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DEAL DE LA SEMAINE

Altice obtient une restructuration record de sa dette

Publié le 5 mars 2025 à 16h22

Pierre-Anthony Canovas    Temps de lecture 5 minutes

Au terme de plus de 10 mois d’âpres négociations avec ses créanciers, Altice ramène sa dette de 24 à 15,5 milliards d’euros. Patrick Drahi, son fondateur, réussit à conserver 55 % du capital du groupe de télécommunications, qui possède notamment l’opérateur SFR en France.

L’opérateur télécom Altice, fondé par l’homme d’affaires Patrick Drahi, commence à voir le bout du tunnel concernant sa dette abyssale. Altice France SA et sa société mère, Altice France Holding SA, ont annoncé un accord avec leurs principaux créanciers visant à restructurer un endettement de plus de 24 milliards d’euros pour le porter à 15,5 milliards d’euros. A l’issue de ce processus, qui nécessite encore d’obtenir d’ici au 30 mars le soutien d’au moins 90 % des créanciers obligataires et l’ensemble des prêteurs RCF (crédit renouvelable) – au risque de se transformer en procédure de sauvegarde accélérée – les créanciers détiendront 45 % du capital d’Altice aux côtés des actionnaires existants. Pour se désendetter, ​​​​le groupe de télécommunications avait déjà procédé ces derniers mois à plusieurs cessions dont celle de l’acteur audiovisuel Altice Media (ODA du 20 mars 2024) ou encore de ses parts dans La Poste Mobile. Un collectif d’environ 180 créanciers seniors sécurisés d’Altice France est épaulé par Gibson, Dunn & Crutcher avec Jean-Pierre Farges, Benoit Fleury, Amanda Bevan-de Bernède et Jérôme Delaurière, associés, Clarisse Bouchetemblé, Antoine Bécot et Charles Peugnet, en restructuring ; avec des équipes à New York. Le groupe d’obligataires « cross holder » est accompagné par Willkie Farr & Gallagher avec Lionel Spizzichino et Batiste Saint-Guily, associés, Gérald Giaoui, Alcyde Le Poder et Flora Viénot, en restructuring ; et Paul Lombard, associé, en financement ; ainsi que par les cabinets Milbank et Arendt & Medernach SA. Altice est conseillé par White & Case avec Saam Golshani et Hugues Racovski, associés, Clément Cenreaud, Baptiste Ferraud, en corporate ; et Anne-Sophie Noury, associée, Louis Gibon et Aliénor Huchot, en restructuring ; par Mayer Brown avec Laurent Borey et Nicolas Danan, associés, Louis Nayberg, counsel, Maxime Billaut et Clara Hamour, en droit fiscal et structuration ; ainsi que par les cabinets Loyens & Loeff au Luxembourg et Ropes & Gray aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Les sociétés françaises du groupe Altice sont assistées par De Pardieu Brocas Maffei avec Magali Masson, associée, Tiphanie Levassort, en corporate ; et Joanna Gumpelson, associée, Clément Maillot-Bouvier, counsel, Dorine Chazeau et Jonathan Batisse, en restructuring.

Le conseil de 180 créanciers senior : Jean-Pierre Farges, associé chez Gibson Dunn

Quelles sont les spécificités de ce dossier ?

Un point notable de la restructuration d’Altice est que son fondateur et dirigeant Patrick Drahi n’a pas attendu qu’il ne soit trop tard pour entamer les négociations. L’entrepreneur n’était pas en recherche criante de « new money » et avait du temps devant lui avant que la situation ne devienne critique. Les discussions ont été ainsi plus constructives et équilibrées. Un autre aspect à relever concerne les créanciers senior. Même s’ils étaient près de 180, ces derniers ont réussi à s’allier rapidement et à créer un front uni afin de se défendre face aux demandes d’Altice, via un accord de coopération (« cooperation agreement »). Finalement, ces négociations qui furent intenses ont donné un résultat assez équilibré, quoique dans une moindre mesure pour les créanciers junior. Dans les grandes lignes, l’accord repose sur une réduction significative de l’endettement global du groupe de 8,6 milliards d’euros. Il permet de porter la dette nette consolidée à 15,5 milliards d’euros, avec notamment un remboursement de 2,3 milliards d’euros apportés par Altice à ses créanciers. L'accord prévoit également le rétablissement de 77 % de la dette sécurisée d’Altice France S.A et de 20 % de la dette d’Altice France Holding S.A. Il est à noter aussi un allongement de la maturité de la dette jusqu’en 2028-2033, alors que celle-ci était initialement prévue entre 2025 et 2029.

Quelles garanties avez-vous mises en œuvre pour vos clients ?

Une documentation financière extrêmement resserrée, plus contraignante, a été mise en place pour les créanciers senior. Elle était précédemment particulièrement avantageuse pour la société, elle l’est désormais beaucoup plus pour mes clients. Nous avons également instauré deux mécanismes pour sécuriser l’action des créanciers senior : une « double LuxCo » ainsi qu’une « golden share ». Le premier est un dispositif utilisé par les prêteurs de fonds et permet d’avoir un nantissement de droit luxembourgeois plus efficace qu’un nantissement de droit français. Il vise à lutter efficacement contre le « COMI shift » (déplacement du centre principal des intérêts). Le second mécanisme, qui n’est pas au même niveau, donne la possibilité de prendre la main sur les décisions opérationnelles du groupe. Ces deux outils offrent ainsi la possibilité aux créanciers senior de s’assurer potentiellement du contrôle d’Altice en termes de gouvernance, en cas de non-respect de la documentation.

Quels ont été les défis principaux de cette restructuration record ?

Une des difficultés de ce dossier a été le grand nombre de créanciers, dont près de 17 étaient également membres du comité de coordination (« Steering Committee »), ce qui a complexifié l’organisation juridique. La loi sur la sauvegarde accélérée étant relativement récente (promulguée en 2021), il y a toujours des points d’interprétation à discuter dans une opération de cette nature.


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