La lettre d'Option Droit & Affaires

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Quelle est la valeur de votre gouvernance d’entreprise ? Réalisez une auto-évaluation

Publié le 21 juin 2017 à 15h52

Stéphane Tallieu,

Les organisations du monde entier comprennent que les politiques de gouvernance d’entreprise englobant des problèmes comme la composition du conseil d’administration, la cybersécurité et les communications internes sont conçues pour bénéficier aux actionnaires, aux parties prenantes et même au conseil d’administration.

Par Stéphane Tallieu, directeur des ventes et du développement du marché pour Diligent France

Ce qui n’est pas toujours aussi clair, c’est l’efficacité des politiques déjà en place. Une organisation a peut-être développé une stratégie de gouvernance d’entreprise, mais pourrait-il y avoir des possibilités d’amélioration ? Certains aspects peuvent-ils fonctionner correctement, alors que d’autres nécessitent des modifications urgentes ?

Lors de l’évaluation de l’état du cadre de gouvernance d’une entreprise, une auto-évaluation constitue un bon point de départ. Les quatre questions suivantes sont conçues pour aider les organisations à analyser – et à maximiser – les politiques actuelles et à mettre leur gouvernance d’entreprise au travail.

1. Quelle est la force du conseil d’administration ?

En haut de cette liste de contrôle se trouve le conseil ui-même, et plus précisément, son efficacité. La composition du conseil d’administration a longtemps été associée à une bonne gouvernance d’entreprise, en raison en grande partie du fait qu’elle a un impact direct sur la performance de l’entreprise. Par exemple, la recherche menée par Catalyst, une organisation à but non lucratif dont le mandat est d’élargir les possibilités offertes aux femmes dans les entreprises, a constaté que les entreprises ayant un conseil essentiellement féminin connaissent un rendement de ventes plus élevé.

Pourtant, tel qu’indiqué par le Harvard Law School Forum sur la gouvernance d’entreprise et le règlement financier, les données recueillies par State Street Global Advisors montrent qu’une société sur quatre appartenant à la Russell 3000 n’a actuellement aucune femme qui travaille dans ses conseils. Environ 60 % de ces mêmes entreprises ont des conseils avec une représentation féminine de moins de 15 %.

La firme de gestion d’actifs BlackRock a récemment souligné la croyance de plus en plus répandue selon laquelle la diversité du conseil d’administration offre aux entreprises un avantage dans leurs priorités d’engagement pour les réunions du conseil d’administration en 2017, comme l’a rapporté Reuters. «Les conseils d’administration diversifiés, y compris, mais sans s’y limiter, la diversité de l’expertise, de l’expérience, de l’âge, de la race et du sexe, prennent de meilleures décisions», a écrit BlackRock. Etant donné que force du conseil d’administration et diversité fonctionnent ensemble, examiner la composition du conseil d’administration est essentiel pour créer une bonne gouvernance d’entreprise. Un groupe diversifié d’administrateurs peut conduire à de meilleures décisions, influençant ainsi positivement la rentabilité de l’entreprise.

2/ Disposez-vous d’une stratégie de gestion des risques ?

Que ce soit un nouveau concurrent puissant ou une décision commerciale imprévisible, le risque fait partie de chaque organisation. Il est donc essentiel de demander si le conseil a élaboré une stratégie pour affronter et surmonter les défis les plus difficiles. Dans un article paru dans The Wall Street Journal’s Risk & Compliance parrainé par Deloitte, Nicole Sandford, maintenant responsable de la pratique de la conformité des entreprises de Deloitte, a déclaré que la surveillance des risques devrait être considérée comme «la base de tout ce que le conseil d’administration et la direction font pour régir l’organisation et prendre de bonnes décisions».

Sandford a noté que «le succès d’une organisation est, en grande partie, guidé par la façon dont il prend ses risques et sa manière de gérer les risques auxquels il est confronté». Cela comprend des décisions telles que le conseil d’administration qui choisit le chef de la direction et la rémunération de ce cadre ou la présence de salaires basés sur la performance et l’utilisation de programmes incitatifs au sein de l’organisation. Le conseil d’administration devrait également se demander s’il emploie de bonnes pratiques communes ou choisit d’être un pionnier en établissant de nouvelles normes de l’industrie. «Une évaluation minutieuse des compétences, des connaissances, des processus, de l’information et des comportements peut identifier les domaines d’excellence et les possibilités de développement, aider les conseils et les cadres à comprendre quels domaines peuvent avoir besoin d’attention», a-t-elle déclaré.

Les risques internes comme ceux-ci ne sont qu’une partie de l’équation. En outre, les conseils d’administration doivent se préparer aux risques sous la forme de forces extérieures, de l’incertitude économique à l’évolution de la réglementation de l’industrie. Cela dit, le Harvard Law School Forum sur la gouvernance d’entreprise et le règlement financier a souligné que «le conseil ne peut pas et ne doit pas être impliqué dans la gestion réelle du risque au jour le jour». Au contraire, les administrateurs devraient occuper un rôle de surveillance des risques, en veillant à ce que la gestion des risques soit conforme à l’«aptitude au risque» de l’organisation, et que l’entreprise dans son ensemble les soutienne.

Savoir comment les facteurs de risque affectent le conseil d’administration et l’infrastructure de l’entreprise, et quelles mesures le conseil d’administration est prêt à prendre en matière de risques externes, est l’un des aspects clé de la politique de gouvernance que les entreprises peuvent améliorer.

3/ Les données de votre organisation sont-elles sécurisées ?

Comme en témoigne WannaCry, la récente attaque cybernétique signalée par MarketWatch qui a frappé plus de 200 000 ordinateurs à travers le monde, toutes les organisations sont vulnérables aux pirates informatiques. La cybersécurité et la gouvernance d’entreprise sont étroitement liées. Dans un article sur le rôle du conseil d’administration dans la supervision de la cybersécurité, Spencer Stuart, la société mondiale de recherche et consultation, a partagé les résultats d’une table ronde impliquant des dirigeants d’entreprises et des experts en sécurité. Selon le panel, il existe cinq façons dont le conseil peut gérer la sécurité :

• Accepter la responsabilité pour la cybersécurité

• Définir les attentes en matière de gestion

• Comprendre l’exposition potentielle de votre entreprise au risque cybernétique

• Évaluer les pratiques actuelles de cybersécurité

• Planifier et répéter

L’adoption d’un portail digital pour conseil d’administration peut également faire avancer l’entreprise. Une bonne gouvernance d’entreprise nécessite en effet le développement et la distribution de matériel efficace pour le conseil d’administration. Mais sans un système de sécurité robuste, les entreprises se mettent elles-mêmes en danger de piratage. Elles peuvent alors être privées de l’accès à leurs données ou voir leurs informations être diffusées à l’extérieur.

Les portails digitaux sont conçus pour faciliter la distribution numérique sécurisée du matériel de l’entreprise, des carnets de bord aux agendas de réunions et des données d’entreprise archivées, en créant une ligne de communication directe entre les administrateurs et les dirigeants. Avec un portail de conseil en place pour permettre des réunions sans carte papier et une collaboration sécurisée, les entreprises peuvent réduire considérablement la possibilité qu’une cyberattaque ait un impact négatif sur les opérations commerciales.

4/ Quelle est la transparence de votre conseil d’administration ?

Votre conseil d’administration est-il transparent sur ses objectifs et ses fonctions ? Fournit-il aux actionnaires les informations auxquelles ils ont droit, et rend-il compte honnêtement des développements commerciaux de l’entreprise ?

Une façon de mesurer la transparence d’une organisation est d’analyser dans quelle mesure elle est actuellement présentée par le conseil d’administration, et si elle s’insère dans les supports de communication. Sur le site de Chevron, par exemple, la transparence est mise en avant via la présentation des engagements de la société. Elle s’engage ainsi à divulguer les informations pertinentes à ses investisseurs et à aborder notamment avec eux les «problèmes opérationnels, financiers, de gouvernance, de rémunération des dirigeants, d’environnement, de sécurité, sociaux et politiques». L’engagement de Chevron à promouvoir la transparence des revenus est également mentionné.

La question de la transparence se pose à plusieurs reprises dans l’indice Spencer Stuart Board 2016, qui décompose les données récentes sur les questions liées au conseil, comme la composition du conseil d’administration et la rémunération des administrateurs aux entreprises S&P 500. Selon le rapport, les investisseurs s’attendent à une transparence totale, que ce soit sur les compétences des administrateurs, les évaluations du conseil ou la façon dont les «conseils d’administration abordent leur propre rendement et la pertinence des administrateurs individuels». Cette franchise permet aux actionnaires de prendre des décisions plus éclairées sur leur niveau d’investissement. Mais la transparence contribue également à accroître la crédibilité du conseil : plus un conseil divulgue son fonctionnement interne, plus il devient digne de confiance, tant en interne qu’en public.

Cela s’applique également aux administrateurs individuels. Comme l’explique l’investisseur Neil Patel dans un article pour Fast Company, «la transparence engendre la confiance» et les organisations qui adoptent la transparence «fonctionnent à un niveau supérieur». Autrement dit, il faut adopter une culture de la transparence, en racontant «l’histoire de qui vous êtes et ce que vous apportez à la table de réunion».

Il n’est pas toujours facile d’évaluer les opérations, les attitudes et les politiques de gestion existantes, en particulier lorsqu’on les regarde de près et de l’intérieur. Les questions présentées ci-dessus peuvent aider à évaluer la bonne gouvernance d’entreprise, et par le biais des quelques recommandations, améliorer le rendement de l’entreprise et ses relations avec les actionnaires.


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