La lettre d'Option Droit & Affaires

Focus

L’infrastructure tire son épingle du jeu

Publié le 9 novembre 2016 à 11h53

Coralie Bach

Encouragé par le contexte de taux bas et de récentes évolutions réglementaires, les fonds d’infrastructure continuent de séduire les investisseurs institutionnels. Mais leurs recherches d’actifs sûrs, déjà en exploitation, les placent parfois en compétition avec les fonds de private equity.

Ces derniers mois, plusieurs annonces ont remis l’infrastructure en lumière. Parmi elles, le closing du troisième fonds d’Infravia à 1 milliard d’euros, la collecte de 425 millions d’euros de Meridiam pour son véhicule dédié à la transition énergétique, ou encore la mise de 40 millions d’euros de la Banque européenne d’investissement dans le fonds de Quaero Capital, nouveau venu sur ce métier. «Les institutionnels marquent de plus en plus d’intérêt pour les infrastructures», note Jean-Christel Trabarel, le fondateur de Jasmin Capital, une société de conseil en investissement non coté. «Si auparavant seuls les gros acteurs misaient sur ce marché, nous voyons l’arrivée d’investisseurs de taille moyenne comme des mutuelles.»

Un environnement porteur

A la recherche d’investissements aux rendements réguliers, les assureurs et fonds de pension comptent parmi les premiers soutiens de l’infrastructure. «Le contexte de taux bas a conduit les institutionnels à accroître leurs allocations», note le président d’Infravia, Vincent Levita dont le dernier fonds a collecté deux fois plus que le précédent véhicule. En outre, la zone euro pourrait bénéficier de l’effet Brexit : «Avec la chute de la livre sterling, le sujet devise devient prégnant, souligne Jean-Christel Trabarel. Les souscripteurs qui ont leur passif en euros veulent que les investissements soient réalisés dans la même monnaie pour ne pas assumer de risque de change.» Autre point positif pour la classe d’actif : la récente modification de Solvency 2 qui réduit les exigences de fonds propres pour les assureurs souhaitant investir dans l’infrastructure. «Dans la première mouture de la réglementation, les fonds d’infrastructure était considérés comme aussi risqués que les hedge funds ou le private equity, et subissaient donc les mêmes pénalités de capital, explique Vincent Levita. Désormais, le taux de capital exigé se situe entre celui de l’immobilier et celui du private equity.»

Cette montée en puissance des infrastructures s’accompagne de la création de nouveaux acteurs, à l’image de Quaero Capital, qui lève actuellement son premier fonds. Contrairement aux mastodontes du secteur, comme Ardian ou Meridiam, dont les fonds sous gestion sont de plusieurs milliards d’euros, Quaero se place sur le bas du marché avec un objectif final de 250 millions d’euros. «Plus récente que le private equity, l’infrastructure va certainement connaître la même évolution, à savoir une segmentation progressive entre small, mid et large market, note Jean-Christel Trabarel. Dans ce contexte, il y a de place à prendre pour des petits fonds.»

Des frontières parfois floues avec le private equity

Côté investissement, si les transports et les infrastructures dites sociales (écoles, hôpitaux, stades, etc.) restent des secteurs traditionnels, l’énergie, avec l’évolution des producteurs vers l’énergie verte, ainsi que les télécoms ont le vent en poupe. «Les investissements dans les télécoms sont assez récents, note Vincent Levita. Ils sont liés à la croissance du secteur et aux importants besoins d’investissements tant en matière de réseaux, que de tours ou de data center.» Mais quelle que soit l’activité visée, les fonds restent très concentrés sur des projets matures, déjà en exploitation (brownfield), au détriment des projets en construction (greenfield). «Les investissements greenfield doivent faire face à une multitude de blocages politiques et administratifs, poursuit-il. Ils ont besoin d’être soutenus par une forte volonté politique ; faute de quoi ils s’enlisent.» Les rebondissements liés à la construction de l’aéroport de Notre Dame des Landes ou à la création du CDG express (la navette grande vitesse devant relier l’aéroport à Paris) illustrent les difficultés que peuvent rencontrer ce type de dossier.

Reste qu’en se focalisant sur des sujets matures, les fonds d’infrastructure se placent parfois en concurrence avec les fonds de private equity. En mai dernier, 3i infrastructure, accompagné de la branche infrastructure de Deutsche Bank AM, a par exemple remporté le loueur belge de matériel aéroportuaire TCR face à Astorg, Cinven et PAI. «Une zone grise a toujours existé entre le private equity et les infrastructures, affirme Vincent Levita. Ces situations ne sont pas la conséquence d’un manque d’opportunité mais simplement des choix stratégiques des gestionnaires de fonds.» Mais l’abondance d’argent disponible tant chez les acteurs de l’infra que chez ceux du private equity devrait renforcer cette compétition.


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