La lettre d'Option Droit & Affaires

Le deal de la semaine

KissKissBankBank dans la bannette de La Banque Postale

Publié le 5 juillet 2017 à 16h35

Houda El Boudrari

Le pionnier du crowdfunding en France renonce à son indépendance pour intégrer le giron de La Banque Postale.

Créée en 2009, l’entité qui chapeaute les trois plateformes de financement participatif KissKissBankBank (don contre don), Hellomerci (prêt entre particuliers) et Lendopolis (prêt des particuliers aux entreprises) revendique 1,3 million de membres, 27 000 projets financés et 83 millions d’euros collectés. Le montant de la transaction n’a pas été révélé, mais des sources concordantes évoquent une valorisation supérieure à 50 millions d’euros, à rapprocher des 20 millions d’euros que valait la FinTech lors de sa dernière levée en février 2016. A l’époque, KissKissBankBank avait collecté 5,3 millions d’euros auprès d’Orange Digital Ventures et d’XAnge, son VC historique, ancienne filiale de La Banque Postale avant son rachat par Siparex il y a deux ans. XAnge avait en effet injecté 750 000 euros à la création de l’entreprise en 2009, puis avait mené le tour de 700 000 euros avec des business angels deux ans plus tard, et remis au pot 500 000 euros en 2012. Mais le lien entre La Banque Postale et la FinTech remonte aussi à un partenariat noué il y a six ans en vertu duquel l’établissement bancaire finançait une partie des objectifs de collecte des projets plébiscités par le public de la plateforme. Le rachat de l’entreprise, qui emploie 25 salariés et générait 1,7 million d’euros de chiffre d’affaires en 2015, s’explique aussi par le renforcement de la concurrence du marché du financement participatif, avec la multiplication des plateformes aussi bien sur le segment des dons que des prêts. Les fondateurs, qui restent aux manettes opérationnelles de l’entreprise, ont préféré s’adosser à un groupe solide pour sécuriser l’avenir de la start-up. Ce rapprochement conforte par ailleurs la vague d’acquisitions des FinTech par les établissements bancaires soucieux de maîtriser leur propre «ubérisation», comme en témoigne l’acquisition récente de Compte Nickel par BNP Paribas. La Banque Postale a été conseillée par De Pardieu Brocas Maffei avec Guillaume Touttée, associé, Raphaëlle de Gabrielli, Thomas Forin et Pierre-Marie Gallo pour les aspects corporate, Philippe Rozec, associé, et Louise Thiébaut pour les aspects de droit social, Jérôme Mas pour les aspects de droit fiscal, et Barbara Levy, associée, et Anaïs Bevilacqua pour les aspects de propriété intellectuelle. KissKissBankBank était accompagnée par Orrick Rambaud Martel avec Saam Golshani, associé, Julien Bensaid et Agnieszka Opalach pour les aspects corporate, et Emmanuel Bénard, associé, et Chek-Lhy Luu pour les aspects de droit social.

Le conseil de La Banque Postale : Guillaume Touttée, associé chez De Pardieu Brocas Maffei

Dans quel contexte se sont déroulées les négociations ?

Cette opération s’inscrit dans un contexte d’appétit croissant des établissements bancaires pour les FinTech avec l’accélération des process d’acquisitions ces derniers mois. Dans cet environnement concurrentiel, La Banque Postale bénéficie d’un historique de partenariat commercial de longue date avec KissKissBankBank qui lui a permis de se positionner en amont sur le deal et de bénéficier d’un cadre de négociations privilégié, capitalisant sur la relation de confiance tissée avec l’équipe de la FinTech.

Quelles sont les particularités juridiques de l’opération ?

Comme dans toutes les fusions-acquisitions dans le secteur bancaire, une attention particulière est portée à l’aspect IT et au volet réglementaire. Pour les FinTech en général qui se positionnent sur des maillons de la chaîne des services financiers, on accorde une vigilance accrue à la partie réglementée de leur activité pour s’assurer que l’intégration au sein du groupe financier se fait en conformité des standards dictés par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). Un soin particulier est également apporté aux conditions d’intégration de l’équipe des fondateurs pour qu’elles soient compatibles avec l’ADN FinTech. D’autant plus que ces acquisitions sont très atypiques par rapport aux cibles traditionnelles des banques, que ce soit en termes de taille ou de culture.

Justement, comment voyez-vous le choc des cultures entre des start-up disruptives et un système financier réputé conservateur ?

On assiste en effet à un paradoxe intéressant : les fondateurs des FinTech s’inscrivent dans une culture alternative du système financier, mais n’ont d’autre choix pour se développer que d’intégrer de grands groupes aux reins solides. Cela pose de multiples défis des deux côtés. Plus que l’acquisition des technologies, les banques qui rachètent des FinTech veulent s’imprégner de cet ADN disruptif et le distiller dans leur organisation pour devenir acteurs de l’innovation de leur secteur. Dans le cas de KissKissBankBank, cette acquisition s’inscrit dans la stratégie de développement digital de La Banque Postale, qui souhaite élargir son offre de produits et services pour répondre aux attentes de ses clients ainsi qu’aux nouveaux usages bancaires.


La lettre d'Option Droit & Affaires

Europe contre Google: la fin d’un premier round

Coralie Bach

Amende record, enquête particulièrement longue et technique, la condamnation de Google pour pratiques anticoncurrentielles se démarque à plus d’un titre. Elle ouvre également la voie à de nouveaux contentieux.

Lire l'article

Chargement…