La lettre d'Option Droit & Affaires

Focus

Ces avocats qui changent de vie

Publié le 2 novembre 2017 à 12h23

Aurélia Gervais

Attirés par des métiers manuels, artistiques ou par l’entreprenariat, de nombreux avocats envisagent une reconversion professionnelle. Trois avocats ayant franchi le cap racontent leur expérience.

Combien sont-ils à raccrocher la robe ? Le rapport «L’avenir de la profession d’avocat», de Kami Haeri, indique que 76 % des hommes ayant prêté serment en 1996 sont toujours avocats vingt ans plus tard, contre seulement 63 % des femmes. Ces dernières quittent d’ailleurs la profession plus rapidement. 20 % d’entre elles se font omettre du barreau après cinq ans d’exercice, contre sept ans pour les hommes. Une certaine lassitude, des impératifs de qualité de vie, mais aussi la volonté de développer de nouvelles compétences peuvent conduire l’avocat à se tourner vers d’autres professions. Pour sa part, Amaury d’Everlange qui a déjà quitté plusieurs fois le barreau avait de nouveau «l’envie d’être acteur plutôt que conseil». C’est la rencontre avec son collaborateur qui a été le déclic pour se relancer dans l’aventure de l’entreprenariat. Cet ancien avocat d’affaires, qui a exercé chez Gide, Jeantet et Ginestié Magellan Paley-Vincent pendant dix ans avant de créer son cabinet en 2011, a déjà monté plusieurs start-up, dont MyBestLawyer.com. Créé en 1998 à New York et revendu en 2001, ce site mettait en relation des clients avec des avocats par un système d’appel d’offres. En 2016, il décide de fonder StaffMe, une plateforme permettant aux entreprises, notamment aux cabinets d’avocats, de faire appel à des étudiants auto-entrepreneurs pour la réalisation de tous types de missions ponctuelles.

Autre histoire et autres motivations pour Elsa de Noblet, dont la reconversion a été guidée par l’envie de vivre pleinement son expatriation new-yorkaise. A son arrivée aux Etats-Unis, cette spécialiste en propriété intellectuelle, qui a exercé chez Freshfields Bruckhaus Deringer pendant huit ans avant de devenir directrice juridique en charge de l’acquisition des programmes de TF1, doit faire un choix : poursuivre une carrière juridique en passant le barreau de New York ou prendre le chemin d’une nouvelle expérience. Le désir de changement l’a finalement emporté. «A l’étranger, on se sent plus libre d’aller vers des terrains inconnus», précise-t-elle. Depuis trois ans, elle travaille ainsi en tant qu’architecte d’intérieur et graphique designer dans une agence sur des projets d’hôtels et de restaurants. Elle a par ailleurs cofondé www.thedesignmaze.com, un guide sur le design new-yorkais. Sur un coup de tête, Catherine Kluger a elle aussi opéré un virage radical. En 2009, elle laisse tomber son cabinet spécialisé en IP, monté six ans plus tôt, pour créer Les Tartes Kluger. Le concept est simple : revisiter les recettes des tartes de notre enfance. «Avec le recul je dois admettre que c’était très aventureux», indique cette ancienne directrice juridique et RH de Yahoo, puis directeur business affairs de Virgin. Elle écrit, par ailleurs, cinq livres de recettes traduits en neuf langues et devient même consultante culinaire en 2015. Depuis le mois de janvier 2017, cette passionnée de cuisine a monté une nouvelle société proposant une gamme de granola bio, déjà vendus dans soixante-cinq points de vente.

L’avocature, une excellente préparation à l’entreprenariat

Si les différences entre leur ancienne et leur nouvelle profession sont majeures, des similitudes existent. «La profession d’avocat est aussi un métier d’entrepreneur, surtout lorsque l’on monte son propre cabinet», souligne Amaury d’Everlange. Dans tous les cas, l’avocature a constitué un véritable atout dans leur nouvelle vie. «Les études de droit structurent l’esprit, c’est indéniable, indique Catherine Kluger. Avoir exercé ce métier m’a apporté un excellent degré de compréhension.» Son ancien confrère considère également avoir acquis une force de travail très importante, ainsi qu’un esprit d’analyse et de synthèse. «Je regarde l’entreprise à travers le droit. Pour StaffMe, une véritable réflexion a été menée sur le contrat de travail et le statut d’auto-entrepreneur. Finalement, c’est presque un projet juridique», explique Amaury d’Everlange, qui n’exclut pas un retour à la profession. «Je conserve de cette époque, une grande rigueur, une organisation de la pensée, ainsi qu’une capacité à travailler dans des délais très courts, poursuit Elsa de Noblet. Par ailleurs, la gestion des clients et des projets fait appel aux mêmes qualités que celles nécessaires à la gestion des dossiers juridiques.» Regrettent-ils leur choix ? «Pas le moins du monde, car j’ai réellement pris goût à l’entrepreneuriat», précise Elsa de Noblet. Son ancienne consœur, Catherine Kluger, mesure ses propos : «Je n’ai aucun regret, mais je ne prêche pas non plus pour un virage radical : toutes les conséquences doivent être étudiées.»


La lettre d'Option Droit & Affaires

Toutes les nominations de la semaine

Aurélia Gervais

Associés des cabinets d'avocats, directeurs juridiques, conseillers financiers, suivez les mouvements des grands acteurs de la communauté.

Lire l'article

Chargement…