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Rapport Haeri : quel avenir pour la profession d’avocat

Publié le 15 février 2017 à 11h04

Sarah Bougandoura

A l’occasion d’un événement organisé par «Hommes et femmes de droit en marche», le think tank juridique du mouvement d’Emmanuel Macron, Kami Haeri, associé chez August Debouzy, a présenté son rapport sur «L’avenir de la profession d’avocat». L’auteur a notamment souligné la nécessité d’adapter la formation des avocats afin de faire face aux mutations de cette profession.

La profession d’avocat a rarement été aussi attractive. Le nombre d’avocats a en effet presque doublé en vingt ans, passant de 29 368 en 1995 à̀ 58 596 en 2014, selon la CNBF. Mais confrontés à la réalité de la pratique, certains peuvent connaître quelques désillusions. «Notre métier fait aujourd’hui face à d’importants défis avec une concurrence mondialisée, l’apparition d’une sous-traitance de plus en plus sophistiquée, et l’utilisation progressive de techniques d’intelligence artificielle, note Kami Haeri. A ces évolutions, viennent s’ajouter une morosité économique et une paupérisation d’une partie des effectifs.» Le rapport délivre quelques pistes afin de s’adapter à ces mutations.

Repenser la formation initiale

En vue de répondre à «la moindre connaissance et à l’angoisse relative à l’exercice de notre métier», la commission propose de mettre en lumière la réalité du métier auprès des étudiants. Cela passerait par «un plan national de sensibilisation avec l’ensemble des facultés de droit, dans le but de présenter aux étudiants dès la fin de la L2 et en fin de L3 un panorama complet et lucide des réalités de l’exercice de la profession».

Intervention de professionnels lors de conférences et rencontres, portail internet dédié aux étudiants, de nombreux outils pourraient être employés afin de sensibiliser aux aspects pratiques de la profession. «Les avocats doivent se mobiliser, des plus jeunes aux plus expérimentés, pour s’assurer de transmettre un regard neuf sur la profession», soutient Kami Haeri.

Un plan national des cliniques juridiques

Né aux Etats-Unis, ce concept commence seulement à être appréhendé en France. L’objectif visé est de donner aux étudiants en droit et sous la direction d’enseignants de l’université, l’opportunité de travailler sur des cas réels, en collaboration avec des avocats, des ONG, des institutions nationales ou internationales. L’idéal serait d’ouvrir une Clinique dans chaque faculté de droit.

Toujours dans le but de développer la pratique, il est suggéré de supprimer les enseignements trop universitaires au sein des CRFPA en vue de favoriser le principe de mise en situation pratique, par l’introduction de l’enseignement du savoir-faire qui devra être orienté autour de la déontologie, du foisonnement et de l’expression orale ; des enseignements permettant à l’élève d’enrichir sa culture générale et des formations plus managériales.

La révolution numérique par la création d’un observatoire de l’innovation

L’ubérisation du droit ne peut plus être ignorée et doit être intégrée à la formation des avocats. Des ateliers dédiés au codage et à l’économie numérique pourraient ainsi être intégrés au parcours initial. En outre, le rapport suggère de créer au sein de chaque Ordre un observatoire de l’innovation, confié à des confrères de moins de cinq années d’exercice afin de favoriser l’émergence de nouvelles pratiques en matière de numérique et de management des cabinets.

Favoriser l’égalité des chances

Si aucune étude sociologique de la profession n’a été réalisée pour le moment, l’ancien membre du conseil de l’Ordre prône pour une plus grande diversité sociale au sein des avocats. Parmi les propositions, figure la mise en œuvre, au sein des cinq premiers barreaux français, d’un programme pilote au sein de cinquante cabinets d’avocats. Ces derniers recruteraient pour un stage en M2 ou pour le stage CRFPA des étudiants et jeunes élèves avocats boursiers et/ou issus de Zones d’éducation prioritaires.

Enfin, l’auteur dénonce les «inégalités inexplicables et inacceptables, sur l’écart des revenus entre hommes et femmes. Il faut une culture de la parité et de la lutte contre ces inégalités». D’après les chiffres du CNBF, le revenu moyen des femmes avocates sur toute leur carrière représente 51 % de celui des hommes. Des disparités qui ne s’expliquent ni par des différences de durée de travail ni par le choix de spécialités juridiques moins rentables. Face à ce constat, le rapport suggère la création d’instances chargées de promouvoir l’égalité et de lutter contre les discriminations, de confier à un institut spécialisé et indépendant le soin de mener un audit approfondi de la profession en matière de parité et diversité, et encourager les avocats à promouvoir la parité et la diversité.

L’état des lieux étant effectué, reste à savoir si ces points d’amélioration seront entendus et réalisés.


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