La lettre d'Option Droit & Affaires

Focus

Les activistes à l’assaut des citadelles autrefois imprenables

Publié le 13 juin 2018 à 14h00

Houda el Boudrari

Les hedge funds s’attaquent de plus en plus aux sujets de gouvernance des sociétés sous contrôle d’actionnaires prépondérants. Avec plus ou moins de succès.

Sous d’autres cieux, les fonds activistes ont le pouvoir de faire tomber des têtes comme chez Samsonite, où l’américain Blue Orca vient d’obtenir la démission du P.-D.G. Ramesh Tainwala, mis en cause pour son CV falsifié et sa gestion contestée du leader mondial des bagages, coté à Hong Kong. En France, ces trublions peinent encore à faire nommer leurs représentants dans les organes de gouvernance, même si leur montée en puissance s’est illustrée ces derniers mois par plusieurs batailles médiatisées comme celle du fonds britannique TCI contre le rachat de Zodiac par Safran. Ainsi, la forteresse Lagardère est toujours aussi hermétique aux tentatives d’infiltration des fonds activistes. Guy Wyser Pratt s’y est cassé les dents en 2010 et le fonds britannique Amber Capital vient d’en refaire l’expérience à la dernière AG du groupe début mai, où il s’est fait refuser l’élection de deux nouveaux membres au conseil de surveillance. Mais ce ne sont pas que les gouvernances verrouillées par un statut de commandite par action qui donnent du fil à retordre aux activistes frondeurs. Chez Latécoère, ce sont deux hedge funds (Apollo et Monarch) qui font barrage à l’assaut du duo formé par la Financière de l’Echiquier et le fonds activiste suisse Sterling Strategic Value. Leur résolution de nommer deux nouveaux administrateurs indépendants (Jean-Paul Herteman, l’ancien patron de Safran et Yann Duchesne, ancien président du conseil de surveillance de Saft) au board de l’équipementier aéronautique a fait chou blanc.

Amorcer le dialogue

Beaucoup moins médiatisée, la tentative de faire nommer l’ex-président de Bridgepoint, Benoît Bassi, au conseil de surveillance de Locindus par l’activiste français CIAM a subi la même déconvenue. Le hedge fund créé en 2010 par Anne-Sophie d’Andlau et Catherine Berjal, et qui s’est illustré dans plusieurs batailles (Club Med, Euro Disney, Canal+, Zodiac, SFR…), s’attaque dans la foulée à la gouvernance d’Alès Groupe. La société de gestion alternative, qui détient 3 % du capital du spécialiste des produits capillaires et cosmétiques, a déposé un projet de résolution à l’ordre du jour de l’assemblée générale mixte du 26 juin proposant la nomination d’un nouveau membre du conseil de surveillance (toujours le même Benoît Bassi). A moins d’un miracle, il y a fort à parier que CIAM en sortira bredouille tant la société, contrôlée à 80 % par la famille Alès, est adepte d’une gouvernance endogame. Il faut dire que ces tentatives menées par ces trublions ultra-minoritaires, lors d’assemblées générales acquises aux actionnaires de contrôle, sont des batailles perdues d’avance. «Même si elle a peu de chance d’aboutir, la demande d’un siège d’administrateur permet d’amorcer le dialogue et peut constituer un préambule à une action en responsabilité, explique Julien Visconti, associé du cabinet Visconti & Grundler, qui s’est fait une spécialité de la défense des activistes. Mis face à leur responsabilité, les membres du conseil deviennent souvent beaucoup plus soucieux de l’intérêt social et de celui de tous les actionnaires, ce qui permet de faire progresser les choses.»

Des campagnes sur la place publique

Avec une dizaine de campagnes publiques recensées par an en France depuis 2015, selon les statistiques publiées par Activist Insight, l’Hexagone arrive au troisième rang des terrains de chasse des fonds activistes en Europe, après le Royaume-Uni et l’Allemagne. Mais ces raids médiatisés ne sont que la face émergée de l’iceberg. Le succès rencontré par les activistes a incité certaines entreprises à accepter plus volontiers de conclure des arrangements à huis clos plutôt que de laisser les conflits s’étaler sur la place publique, favorisant ainsi le développement d’un style d’activisme moins agressif. «Ce qui a changé ces derniers mois, c’est que les activistes révèlent de plus en plus tôt leurs actions sur la place publique pour éviter que les échanges avec les dirigeants de la société s’enlisent dans un huis clos stérile, affirme Julien Visconti. Le marché prend de plus en plus conscience de l’utilité des fonds activistes pour détecter les conflits d’intérêts et militer pour des gouvernances plus saines», estime l’avocat spécialisé. Selon un sondage publié il y a deux ans par FTI Consulting auprès de plus de 100 investisseurs pesant plus de 1 700 milliards de dollars d’actifs, 84 % estiment que l’activisme actionnarial crée de la valeur pour les sociétés cibles. Cela, y compris en Europe, où plus de 76 % considèrent que les sociétés pourraient bénéficier d’un développement de l’activisme actionnarial. Une donne avec laquelle les équipes dirigeantes devront apprendre à composer, et à anticiper en adoptant une gouvernance plus transparente et en améliorant la communication avec leurs actionnaires minoritaires.


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