La lettre d'Option Droit & Affaires

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Le GP Stake : un levier d’accélération qui a le vent en poupe

Publié le 18 février 2026 à 12h34

Emmanuelle Serrano    Temps de lecture 5 minutes

Si le marché européen du GP Stake, investissement pris par des fonds au capital de sociétés de gestion, reste au-dessous de ce qu’il est aux Etats-Unis, son berceau, il a pris de l’ampleur depuis la fin de la crise sanitaire. Cette croissance a été permise non seulement par l’explosion du private equity mondial et de facto des sociétés de gestion mais également par la nécessité d’atteindre une taille critique côté gérants pour lever des fonds et maintenir leur rentabilité.

Guillaume Panuel

Contrairement aux investisseurs institutionnels traditionnels (les limited partners ou LPs), les « GP stakers » n’investissent pas dans les fonds, mais directement dans la société les gérant (le general partner ou GP). Ils n’achètent donc pas des parts de fonds mais des actions de l’entreprise de gestion elle-même. Historiquement créé aux Etats-Unis par Dyal Capital Partners, Blue Owl, Blackstone et consorts, le marché du GP staking a atteint les 60 milliards de dollars outre-Atlantique. En Europe, des perspectives d’investissement de plus en plus intéressantes se dessinent, selon un livre blanc publié en février 2025 par Armen. L’entreprise compte parmi les ténors de la prise de participations au capital de gérants. En prenant des parts sociales d’un GP, l’investisseur obtient un droit sur trois sources de revenus majeures : les management fees, qui sont des revenus réguliers et prévisibles ; le carried interest, cette part des plus-values générées par les fonds et les co-investissements.

Les GP stakes ont souvent lieu lorsqu’un gérant a grandi et qu’il est temps de monétiser la sortie des fondateurs. « Les équipes restantes n’ont pas toujours les moyens de racheter les parts d’une société de gestion. L’arrivée d’un GP staker est une solution pour assurer la pérennité et le développement de la structure », souligne Guillaume Panuel, associé chez McDermott Will & Schulte et avocat spécialisé en structuration de fonds d’investissement et en transactions secondaires.

Des motivations souvent plurielles

Aladin Zeghbib

Renforcer ses fonds propres, financer le développement de nouvelles stratégies d’investissement, recruter, se diversifier, préparer une transmission générationnelle ou encore faire monter les équipes au capital, les objectifs poursuivis lors d’une prise de participation au capital d’une société de gestion par un investisseur sont multiples. En octobre 2025, Sagard, gestionnaire mondial d’actifs alternatifs, a opéré un regroupement de sa plateforme de private equity avec Unigestion, société européenne de private equity axée sur le marché intermédiaire. La transaction a permis à Sagard d’améliorer sa force de frappe à l’échelle continentale et de réaliser des synergies comme l’intégration du middle et du back-office au sein d’une seule et même plateforme. Ce type de deal reflète par ailleurs la course à la taille actuelle dans le private equity.

Et quelques contraintes à anticiper

Stéphanie Alexandrino

Pour Stéphanie Alexandrino, associée à la tête du département structuration de fonds du cabinet Bersay, le GP Stake est principalement un outil de financement, d’organisation du capital facilitant le passage de relais intergénérationnel et la mue opérationnelle des sociétés de gestion. En 2024, l’avocate a accompagné les actionnaires et dirigeants de Telamon, acteur de l’immobilier logistique présent aussi en asset management, sur la transmission capitalistique opérée par le fondateur Alain Panhard. Christophe Bouthors, président de Telamon, et l’équipe de management se sont ainsi renforcés au capital. A cette occasion, Andera Partners, présent depuis 2020, via son fonds Winch Capital 4, a conservé sa participation. Complexe, le financement a été complété par un pool de dette senior et par le fonds de dette Schelcher Prince Gestion.

Outil stratégique d’adossement, d’accélération et de partage de valeur, le GP stake présente néanmoins de réelles contraintes de gouvernance et de liquidité. « L’Autorité des marchés financiers (AMF) veille à ce que les investisseurs ne s’immiscent pas dans la gestion quotidienne du gérant. Les décisions d’investissement et de désinvestissement doivent rester à la discrétion des gérants agréés », déclare Stéphanie Alexandrino. Par ailleurs, toute prise de participation supérieure ou égale à 10 % du capital ou des droits de vote d’une société de gestion de portefeuille agréée nécessite un accord préalable du régulateur. Le dossier doit alors préciser ses effets en particulier sur l’organisation interne, la gouvernance, les conflits d’intérêts et le niveau de fonds propres de la société de gestion, l’AMF procédant à un examen complet des impacts du changement envisagé.

Enfin, le GP staking doit être manié avec précaution car il touche directement à l’alignement d’intérêts avec les LPs. « Un GP stake n’est pas seulement une opération financière, c’est un partenariat de long terme, dont les bénéfices sont réciproques. La société de gestion peut notamment faire profiter l’investisseur de son réseau et de son accès à des opportunités d’investissement », fait remarquer Aladin Zeghbib, directeur juridique de Supernova Invest, société d’investissement européenne spécialisée dans la deeptech.


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