La lettre d'Option Droit & Affaires

DEAL DE LA SEMAINE

Cancer : la start-up tricolore Adcytherix lève 105 millions d’euros

Publié le 22 octobre 2025 à 15h53

Pierre-Anthony Canovas    Temps de lecture 5 minutes

Lancée début 2024, la biotech marseillaise Adcytherix réalise un tour de table record de 105 millions d’euros auprès d’un consortium d’acteurs français et internationaux, dont Bpifrance et les fonds Andera Partners et Kurma Partners. La société compte se positionner aux avant-postes du marché des « conjugués anticorps médicaments » (ADC).

Nouvelle levée de fonds record pour Adcytherix. Après avoir enregistré un amorçage de 30 millions d’euros il y a un an et demi lors de son lancement, avec le soutien notamment des fonds israélien Pontifax et des Américains KKR et RA Capital Management, la société marseillaise fait encore parler d’elle avec une série A de 105 millions d’euros (122 millions de dollars). Spécialisée dans le design et le développement de nouveaux « conjugués anticorps médicaments » (ou antibody drugs conjugates), une classe thérapeutique qui mélange un anticorps avec un agent cytotoxique, et lancée par d’anciens d’Emergence Therapeutics, elle a convaincu Bpifrance de mener la levée avec les fonds français Andera Partners et Kurma Partners, ainsi que l’Italien Angelini Ventures. Ces deux derniers avaient déjà investi récemment dans l’amorçage de 11,25 millions d’euros d’Elkedonia, une société spécialisée dans le développement de neuroplastogènes pour le traitement des troubles dépressifs et neuropsychiatriques (ODA du 9 juillet 2025). Un consortium d’investisseurs rentre également au capital d’Adcytherix parmi lesquels figurent l’Américain Surveyor Capital, issu du hedge fund Citadel, et le fonds d’investissement israélien aMoon. Tous les fondateurs et les investisseurs actuels ont également participé à cette série A. L’entreprise, qui entend mettre à disposition des patients des thérapies anticancéreuses ciblées, espère avec ce financement faire progresser son premier candidat ADCX-020 vers la clinique, en déposant les premières demandes d’autorisation réglementaires aux Etats-Unis, au sein de l’Union européenne, ainsi qu’au Royaume-Uni et au Canada, d’ici la fin de l’année. Ce tour de financement n’a pas eu besoin d’obtenir l’autorisation de Bercy au titre du contrôle des investissements étrangers, aucun des actionnaires internationaux ne dépassant les seuils requis. Adcytherix est conseillée par McDermott Will & Schulte avec Emmanuelle Trombe, associée, Lucie Martin, counsel, Pauline Orliange, en life sciences ; et Côme de Saint Vincent, associé, en droit fiscal. Les nouveaux investisseurs, à l’exception de Surveyor, sont accompagnés par Dentons avec Olivia Guéguen, associée, Pierre-Marie Gallo, counsel, Lisa Morand, en corporate M&A ; Loïc Lemercier, associé, Tom Blanchet, counsel, Carla Dundon, en IP & T ; Katell Déniel-Allioux, associée, Yoel Bendavid, counsel, en droit social ; et Gianluca Calisti, associé, Laura Eouagnignon, en droit fiscal ; avec le bureau de New York. Surveyor est épaulé par Bredin Prat avec Kate Romain et Karine Angel, associées, Caroline Forschbach, en corporate.

Le conseil d’Adcytherix : Emmanuelle Trombe, associée chez McDermott

Quelles sont les spécificités de ce financement d’Adcytherix ?

Le tour de table d’Adcytherix se distingue par le montant levé de 105 millions d’euros qui est un record cette année dans le secteur des biotechs en France et donc particulièrement marquant dans un contexte compliqué. Il est également marqué par une grande diversité d’investisseurs, tout à la fois français et internationaux – notamment européens et américains – et issus d’horizons divers (Bpifrance, fonds d’investissement, fonds corporate, etc.). La levée a pour objectif d’accélérer le développement clinique de « conjugués anticorps médicaments » (ADC). Dans ce genre d’opérations, les investisseurs ont toujours des contraintes spécifiques de détention de capital. Réussir à aligner les intérêts de chacun, de surcroît quand ils sont nombreux, et issus d’origines diverses, a été un enjeu de taille mais aussi un défi.

Quelle est la structuration juridique de l’opération ?

L’investissement est réalisé directement dans la structure tricolore Adcytherix SAS. Il n’y a donc pas de véhicule d’investissement créé pour l’occasion. Pour les managers, nous avons mis en place des mécanismes d’incitations comme cela se fait traditionnellement dans ce type d’opérations.

Si certaines start-up biotech réussissent de belles levées, beaucoup accusent le coup. Comment l’expliquer ?

Après des années 2021 et 2022 actives pour les levées de fonds, le contexte français comme international est devenu particulièrement tendu, d’où de la casse en quelque sorte, et une frilosité de la part d’investisseurs. Certaines thématiques ont de surcroît plus de difficultés, comme celles de la thérapie génique ou cellulaire. Le chemin réglementaire pour obtenir des autorisations de mise sur le marché peut en outre être une source de difficultés en France comme à l’étranger. Plus largement, le sujet des médicaments présente parfois une incertitude supplémentaire car 70 à 80 % de leur rentabilité provient du marché américain. Or, le pays connaît depuis plusieurs mois des soubresauts, notamment sur la question du prix de la nation la plus favorisée (principe en commerce international stipulant qu’aucun pays ne doit bénéficier d’un traitement privilégié par rapport à un autre, ndlr) et des droits de douane. Heureusement, certaines entreprises arrivent en France à créer une vraie traction, à se positionner au bon moment et sur des thématiques particulièrement porteuses.


La lettre d'Option Droit & Affaires

Tous les deals de la semaine

Pierre-Anthony Canovas    Temps de lecture 10 minutes

Private equity, fusions-acquisitions et droit général des affaires, suivez les grands dossiers de la semaine.

Lire l'article

Chargement…