La lettre d'Option Droit & Affaires

Interview

«Les embauches de juristes ont enregistré une hausse de plus de 5 %»

Publié le 31 janvier 2018 à 16h36

Aurélia Gervais

L’édition 2018 de l’étude de rémunération européenne de Robert Walters vient d’être publiée. L’occasion pour Constance Philippon, manager de la division juridique, fiscale & compliance du cabinet de recrutement, de revenir sur les grandes tendances de l’emploi des fonctions juridiques en entreprise.

Quelles sont les grandes tendances de l’étude en matière d’emploi et de rémunération ?

Notre étude montre que les recrutements et les salaires des fonctions juridiques en entreprise sont en hausse. En 2017, les embauches ont enregistré un accroissement de plus de 5 % par rapport à l’année précédente, et il en sera de même cette année. Bien entendu, le nombre de recrutements et les salaires varient en fonction de la rareté de l’expertise. Certaines fonctions sont extrêmement recherchées, par exemple le data protection officer (DPO), le responsable juridique IT, le juriste immobilier ou les profils droit des affaires au sens large.

Enfin, en entreprise, l’augmentation de salaire ne sera substantielle (10 à 15 %) qu’en changeant de structure. En effet, le juridique correspond à des fonctions supports, donc sans forte augmentation salariale en interne. Heureusement, la place du juriste se renforce dans l’entreprise depuis quelques années. D’ailleurs, pour valoriser ceux qui s’investissent le plus, de nombreuses sociétés mettent en place une rémunération variable dépendant d’objectifs fixés annuellement.

Sentez-vous une appétence des avocats pour l’entreprise ?

Beaucoup plus à l’écoute du marché que dans le passé, les avocats – surtout ceux ayant sept à huit ans d’expérience – deviennent plus réceptifs à une continuité de carrière en entreprise. Ils se rendent compte que cette dernière est capable de leur offrir de belles opportunités. Le passage en entreprise devient valorisant, même si quitter la robe peut parfois s’avérer difficile, tout comme le fait de passer du statut de libéral au salariat. La rémunération est en effet généralement inférieure. Toutefois, ce critère de choix n’est plus aussi déterminant que dans le passé. D’autres éléments opérationnels deviennent essentiels : les missions effectuées, le montant des projets auxquels la direction juridique participe, ainsi que le moment où elle intervient, et enfin son positionnement dans l’organigramme. Un candidat sera ainsi sensible au fait que le directeur juridique soit au comité exécutif. Les possibilités de mobilités transverses – sur des métiers de business developer ou de directeur commercial par exemple – sont également extrêmement appréciées. Enfin, l’intuitu personæ reste essentiel.

Pour quels types de postes les avocats intéressent-ils vos clients ?

Les entreprises nous sollicitent pour deux types de besoin. D’une part, des expertises très pointues pour des postes spécifiques, en M&A ou en droit de la concurrence par exemple. Le candidat idéal est alors directement chassé en cabinet d’avocats, où l’expertise complexe est la mieux développée. D’autre part, les entreprises ont des besoins pour des postes plus business, alliant négociations et rédactions contractuelles complexes. Les profils privilégiés sont également les avocats, mais uniquement ceux ayant déjà effectué un premier passage en entreprise. Il est, par exemple, plus difficile de placer un avocat à un poste de responsable juridique business, les métiers étant trop différents. Celui-ci devra souvent avoir effectué un passage en entreprise, ou avoir évolué en interne.


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Aurélia Gervais

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