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Affaire Arthur Andersen : un héritage très disputé

Publié le 21 juin 2017 à 16h43

Houda El Boudrari

Le feuilleton polémique de la reprise de la marque Arthur Andersen par un ancien directeur marketing de Landwell vient de connaître un nouveau rebondissement. Le réseau français a saisi la justice pénale contre l’américain Andersen Tax LLC.

Ce n’est pas Kramer contre Kramer, mais Andersen contre Andersen. D’un côté, un réseau créé «from scratch» par un duo français qui veut relancer la marque Arthur Andersen à partir d’une coquille vide. De l’autre, un cabinet américain de conseil fiscal créé en 2002 par une vingtaine d’anciens d’Arthur Andersen (le vrai) sous le nom WTAS et qui s’est rebaptisé Andersen Tax LLC en 2014. Les deux se disputent l’usage de la marque sous l’œil effaré d’une communauté d’anciens «arthuriens» dont l’attachement sentimental à leur ancienne maison s’est mué en réseau d’affaires redoutablement influent. Présidée en France par le patron de Morgan Stanley, René Proglio, l’association des anciens s’est fendue d’une conférence de presse le 14 mars dernier pour condamner «une vaste supercherie».

Une fin de non-recevoir

Il faut dire que la surprenante résurgence de la marque Arthur Andersen a de quoi défrayer la chronique. Quinze ans après le scandale Enron qui avait amputé les Big Five de leur plus prestigieux membre, un couple français se met en tête de relancer le réseau. Lui, Stéphane Laffont-Réveilhac, ancien directeur marketing de Landwell passé aussi par Herbert Smith et Latham & Watkins, s’est fait une spécialité du dépôt de marques. Sur le site de l’Inpi, on ne compte pas moins de 18 marques déposées à son nom : de Jean-Paul Guerlain à Vassily Kandinsky en passant par MyWebTV ou «immobilier de la plage». Et sous le nom de l’entreprise qu’il préside, Quatre Juillet Maison Blanche SAS, toutes les déclinaisons possibles autour de la marque Arthur Andersen ont été déposées (29 précisément), y compris le slogan du défunt cabinet d’audit «think straight talk straight». Elle, plus discrète, Véronique Martinez, constitue le seul lien établi avec la firme américaine puisqu’elle y a travaillé sept ans en tant qu’avocate chez Lawyer Andersen Legal, sans pour autant avoir atteint le précieux graal de «partner». Le duo s’était heurté à une fin de non-recevoir quand ils ont soumis l’idée de recréer la marque à la communauté des anciens d’Arthur Andersen. «Ce nom est porteur de valeurs et d’une culture d’excellence qui ont marqué tous ceux qui sont passés par le cabinet», témoigne Olivier Chaduteau, ancien responsable marketing du bureau parisien d’Arthur Andersen, qui a créé depuis le cabinet Day One Consulting, spécialisé entre autres dans les stratégies de marques des professions réglementées. Autant dire que ces nostalgiques de la gloire passée d’Arthur ont de quoi s’étrangler quand ils voient l’usage fait de la marque, transformée en tiroir-caisse. Moyennant un droit d’entrée de 5 000 euros et une contribution s’élevant jusqu’à 2 % du chiffre d’affaires, le réseau revendiquait en mars quelque 26 adhérents dans 16 pays. Sur leur site, très peu d’informations sur ces mystérieux cabinets affiliés au réseau, principalement situés au Moyen-Orient, en Asie et en Amérique latine. Un seul bureau grec représente le continent européen. De quoi nourrir quelques suspicions sur la rigueur de la sélection et la qualité des prestations qui se revendiquent de l’excellence de la firme créée à Chicago en 1913.

Pas d’héritiers légitimes

Cependant, même si on peut considérer que l’usage de la dénomination Arthur Andersen puisse se révéler déceptif pour un public croyant avoir affaire à la marque d’origine, le cabinet américain Andersen Tax n’est pas le mieux placé pour en faire la démonstration, ayant lui-même déposé la marque Andersen Tax en mai 2014, quelques mois à peine avant Quatre Juillet Maison Blanche SAS, la société présidée par Stéphane Laffont-Réveillac. «En fait on peut se demander si les autorisations nécessaires pour l’exploitation du nom «Arthur Andersen» (voire Andersen, seul) à titre de marque dans le domaine fiscal considéré ne devrait pas être donné par les ayants droit de ce dernier», soulève Arnaud Michel, associé en propriété intellectuelle chez Gide. Or, en l’absence d’héritiers légitimes, la bataille juridique risque d’être longue et épique entre les deux protagonistes. A sa décharge, la firme américaine joue beaucoup moins sur la confusion avec la marque d’origine et s’apparente plus à un spin-off du cabinet de Chicago avec un noyau dur d’anciens d’Arthur Andersen. En attendant le sort que réservera la justice aux accusations d’«association de malfaiteurs», «d’escroquerie en bande organisée», de «faux et usage de faux», portées par Stéphane Laffont-Réveilhac contre Andersen Tax au tribunal correctionnel de Paris, le suspense reste entier…


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