Selon l’étude «Bird’s Eye View 2017» de Baker McKenzie, les investissements chinois ont pratiquement doublé en Europe et triplé en Amérique du Nord au cours des douze derniers mois. Une montée en puissance qui ne profite pas au marché français en recul de près de 37 %.
Avec près de 94,2 milliards de dollars injectés, les investissements chinois en Europe et en Amérique du Nord ont marqué un record en 2016. Les transactions ont d’abord concerné les pays d’outre-Atlantique, avec 48,4 milliards de dollars, faisant de l’Amérique du Nord la première destination des investissements chinois, titre jusque-là détenu par l’Europe. Le Vieux Continent a de son côté vu les investissements chinois doubler, passant de 24,1 milliards de dollars en 2015 à 45,8 milliards de dollars. Les premiers bénéficiaires de cette attractivité sont l’Allemagne et le Royaume-Uni, qui à eux deux trustent près de la moitié des montants. Viennent ensuite la Finlande (7,6 milliards de dollars), la Suisse (4,8 milliards de dollars) et l’Irlande (2,9 milliards de dollars).
La France, quant à elle, est en retrait, ne se plaçant qu’en sixième position, après avoir occupé la deuxième place du podium européen. Elle a ainsi reçu 2,4 milliards de dollars d’investissement, soit une baisse de près de 37 %.
Un intérêt marqué pour les biens de consommation
Cette diminution doit néanmoins être relativisée. L’année 2015 avait en effet été particulièrement positive pour l’Hexagone. Les investissements chinois s’étaient envolés de 160 %, pour atteindre 3,8 milliards de dollars, boostés par l’OPA du conglomérat Fosun sur le Club Med et le rachat de Louvre Hotels Group par le groupe Jin Jiang International. Si le secteur de l’immobilier et de l’hôtellerie a continué à être actif en 2016, avec notamment une montée de Jin Jiang au capital d’AccorHotels (passant de 11,7 % à 15 %), ce sont les entreprises tricolores positionnées sur les biens de consommation qui ont capté l’essentiel des capitaux avec 1,5 milliard de dollars, soit 62 % du montant total. Parmi elles, les marques de prêt-à-porter ont particulièrement séduit, à l’image des griffes Sandro Maje Claudie Pierlot reprises, en avril dernier, pour 1,3 milliard d’euros par l’industriel Shandong Ruyi Technology Group. La répartition sectorielle est par contre différente au niveau européen. Les investisseurs chinois ont ciblé en premier lieu les nouvelles technologies (13,7 milliards de dollars), puis les transports et infrastructures (12,2 milliards) et les équipements industriels (6,2 milliards de dollars).
Des investisseurs essentiellement privés
Si l’étude témoigne de la montée en puissance des investisseurs chinois, elle souligne également une évolution dans leur typologie. Ainsi, en 2009, les acteurs privés ne représentaient que 12 % des investissements, alors qu’ils sont aujourd’hui à l’origine de 70 % du montant total investi ; loin devant les entreprises d’Etat. Cette activité des sociétés privées pourrait toutefois être freinée par une réglementation accrue. Les autorités chinoises ont ainsi renforcé le contrôle sur les investissements à l’étranger pour éviter une fuite des capitaux. «De nombreuses transactions et des investissements dans le secteur immobilier ou financier font donc l’objet d’un examen approfondi de la part des autorités gouvernementales», note le rapport. Enfin, une certaine prudence s’est également fait sentir dans les pays occidentaux qui craignent une mainmise sur leur économie. Les Etats-Unis pourraient ainsi renforcer le contrôle des investissements dans le secteur technologique, tandis que des propositions visant à mieux encadrer les investissements extracommunautaires se font entendre au niveau européen.