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DEAL DE LA SEMAINE

La Fondation Gates séduite par le Français Smart Immune

Publié le 26 avril 2023 à 12h21

Pierre-Anthony Canovas    Temps de lecture 4 minutes

La Fondation Bill & Melinda Gates accorde 5 millions de dollars à la biotech tricolore Smart Immune afin d’accélérer le développement de ProTcell, une plateforme de thérapie cellulaire. Si le montant est modeste, il constitue une première dans une société française pour l’organisation américaine et complète un soutien financier récent de la Commission européenne, via son Conseil européen de l’innovation.

Premier investissement dans une biotech Made in France pour la Fondation Bill & Melinda Gates, qui œuvre notamment à l’échelle mondiale sur les problématiques de santé publique. L’organisation portée par le milliardaire américain, cofondateur de Microsoft, et son ex-épouse met un ticket de 5 millions de dollars (environ 4,5 millions d’euros) dans la start-up tricolore Smart Immune, fondée en 2017 pour aider les patients atteints de maladies potentiellement mortelles, telles que les leucémies aiguës et les immunodéficiences primaires. Le montant est certes modeste mais symbolique et stratégique à l’heure où la société travaille sur ProTcell, une plateforme de thérapie par cellules T alimentée par le thymus pour réarmer complètement et rapidement le système immunitaire et destinée à traiter le cancer et les maladies infectieuses. L’organisation américaine n’avait accordé jusque-là que des subventions dans l’Hexagone – à Osivax et Medincell – mais sans entrer au capital. Cet investissement doit permettre de faire avancer un nouvel essai clinique de phase I/II chez des patients adultes atteints de leucémie aiguë, portant sur l’actif principal de Smart Immune, Smart 101, un produit de thérapie cellulaire allogénique produit à partir de sang périphérique mobilisé de donneurs sains. Outre ce ticket américain, Smart Immune a annoncé en l’espace de quelques semaines sa sélection pour la première promotion du programme French Tech Health20 mis en place par la mission French Tech. La start-up cofondée par l’entrepreneuse Karine Rossignol ainsi que les chercheuses Marina Cavazzana et Isabelle André, toutes trois passées par l’Institut des maladies génétiques Imagine de l’hôpital Necker, a également indiqué avoir reçu un soutien du Conseil européen de l’innovation (EIC). Lancé par la Commission européenne, cet organisme s’est engagé à un investissement en capital à hauteur de 15 millions d’euros et 2,5 millions d’euros en subventions. Smart Immune a été conseillée par McDermott Will & Emery avec Emmanuelle Trombe, associée, Alice Villagrasa, Ludivine Rabreau et Alice Sevestre, en life sciences et corporate. La Fondation Gates a reçu l’appui de K&L Gates avec Raphael Bloch, associé, Samuel Boccara et Martin Borey, en corporate/private equity.

Le conseil de Smart Immune : Emmanuelle Trombe, associée chez McDermott

Quelles sont les caractéristiques et la structuration de ce deal ?

Il s’agit d’une opération de gré à gré bien que Smart Immune soit en recherche de fonds. L’objectif de cet investissement est de lui permettre de financer une recherche scientifique spécifique. C’est la première fois que la Fondation Gates investit dans une biotech en France. Concernant la structuration, l’organisation américaine étant très importante en termes de dotations et de présence internationale, et avec des contraintes propres, il a fallu s’assurer dans la documentation juridique de l’opération que les fonds seront bien utilisés pour la recherche sur la plateforme ProTcell de la société. Il ne s’agit donc pas d’un investissement financier classique. Nous avons mis en place des obligations convertibles. Le transfert des fonds intervient directement dans la société et ne passe pas par un véhicule d’investissement comme c’est parfois le cas dans ce type de transactions.

Quels en ont été les défis ?

La fondation Bill & Melinda Gates étant américaine, il a fallu faire preuve de pédagogie afin d’expliquer les subtilités du droit français et d’un investissement dans notre pays. Nous avons également dû nous assurer que l’opération était en adéquation avec les objectifs de l’organisation. Plus de six mois ont été nécessaires pour la réaliser.

Que dit cette opération de l’état du secteur des life sciences ?

L’obtention de financements n’est hélas pas des plus faciles aujourd’hui, y compris dans le secteur des sciences de la vie. L’investissement de la Fondation Gates est une bonne nouvelle : il constitue une reconnaissance pour l’entreprise Smart Immune et le projet scientifique qu’elle porte. Ces dernières années, de nombreuses opérations de fonds privés sont intervenues dans la biotech. Avec les incertitudes liées à l’économie, cette tendance s’inverse et les fonds publics ou à visée caritative comme ceux de la fondation Gates sont un relais de financement important. Depuis vingt-cinq ans que j’interviens aux côtés de biotechs, j’ai pu constater à plusieurs reprises l’existence de bulles comme celle du Covid par exemple et ensuite un retour à un rythme d’investissement plus mesuré.


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