Le secteur juridique est confronté depuis plusieurs années à d’importantes évolutions numériques proposant des services de plus en plus performants. L’étude menée par Day One, intitulée «Droit et digital : réalité et prospective», analyse l’activité de 140 start-up dans 12 pays, sur 4 continents et relaye l’impact des nouvelles technologies sur le marché du droit.
Les legaltechs ont déjà pris place dans la vie des professionnels du droit leur permettant de faciliter et d’accélérer certaines tâches. Historiquement, le premier volet touché concerne le partage d’information. Des start-up proposent par exemple aux juristes des moteurs de recherche performants avec une possibilité de rechercher en «langage naturel», autrement dit des moteurs de recherche qui comprennent une question posée avec des mots courants, ou qui présentent les résultats de manière argumentée. Un deuxième segment, actuellement en plein développement, porte sur la production de documents juridiques, à l’image de jeunes pousses comme Rocket Lawyer, Captain Contrat ou SnapTerms.
Si elles ne mettent pas nécessairement en œuvre des techniques d’intelligence artificielle, celles-ci se développent de plus en plus. Une start-up détecte par exemple les erreurs manifestes de rédaction. Ce volet évolue d’ailleurs en vue de créer davantage d’interactivité avec la mise en place de «chatbots» : un système permettant de répondre aux questions les plus récurrentes par le biais d’une automatisation des données.
Aiguiller les stratégies
Mais le service en vue le plus prometteur est celui d’aide à la décision. Il consiste en une analyse des données statistiques concernant des décisions de justice antérieures. «L’aide à la décision est le point clé, déclare Olivier Chaduteau, associé fondateur de Day One. Elle permet d’affiner le conseil relayé au client en amont, par exemple, d’un contentieux.»
Concrètement, d’une analyse de données découle une probabilité statistique de succès pour des dossiers ou sur la stratégie à mettre en œuvre en vue de la résolution d’un litige. L’idée est d’adapter son conseil afin d’optimiser son succès.
De l’étude, ressort que «le juriste peut se repositionner sur sa réelle valeur ajoutée : l’accompagnement de son client à travers une compréhension du business forte, la gestion de projet juridique et l’aide à la décision stratégique». Le gain de temps est considérable si la démarche et l’appréhension de ces outils sont efficaces.
Une formation nécessaire
Encore faut-il que ces nouvelles technologies soient correctement utilisées. «Il va falloir que les professionnels du droit s’adaptent et se forment à ces nouvelles technologies, poursuit Olivier Chaduteau. La formation est un enjeu majeur au succès de l’intelligence artificielle dans le monde du droit.» Les étudiants devraient dès aujourd’hui diversifier leurs domaines de compétences. L’avenir des professionnels du droit est à la polyvalence, il devra être en mesure d’analyser des statistiques, savoir quelles données entrer dans une plateforme informatique, comprendre le fonctionnement d’un algorithme, etc.
Les professeurs d’universités commencent à appréhender la question, il semble y avoir une volonté d’aller dans ce sens et une considération de l’intelligence artificielle comme étant une valeur ajoutée dans les professions juridiques. Cependant, il faudra encore du temps pour que des programmes universitaires adaptés à cette réalité voient le jour. Techniquement, la France est bien positionnée puisque «nous sommes à la pointe de ce qui existe au niveau de la legaltech», mais Olivier Chaduteau déplore «notre méfiance dans l’utilisation de ces technologies», freinant probablement leur mise en œuvre. «Les solutions collaboratives devront permettre de changer notre façon de travailler», conclut-il.
Pour l’heure, il est encore un peu tôt pour analyser l’impact concret de ces innovations, le recul étant insuffisant. Mais une chose est certaine, ces services sont amenés à prendre une place croissante dans le monde juridique de demain.
L’intelligence artificielle parmi les legaltechs
Sur les 140 legaltechs étudiées, seules vingt d’entre elles utilisent une technologie d’intelligence artificielle poussée. Pour mesurer la fréquence du recours à l’intelligence artificielle, l’étude classe les legaltechs en fonction de leur degré d’automatisation.
Lorsque l’on considère la réalisation du service juridique ou de la tâche :
1 : il y a un humain qui fait le travail
2 : l’humain est aidé par un algorithme simple
3 : le service est délivré en l’absence d’intervention humaine, mais le produit n’évolue pas automatiquement en fonction des spécificités de son environnement
4 : intervention d’une intelligence artificielle
Les legaltechs relevant de la catégorie 4 ne représentent que 14 % du total des entreprises cartographiées.