’il est nécessaire que nos collaborateurs se sentent appréciés, valorisés et formés tout au long de l’année pour améliorer leurs performances.» Actuellement dédié aux avocats de la firme, Pathways sera déployé à l’ensemble du cabinet en 2019. Outre cette initiative, le cabinet vient tout juste de mettre en place un programme d’écoute et d’information dans l’ensemble de ses bureaux d’Europe continentale. Ce service confidentiel, fourni par Axa ICAS et disponible 24h/24, propose des conseils par téléphone ou en face-à-face ainsi qu’un portail en ligne sur lequel figurent des conseils pratiques.

Bien sûr, l’avenir dira si toutes ces démarches ont servi à un véritable épanouissement, au-delà de l’avantage concurrentiel qu’elles représentent. Pour s’en rendre compte, l’OIB met actuellement au point l’accompagnement de projets pilotes pour évaluer «l’empreinte bonheur» au sein des cabinets. Lors de l’atelier de Campus, Yamouna David a d’ailleurs fait un appel du pied aux avocats volontaires pour tester le projet. Avis aux amateurs…


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Laurent Bensaid rejoint King & Spalding

Marie-Stéphanie Servos

Après avoir bouclé avec ses associés plusieurs grosses opérations au sein du cabinet Hoche, dont la cession, en 2016, du groupe Sandro Maje Claudie Pierlot par KKR et ses fondatrices à Shandong Ruyi et, plus récemment, l’acquisition du contrôle de Business & Décisions par Orange, Laurent Bensaid quitte le 106 rue la Boétie, où il officiait depuis 2009, pour de nouvelles aventures, plus américaines cette fois-ci.

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