La lettre d'Option Droit & Affaires

Interview

AGN Avocats lève 1 million d’euros auprès d’avocats et de notaires

Publié le 10 février 2016 à 15h15    Mis à jour le 11 février 2016 à 9h30

Delphine Iweins

Premier cabinet en France à avoir levé des fonds, d’un montant de 1 million d’euros, les dirigeants du réseau AGN Avocats, Philippe Charles, Frédéric Moréas et Jérôme Célié, reviennent en détail sur cette opération et livrent leur vision de la profession d’avocat.

Pourquoi avez-vous levé ces fonds ?

Philippe Charles : Aujourd’hui, le modèle AGN Avocats est dans une période de développement important. Dans le cadre d’une croissance d’entreprise, lorsque vous êtes entrepreneur, soit vous financez cette croissance par de l’autofinancement ou vos finances personnelles, soit par une augmentation des fonds propres. Il était évident que nous étions arrivés au bout de la première piste. Il était donc temps de passer à la seconde option pour satisfaire notre rythme de croissance. De ce point de vue, les personnes qui défendent la thèse de l’autofinancement des capitaux des cabinets d’avocats vont plonger les avocats dans une impasse. Personne n’oserait dire dans l’économie contemporaine qu’une entreprise ne peut croître que par de l’autofinancement…

Frédéric Moréas : Le barreau de Paris a, bien entendu, validé cette levée de fonds.

Philippe Charles : Ce million d’euros va nous permettre de financer trois évolutions de notre modèle : renforcer l’équipe franchiseur à la tête du réseau AGN Avocats, lancer prochainement un site internet sur lequel nous avons travaillé durant huit mois et qui proposera des prestations juridiques payantes en ligne. Nous envisageons de digitaliser une partie de l’activité du cabinet. Enfin, nous venons de faire tomber la règle qui interdisait la publicité des avocats depuis 1972, nous imaginons qu’il serait assez intéressant en 2016 de pouvoir un peu communiquer sur notre offre.

Qui sont les investisseurs ?

Frédéric Moréas : Il s’agit de huit avocats expérimentés et d’un notaire. Ce sont d’anciens dirigeants de cabinets, notamment anglo-saxons, d’anciens représentants de la profession et de praticiens très reconnus sur leur marché. Ils partagent tous la conviction que le marché du droit va changer, que l’avocat a une carte à jouer et que nous serons sans doute l’acteur qui permettra à ce marché d’évoluer. Ils détiennent, désormais, une petite partie de notre capital.

Philippe Charles : C’est un travail que nous avons commencé au mois de juin et que nous avons clôturé en novembre dernier. Il s’agit d’un cadre classique de levée de fonds, de présentation du projet, de partage de nos convictions, etc. Nous l’avons fait en tant que professionnels du droit et auprès de professions réglementées du droit.

La loi Macron, dont les décrets d’application ne sont pas parus, vous a-t-elle aidés pour effectuer cette levée de fonds ?

Frédéric Moréas : Notre levée de fonds a été faite sur la base de techniques existantes. Grâce aux futurs textes des décrets d’application de la loi Macron, dont nous connaissons à peu près la teneur, nous allons pouvoir réinvestir cette somme dans des projets qui n’étaient pas envisageables avant cette loi.

Jérôme Célié : Nous aurions pu lever des fonds sans la loi Macron, mais son application à venir va nous permettre d’envisager notre futur développement.

Pourquoi, dans ce cas, êtes-vous les premiers et les seuls à lever de tels fonds ?

Jérôme Célié : Nous sommes le premier cabinet à avoir mis au point le modèle d’agence, décliné ensuite sous forme de franchise. Nous allons lancer un site internet marchand et nous venons de faire tomber la règle sur la publicité. Il fallait lever des fonds et trouver neuf personnalités qui partagent cet état d’esprit de pionnier.

Philippe Charles : Dans le contexte actuel, il était important de prendre les devants du marché en tant qu’avocats.

Vers quoi doit tendre, selon vous, l’avocat pour répondre aux nouveaux besoins du marché ?

Frédéric Moréas : L’avocat doit se rapprocher de ses clients. Nous l’avons fait en créant des agences physiques dans la rue, maintenant nous allons les retrouver sur Internet. La déontologie est évidemment notre premier atout vis-à-vis de nos clients. Mais certaines règles sont désuètes, comme l’interdiction de la publicité ou de l’ouverture du capital à des tiers. Sur le marché du droit, c’est à la profession d’avocat d’innover et, pour cela, il faut qu’elle puisse devenir une véritable entreprise c’est-à-dire : lever des fonds, faire de la publicité, aller sur Internet et rendre une prestation au service de nos clients.


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