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Le DAF, principal concurrent du directeur juridique ?

Publié le 30 septembre 2015 à 11h04

Ondine Delaunay

De directeur juridique à general counsel : quelles perspectives en France ? Le thème de la conférence organisée par le Cercle Montesquieu le 24 septembre dernier était attractif. Ce sont d’ailleurs plus d’une cinquantaine d’auditeurs qui se sont déplacés pour l’événement. Bien sûr, la conférence a beaucoup tourné autour du sujet de la formation du juriste. L’occasion de présenter l’Executive master general counsel, un programme diplômant de management stratégique des affaires juridiques. Mais c’est surtout la partie de la conférence sur les rapports entre directeur juridique et directeur financier qui a retenu notre attention.

Antoine Garapon, magistrat et secrétaire général de l’IHEJ, a introduit le sujet en ces termes : «L’entreprise française reproduit l’organisation de notre Etat où Bercy – le ministère des Finances – est au cœur du processus de décision.» Dans la majorité des cas, le traitement de la question juridique intervient après la prise de décision du top management, elle n’est le moteur ni du développement ni de l’innovation. Le directeur juridique est parfois considéré comme une sorte de «metteur en forme». «La situation du directeur juridique est le reflet du rapport des Français au juridique : le droit est séparé de l’action», poursuit-il.

Aux Etats-Unis, la situation est autre. Béatrice Bihr, directeur juridique exécutif de Teva Santé, ancienne avocate au sein d’un cabinet américain, a témoigné du «prestige rattaché à la fonction de general counsel outre-Atlantique. Il fait partie intégrante du business de l’entreprise. Il est même susceptible de la représenter seul lors de négociations pour une acquisition». Ce serait même parfois lui qui négocierait le prix d’acquisition ! Une mission qui entre en concurrence directe avec celle du directeur financier.

Sortir du carcan juridique

Une telle situation serait-elle possible en France ? Pas encore. C’est indéniable. Mais les professions du droit connaissent actuellement une profonde mutation. Et la position du directeur juridique au sein de l’entreprise n’échappe pas aux bouleversements. Si, historiquement, les directeurs financiers estimaient que les équipes juridiques devaient leur être rattachées, tel est de moins en moins le cas aujourd’hui. Elles rapportent désormais directement au secrétariat général ou à la direction générale et le directeur juridique siège même parfois au sein du comité exécutif. Il commence donc à intégrer le centre décisionnel de l’entreprise. Mais pour devenir un véritable business partner, à l’image du general counsel anglo-saxon, il faut savoir sortir du traitement des questions juridiques pour accompagner l’entreprise au quotidien dans l’ensemble de ses composantes. Anne-Sophie Le Lay, general counsel de Renault, reconnaît : «Ce qui nous manque, c’est la vie de l’entreprise. Nous devons faire preuve de curiosité et comprendre l’ensemble des métiers de notre groupe.» «Aux Etats-Unis, le general counsel n’est pas recruté pour ses connaissances techniques, mais pour sa dimension culturelle», ajoute Antoine Garapon.

Un modèle qui n’emporte pas toutes les convictions. Eric Amar, directeur juridique de Bolloré Transport Logistique, explique : «Je ne pense pas qu’il soit souhaitable qu’un general counsel vienne, seul, négocier une acquisition. Il doit être accompagné d’une équipe projet rassemblant des professionnels du chiffre, du droit, de la fiscalité, etc. La question porte plus sur la place que doit tenir le directeur juridique au sein de cette équipe. Il peut être un meneur.» Mais pour en arriver là, la confrontation avec le directeur financier est, une fois encore, inévitable.

Le frein du budget

Le directeur juridique français a-t-il seulement les moyens de ses ambitions ? Certes, son budget est constamment resserré. Mais à l’image de n’importe quelle direction au sein de l’entreprise, le directeur juridique doit le négocier et justifier ses dépenses. Et le Cercle Montesquieu d’insister sur les outils de mesure de performances susceptibles d’être présentés à la direction des achats. «Apprenons à parler chiffres !» lance Béatrice Bihr. Les barrières et préjugés d’antan doivent être levés. Car à l’image du directeur financier qui est au centre de l’ensemble des décisions de l’entreprise, le directeur juridique doit s’imposer et faire preuve de leadership. Pour finalement combiner son rôle de gardien du temple avec celui de business partner, de risk manager, de leader de ses équipes, de responsable de la RSE et de responsable de la conformité. Bref, une sorte de héros.


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