La lettre d'Option Droit & Affaires

Interview

« Nous sommes passés de la compliance à une véritable vision stratégique du sujet de l’ESG »

Publié le 12 mai 2021 à 15h51    Mis à jour le 12 mai 2021 à 17h48

Chloé Enkaoua

Les acteurs du capital-investissement intègrent de plus en plus les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans leur stratégie. C’est le constat qui ressort très largement de la cinquième étude internationale de PwC sur l’investissement responsable dans le private equity. Le point avec Emilie Bobin et Sarah Mathieu-Comtois, respectivement associée développement durable et senior manager de PwC France et Maghreb.

La dernière étude internationale de PwC « Private Equity Responsible investment survey » vient de paraître. Quels sont les principaux points à retenir ?

Sarah Mathieu-Comtois : Nous avons passé un cap, avec un fort accroissement de la maturité des acteurs du private equity en ce qui concerne l’intégration de l’ESG dans leur stratégie d’investissement. Nous sommes passés de la compliance à une véritable vision stratégique du sujet. Beaucoup plus d’acteurs s’y intéressent, y compris ceux du venture capital qui n’apparaissaient pas dans les études précédentes. Le marché français, plus spécifiquement, est très en avance, notamment sur les enjeux climatiques. Cela est certainement lié au fait que les acteurs du private equity en France se sont mobilisés depuis longtemps, par exemple via l’initiative Climat International (iCi).

Emilie Bobin : Pour presque 30 % des acteurs, l’ESG va être systématiquement intégré dans les due diligences commerciales et stratégiques. C’est aussi notre ressenti. Aujourd’hui, nous sommes même parfois contactés en amont des deals par des fonds qui souhaitent avoir notre regard ESG sur une entreprise. En outre, 74 % des acteurs français du private equity identifient désormais la création de valeur comme le principal fil conducteur de leur démarche ESG. C’est même leur première motivation, ce qui est une nouveauté de cette édition.

Comment expliquer ces évolutions ?

E. B. : Tout d’abord, il y a l’accélération réglementaire. On a toujours connu en France une avance certaine à ce sujet, que cela soit avec Grenelle 2 ou avec l’article 173 de la loi de transition énergétique, et cela s’est également vérifié à l’échelle européenne avec le règlement Disclosure. Les facteurs générationnels et sociétaux entrent aussi en ligne de compte. Entre le changement climatique et les inégalités sociales, certains mauvais comportements deviennent de plus en plus inacceptables. Enfin, de manière plus globale, le monde de la finance s’est également penché sur la question. Pour preuve, dès 2018, le président de BlackRock Larry Fink a publiquement pris la parole sur ces questions dans sa lettre annuelle aux CEO des entreprises dans lesquelles il était actionnaire.

Selon vous, la crise sanitaire a-t-elle participé à cette accélération et à cette prise de conscience ?

E. B. : Oui, même si nous ne nous y attendions pas. Avec tout le court terme qu’il a fallu gérer, nous pensions que le monde de la finance et les entreprises auraient autre chose à faire que de se préoccuper de ces questions. Or, c’est l’inverse qui s’est passé. Au moment du premier confinement, beaucoup d’études ont d’ailleurs indiqué que les entreprises qui avaient le mieux résisté étaient celles qui avaient intégré l’ESG au cœur de leur stratégie. Si l’on veut s’inscrire dans la durée, ces questions sont désormais incontournables.

Existe-t-il des divergences en fonction des acteurs du private equity, et quels sont les critères ESG qu’ils scrutent le plus au sein des entreprises ?

S. M-C. : Les pratiques d’intégration ESG sur le marché du private equity semblent se généraliser, même si certains acteurs ont une légère avance de par leur taille ou leur exposition. Cela concerne aujourd’hui les fonds qui investissent en large, mid et small cap, venture capital… Ces derniers ont une perspective plus holistique encore, car lorsqu’on a affaire à une start-up, la proposition de valeur est centrale. Concernant les critères, le climat reste un sujet majeur. La diversité et l’inclusion sont également montées en puissance. Les Etats-Unis, notamment, sont très en demande sur ces questions, en particulier les LP américains qui sollicitent beaucoup les entreprises européennes sur ce sujet.

Les sociétés non cotées ne communiquent pas ou peu sur leurs impacts sociétaux, contrairement aux sociétés cotées qui ont l’obligation de le faire. Dès lors, comment font les acteurs du private equity pour identifier les entreprises qui intègrent ces critères ESG dans leur politique ?

E. B. : La question de la disponibilité de l’information est effectivement un challenge. Néanmoins, depuis deux ans environ en Europe, les entreprises du non coté de plus de 500 personnes et 100 millions de chiffre d’affaires ont également l’obligation de publier leurs informations de développement durable. Pour le reste, PME, start-up…, il faut réaliser des analyses spécifiques sous forme de due diligences ESG puis, par la suite, faire un suivi sur les enjeux ESG les plus prioritaires. Lorsque PwC a commencé à travailler en France avec le secteur du private equity, il y a plus de dix ans, il était compliqué de faire ce type d’évaluation car la donnée était pratiquement inexistante. Aujourd’hui, cela s’est considérablement amélioré. Les acteurs du capital-investissement ont d’ailleurs beaucoup accompagné leurs sous-jacents dans la structuration et la production d’informations ESG pertinentes. Cela est encore appelé à s’accélérer, car l’accès à l’argent est de plus en plus conditionné à des critères ESG. 


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