La lettre d'Option Droit & Affaires

FOCUS

La communication de crise sous contrainte judiciaire : quels réflexes adopter ?

Publié le 15 octobre 2014 à 15h49

Ondine Delaunay

Le Business & Legal Forum présentait sa sixième édition jeudi 9 octobre dernier. Quelque 80 intervenants, près de 300 inscrits, une nouvelle session réussie pour Frédéric Escudier et Ghislain de Lagrevol, fondateurs de l’événement. Reportage.

C’est dans une ambiance chaleureuse et quasi familiale que les avocats et directeurs juridiques ont été reçus. Pour sa sixième édition, le Business & Legal Forum a encore fait fort avec des thèmes de débats aussi créatifs qu’originaux. L’assemblée plénière d’abord, intitulée «Economie, justice, démocratie : quels équilibres ?», mais aussi «Gouvernance à l’heure de l’économie numérique», ou encore «Diktats financiers : comment les juristes l’abordent dans la pratique de leur art ?», ainsi que «Responsabilités de l’entreprise et RSE, comment donner corps au discours en articulant actes et politique contractuelle ?».

L’une des tables rondes a particulièrement retenu notre attention. Celle sur la communication de crise sous contrainte judiciaire. Animée par Fred Einbinder, professeur de l’American University, elle laissait place à quatre intervenants de haut vol : Anne-Marie Guillerme, directrice juridique grands contentieux de Total, Jean Veil, associé du cabinet Veil Jourde, Eric Giuily, président de Clai et Joël Grangé, associé du cabinet Flichy Grangé Avocats. Lors de cette discussion animée, les langues se sont déliées. En application de la règle de Chatham House imposée par le forum, aucune citation ne peut être attribuée aux intervenants.

On aura néanmoins retenu de ce débat que trois personnes sont susceptibles de communiquer auprès des médias dans le cadre d’un accident ou d’un drame. D’abord le communiquant externe qui connaît les journalistes et peut leur faire passer des messages officiels ou en Off. Il doit néanmoins s’effacer lorsque la phase de l’enquête judiciaire débute. C’est alors soit au chef d’entreprise, soit à l’avocat de prendre la parole. Ce dernier ne devant surtout pas intervenir en amont, pour éviter de judiciariser un dossier qui ne l’est pas encore.

Le choix des mots

S’agissant du langage à tenir durant les déclarations immédiates après un accident, il est important que le chef d’entreprise évite d’avoir un discours trop compassionnel qui pourrait être compris comme une reconnaissance de culpabilité alors même que l’enquête sur les causes du drame n’a pas aboutie, voire n’a pas encore démarré. Un exercice difficile, surtout lorsque la classe politique s’en mêle en attisant l’apitoiement du public. C’est là que l’équipe juridique entre en scène. Elle doit veiller au choix des mots à l’égard de la presse, des investisseurs, des ministères, des agences de notation. Elle devra également construire rapidement un arbre des causes et mettre en œuvre une enquête interne, si besoin est. Certains groupes prévoient également des vidéos explicatives et rassurantes à l’égard des salariés.

En matière de crise sociale au sein du groupe, il est important que les messages soient annoncés en interne par la direction afin d’éviter que les organisations syndicales n’attisent les craintes. De façon générale, l’avocat ne doit jamais intervenir à cette étape afin d’éviter au maximum de donner un tournant judiciaire au dossier. La stratégie est, bien entendu, différente lorsque l’affaire est portée devant les tribunaux.

La communication à l’heure de l’Internet

Durant la phase de procès, parfois fortement médiatisé, l’avocat doit désormais prévoir une double communication. D’abord celle de l’audience. S’il y a quelques années, l’avocat de l’entreprise défenderesse était amené à plaider en fin d’après-midi, alors que les journalistes avaient déjà tous quitté le Palais pour rejoindre leur rédaction et rédiger leur article, tel n’est désormais plus le cas. Avec l’Internet, et aujourd’hui les tweets, l’information est continue. Toutes les phrases d’une plaidoirie sont désormais publiées en instantané sur le Net. L’anecdotique l’emporte sur la démonstration judiciaire. Si à la sortie de la salle, il est toujours temps de corriger une impression d’audience, l’avocat doit se préparer à donner un message court et efficace qui sera repris par l’ensemble des chaînes de télévision. L’entreprise défenderesse n’a finalement que très peu de temps pour gagner son procès médiatique.


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