Parcours du directeur juridique, organisation de son équipe, explications sur son fonctionnement et sur ses conseils. Découvrez le portrait d'une direction juridique.
Qui la dirige
François Pinon était un littéraire, un authentique, qu’un échec au concours d’entrée à l’Ecole normale supérieure n’a pas détourné des bancs de la faculté de lettres. C’est pourtant en maîtrise, qu’il entreprit en parallèle son droit. Il obtiendra deux maîtrises, en droit fiscal et de carrières judiciaires. Mais les obligations militaires le rattrapent. Sorti major de l’Ecole des officiers de réserve, il intègre deux ans durant un bataillon de chasseurs alpins. Le temps a passé. Au lieu d’entamer un DESS, François Pinon préfère chercher du travail. L’associée d’un cabinet américain dans lequel il avait fait quelques travaux durant ses études le recrute. Et quand celle-ci intègre la direction juridique d’Eurodisney, en 1989, elle lui propose de la suivre. Il y restera six ans. Par un concours de circonstances, il intègre en 1995 la société libanaise Solidere, en charge de la reconstruction du centre-ville de Beyrouth, pour négocier les contrats avec des opérateurs internationaux. Au bout de trois ans, la mission touchait à sa fin et l’envie de revenir en France était là. Il devient directeur juridique en France d’Electronic Data System, l’une des SSII américaines les plus importantes alors. Trois ans encore, et il retourne chez Eurodisney. Pascal Quint, le directeur juridique, cherche un adjoint dans le cadre d’un plan de succession. En 2004, il devient directeur juridique et membre du comité exécutif. De la restructuration financière majeure et très médiatique aux opérations de développement immobilier, il y restera jusqu’en 2011. Ironie du sort, c’est Pascal Quint, alors secrétaire général du groupe Accor qui le recrutera comme directeur juridique groupe. Depuis 2013, il est également secrétaire du conseil et en charge du risk management.
Comment elle s’organise
Avec près de 90 personnes, dont 70 juristes, la direction est décentralisée à 90 %. Une dizaine de juristes sont en central sur le corporate. La plus importante des directions juridiques locales est en France, avec une quinzaine de juristes. A São Paulo, il y en a dix ; deux pour les Etats-Unis et le Canada ; de deux à cinq dans plusieurs pays de l’Union européenne. La région de l’Asie et du Pacifique en compte sept. Enfin, l’Afrique et le Moyen-Orient sont pilotés par des équipes implantées à Paris, Dubai et au Maroc. «Chacune des directions rapporte hiérarchiquement au dirigeant de sa zone et en fonctionnel à moi.» Tous disposent d’un excellent niveau d’autonomie. «Toutes les quatre ou cinq semaines, nous avons une réunion téléphonique avec la dizaine de patrons juridiques du groupe. C’est l’occasion d’un reporting et d’un échange variant selon l’actualité du groupe.» Localement, les équipes ont principalement en charge la structuration des activités en droit des sociétés, la contractualisation des projets avec les différentes parties prenantes en matière de développement ainsi que les contentieux locaux. En central, quatre pôles : digital, distribution, marketing, propriété intellectuelle, avec quatre juristes ; droit boursier, financier et gouvernance, avec un juriste ; immobilier, un juriste ; achats groupe et France, ventes et partenariats, avec un juriste. Un directeur juridique corporate coordonne cette équipe centrale. «Les patrons de la filière se connaissent bien et souvent depuis longtemps. Un comité de direction juridique est organisé tous les six à neuf mois, deux jours durant, afin de parler directement technique et management. Nous organisons aussi tous les deux à trois ans une convention mondiale des juristes et paralegals. La dernière remonte à septembre dernier.»
Comment elle se positionne
Rattachée au directeur général délégué, Sven Boinet, la direction est perçue comme une filière transversale. Les juristes sont membres de leurs comités de direction respectifs au niveau local et chacun est impliqué systématiquement très en amont dans les projets. «Tout le monde chez les juristes parle de la notion de business partner. Chez Accor, nous le faisons en ce sens que notre approche du droit consiste non seulement à faire en sorte que nous puissions apporter un regard juridique sur les projets du groupe, mais aussi en nous sentant libres et légitimes à donner notre avis de manière plus générale sur un projet si nous estimons qu’il y a lieu de le faire. Pour arriver à cet état-là, il faut transcender le droit par la pratique et une approche opérationnelle du métier.»
Qui la conseille
Pas de panel mondial et une grande liberté de choix des conseils, deux principes les guident : des hommes et des disciplines plus que des cabinets. Parmi les nombreux cabinets, on citera par exemple : Allen & Overy, Ashurst, August & Debouzy en droit social, Cleary Gottlieb Steen & Hamilton, Clifford Chance, Santarelli et Dreyfus & Associés pour les marques et les noms de domaines, ainsi que
Latham & Watkins, Linklaters, Proskauer Rose, Dentons.