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Legaltechs : vers une professionnalisation du secteur ?

Publié le 23 janvier 2019 à 16h04

Marie-Stéphanie Servos

Publiée ce mercredi 23 janvier, la deuxième édition du baromètre des legaltechs, réalisé par Actualités du droit, en partenariat avec Maddyness, dresse un bilan mitigé du secteur.

Menée entre juin et novembre 2018, l’étude a sondé 63 legaltechs actives sur différents secteurs d’activité. Près de 19 % des sociétés interrogées proposent des services de mise en relation, 17,5 % des services de création d’actes, et 15,9 % des services liés à la création et à la gestion d’entreprise. La mise à disposition de moteurs de recherche analytique (8,1 %) ou encore des plateformes de digitalisation de processus métier (1,6 %) complètent les activités du panel.

Le baromètre fait notamment le point sur les levées de fonds opérées dans le secteur. Avec 24,6 millions d’euros levés en 2018, les legaltechs ont ainsi recueilli près du double des montants levés en 2017. Cette progression doit toutefois être relativisée. Car si les legaltechs ont levé plus de fonds, elles ont néanmoins été moins nombreuses à le faire. Une seule d’entre elles, Doctrine, a ainsi récolté 40 % du montant total levé sur l’année. En juin dernier, la start-up française a en effet recueilli pas moins de 10 millions d’euros auprès d’Otium Venture et de Kima Ventures. Par ailleurs, le baromètre pointe également la baisse du ticket moyen d’investissement. La médiane des fonds levés s’établit à 500 000 euros pour 2018, soit une chute de 50 % par rapport à l’année précédente. «Un tel montant couvre à peine les frais d’exploitation d’une legaltech, explique Gaëlle Marraud des Grottes, rédactrice en chef du site Actualités du droit et coauteure du baromètre, c’est donc très mauvais signe pour la pérennité de ces start-up.»

Des freins pour leur développement

Autre obstacle relevé par le baromètre, plus de 30 % des legaltechs sondées déclarent être entravées dans leur développement du fait de contraintes réglementaires. Elles assurent notamment être «bloquées» par l’open data qui se fait attendre : «Sans données, aucune chance de développer un service basé justement sur l’ouverture des données et leur exploitation», déplore Gaëlle Marraud des Grottes. Deuxième difficulté évoquée, la non-reconnaissance de la signature électronique par l’administration. Des start-up comme Yousign, dont la technologie est certifiée par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) et conforme au règlement eIDAS, se voient retoquées au niveau de l’administration fiscale, encore trop craintive vis-à-vis des legaltech. «Il y a un véritable sujet technologique à résoudre», constate Gaëlle Marraud des Grottes.

Face à ces contraintes et pour pérenniser leurs projets, les legaltechers envisagent de jouer la carte de l’alliance. Pour 63,5 % des répondants, un rapprochement avec un grand groupe ou d’autres professionnels est une hypothèse à laquelle ils réfléchissent. «Nous observons une professionnalisation du secteur à travers notamment la typologie des investisseurs», note justement Gaëlle Marraud des Grottes. En 2017, la majorité des investisseurs (55,6 %) dans les legaltechs était des professionnels du droit, tandis qu’en 2018 cette même majorité est désormais composée de fonds d’investissement ou de business angels. «C’est la suite logique, poursuit-elle, 2017 a été une année foisonnante dans la création des legaltechs dont les premiers investisseurs étaient forcément les fondateurs eux-mêmes. Aujourd’hui, développer ces sociétés implique de faire venir des investisseurs extérieurs.»

Toutefois, si cette tendance à la professionnalisation est rassurante pour les acteurs du secteur, elle peut aussi conduire à une plus grande sélectivité de la part des investisseurs, au détriment des projets les moins solides. De quoi peut être réduire le nombre de legaltechs, mais opérer une montée en gamme de leurs services.


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