La lettre d'Option Droit & Affaires

Focus

Les cabinets s’organisent face au Covid-19 (partie 2)

Publié le 1 avril 2020 à 15h52

Emmanuelle Serrano

Option Droit & Affaires vous livre la deuxième partie des témoignages recueillis auprès de quelques cabinets d’avocats. Faire face à une situation anxiogène tout en gardant le lien avec l’ensemble des collaborateurs et des clients est devenu en l’espace de quelques jours une nécessité. L’occasion de tester la résilience des organisations.

Grégoire Andrieux, associé et managing partner, McDermott, Will &Emery

Le bureau parisien (140 personnes) du cabinet d’affaires international n’a pas attendu l’entrée en vigueur des mesures de confinement ordonnées par le gouvernement pour mettre en œuvre le télétravail à grande échelle. «Nous travaillions déjà assez souvent à distance au sein du cabinet et les grèves des transports en décembre ont constitué une sorte de répétition avant l’heure», souligne en préambule Grégoire Andrieux. «Tout le monde a son ordinateur portable sécurisé et, après un travail d’arrache-pied de nos techniciens IT, les assistantes et le personnel paralégal ont pu aussi être équipés». Le week-end précédant la mise sous confinement total, le cabinet a multiplié par dix la capacité de ses serveurs. «On a institué des points réguliers (quatre fois par semaine avec les collaborateurs et une fois par semaine avec tout le staff) via la plateforme de communication vidéo Zoom. Chaque associé fait un point quotidien avec ses équipes respectives», précise l’avocat. Le taux d’activité du cabinet est supérieur à celui d’avant la crise. Le département de droit social a tout de suite fait face à un afflux de questions récurrentes sur les obligations de mise en sécurité du personnel, le gel des salaires, l’éligibilité aux mesures d’aide aux entreprises. Cela continue. Les équipes data sont aussi sur le pont. Une partie des salariés des clients du cabinet travaillant de chez eux, la sécurité des informations circulant doit être cadrée par des feuilles de route fiables. En M&A, le transactionnel marque un peu le pas. La solidité des contrats ou des opérations en cours est mise à l’épreuve. Les clients du cabinet s’interrogent notamment sur la définition et le périmètre applicable à un cas de force majeure, ou encore sur l’applicabilité de clause MAC (Material Adverse Change). «Sur le marché, la fébrilité des PME du segment mid-market est palpable et beaucoup d’entre elles seront confrontées à des problèmes de trésorerie d’importances diverses», observe l’associé. Comme dans toute situation de crise, de nouveaux dossiers viennent alimenter la pratique restructuring créée au sein du cabinet en 2018. Côté tribunaux, après une période où les greffes ont semblé dépassés, la communication reprend peu à peu, notamment grâce aux ordonnances du 27 mars. Pour répondre aux interrogations des fonds d’investissement, des managers de sociétés sous LBO et des sociétés de gestion, le cabinet a rédigé un vade-mecum de «première urgence» pour éviter des erreurs de gestion dans le contexte de la crise sanitaire. Ils disposent aussi d’accès en ligne à un centre de ressources dédiées.

Karl Hepp de Sevelinges, associé et co-managing partner, Jeantet

Pour faire face à la crise du Covid-19, Jeantet a mis en place une task force animée par plusieurs associés, chargée à la fois de gérer les relations avec l’interne (collaborateurs, salariés, etc.) et l’externe (clients, tribunaux). Le cabinet d’avocats a mis en place des newsletters et des webinars pour maintenir le lien avec ses clients. Le contentieux était ainsi au cœur d’un récent webinar intitulé «La force majeure peut-elle être invoquée pour justifier d’une inexécution momentanée ou définitive de ses obligations contractuelles ?» «Nos clients nous appellent aussi pour compenser la surcharge de travail actuelle de leurs juristes internes», note Karl Hepp de Sevelinges. Côté organisation, tout le monde travaille à distance depuis le 18 mars chez Jeantet. Il y a six mois, le cabinet a mené une transformation informatique de fond qui s’avère d’autant plus utile aujourd’hui. «Nous utilisons le logiciel Teams pour nous parler, échanger avec nos clients, partager des documents, en plus de notre gestion électronique des documents (GED) sécurisée sur notre serveur. La signature à distance avec des outils comme DocuSign est devenue une pratique courante», explique l’associé. Si les avocats sont très sollicités par leurs clients sur des sujets divers (droit social, immobilier, Covid-19), le cabinet, qui emploie une quarantaine de salariés, devrait mettre assez vite une vingtaine d’entre eux (reprographie, événementiel, réception) au chômage partiel. Au demeurant, Jeantet, comme ses confrères de la Place, aimerait vite savoir s’il pourra bénéficier comme les autres entreprises des aides pour le chômage partiel ou activité partielle définies dans les ordonnances du 27 mars. Le 20 mars, Christiane Féral-Schuhl, présidente du CNB, a envoyé un courrier à ce sujet à la garde des Sceaux. «Côté activité, deux nouveaux dossiers d’acquisition viennent de démarrer. Sinon, soit on met les bouchées doubles pour boucler les deals en cours, soit les délais de réponse aux vendeurs s’allongent pour les projets lancés récemment», note le co-managing partner. La crise sanitaire se doublant d’une crise économique, les retombées sur les cabinets et leurs clients devraient être plus rudes. Les trois prochains mois seront lourds de conséquences, selon le manager. 


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