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Le grand bond en avant des investissements chinois en France

Publié le 21 janvier 2015 à 15h36

Florent Le Quintrec

En 2014, la Chine a accéléré son rythme d’investissements directs à l’étranger, et la France en a significativement profité par le biais d’opérations d’envergure. Alors que la tendance devrait prendre encore davantage d’ampleur au cours des prochaines années, les investisseurs chinois doivent encore composer avec les spécificités du marché hexagonal, notamment le prix jugé élevé des actifs.

En parallèle de la reprise des opérations de M&A et du retour des megadeals, l’année 2014 a également été marquée par un développement significatif des investissements chinois en France. Alliance PSA/Dongfeng, OPA de Fosun sur le Club Med, rachat de Louvre Hôtels par Jin Jiang ou encore entrée de Shandong Hi-Speed Group au capital de l’aéroport de Toulouse-Blagnac… Les investisseurs chinois se sont fait remarquer à plusieurs reprises l’an passé dans l’Hexagone.

L’occasion pour Gide de faire le point, à l’occasion d’une conférence organisée le jeudi 15 janvier, sur l’avenir des investissements chinois en France, recueillant les analyses d’Hubert Testard, de la direction générale du Trésor, spécialiste de l’Asie et coauteur de «Quand la Chine investit en France» (AFII 2014), François Quentin, président du conseil d’administration de Huawei France, Qide Yu, directeur général adjoint de la banque ICBC à Paris, et Guillaume Rougier-Brierre, associé du cabinet en M&A.

Une vive concurrence en Europe

Les investissements chinois à l’étranger sont en effet en nette progression depuis un an. En 2014, ils ont franchi pour la première fois les 100 milliards de dollars, soit une hausse de 14,1 % par rapport à 2013, selon les chiffres officiels. «Les Chinois ayant accueilli beaucoup d’investissements étrangers depuis l’époque de Deng Xiaoping, ils étaient en position défensive et ont donc ressenti le besoin d’augmenter leur part de marché en acquérant des technologies à l’étranger avec un objectif de rattrapage», explique Hubert Testard, soulignant que les Chinois étaient devenus les troisièmes investisseurs mondiaux. «La Chine a investi 10,6 milliards d’euros en France et 2014 a été l’année la plus active pour les investissements chinois en France», indique Qide Yu.

Si, en Europe, les investissements chinois sont majoritairement réalisés au Royaume-Uni, la France commence à concurrencer son partenaire britannique en termes d’attractivité. Le groupe chinois Huawei illustre d’ailleurs cette tendance, le fabricant de smartphones ayant lancé la phase 3 de son implantation en France qui se traduira par un plan d’investissement de 2 milliards d’euros et la création de 650 emplois en France sur trois ans.

Une surprime encore nécessaire

S’ils estiment que la France regorge d’opportunités d’acquisition, les investisseurs chinois restent confrontés aux prix élevés des actifs. «Dans les processus concurrentiels avec des fonds qui veulent vendre vite, les investisseurs chinois sont souvent perçus comme hésitants ou compliqués dans leur prise de décision. Ils ont parfois du mal à s’intégrer dans ces processus, notamment pour les sociétés d’Etat, ce qui aboutit à payer une surprime, comme pour Toulouse-Blagnac, pour rester dans la course. Le second facteur de cette surprime est qu’il est encore difficile de sortir de l’argent de Chine, car il faut de nombreuses autorisations, indique Guillaume Rougier-Brierre. Toutes ces formalités ont été simplifiées en 2014, donc l’inquiétude sur les processus de décision s’est réduite. Par exemple, pour un investissement de moins de 300 millions de dollars, il n’est plus nécessaire d’obtenir une autorisation du MOFCOM (ministère du Commerce). Les Chinois vont donc devenir des compétiteurs incontournables.»

Signe que ces investisseurs ont décidé de passer à la vitesse supérieure en France, les derniers mois ont notamment été marqués par la première alliance industrielle franco-chinoise (PSA/Dongfeng), la première OPA amicale par un Chinois (Club Med), le premier grand investissement immobilier (Louvre Hôtels) et le premier grand investissement dans des infrastructures (Toulouse-Blagnac). «Les challenges restent les prix élevés mais aussi l’environnement général des affaires, notamment la fiscalité et le marché du travail. Mais nous disons à nos clients : n’ayez pas peur, allez-y, voyez et décidez», relate Qide Yu. Quant aux différences culturelles entre les entreprises françaises et chinoises, il estime qu’elles ne sont pas insurmontables. «Les méthodes de gestion et de management chinoises peuvent se marier avec les méthodes françaises. Les investisseurs chinois sont souvent maltraités médiatiquement. Mais ils veulent seulement faire des affaires selon une logique gagnant-gagnant», assure-t-il.

Une vision partagée par les intervenants, pour qui l’essentiel est désormais de surmonter les idées reçues réciproques entre Français et Chinois. La défiance exprimée par certains élus locaux lors de l’annonce de la prise de participation par une société chinoise dans l’aéroport toulousain illustre à cet égard le chemin qu’il reste à parcourir pour accueillir plus favorablement ces investisseurs.


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