Back Market, plateforme d’e-commerce française fondée fin 2014 et spécialisée dans la vente de biens électroniques reconditionnés, a procédé à une levée de fonds en série C d’un montant total de 110 millions d’euros.
Emmenée par Goldman Sachs Growth, aux côtés d’Eurazeo Growth et d’Aglaé Ventures, cette opération traduit la volonté de l’entreprise de se développer à l’international, en particulier aux Etats-Unis, où la start-up s’est lancée il y a deux ans. Le marché nord-américain constitue aujourd’hui le deuxième marché le plus important de la société, l’Hexagone représentant encore un peu plus de la moitié de son chiffre d’affaires. Le confinement actuel a eu pour effet de doper les ventes de la jeune pousse qui affirme proposer les articles de 1 200 marchands. Parmi les produits leaders proposés par Back Market : le smartphone qui représente 70 % des transactions sur le site. En contrepartie des ventes, la start-up prend un pourcentage unique (10 %), quel que soit le type de produit électronique revendu sur sa plateforme. Le souhait de Back Market est à terme de doubler son équipe d’ici à 2022. Elle emploie déjà 300 salariés dans huit pays. White & Case a conseillé Goldman Sachs avec Saam Golshani et Guillaume Vitrich, associés, Hugues Racovski, Elena Ruggiu et Tiphanie Levassort, en corporate ; Alexandre Jaurett, associé, Dany Luu, en social ; Clara Hainsdorf, associée, Laura Tuszynski en IP ; Ludovic Malgrain, associé, Arthur Merle-Beral et Grégoire Durand sur les aspects liés à la compliance. Le bureau londonien du cabinet est également intervenu sur l’opération. Jones Day a accompagné Back Market, ses fondateurs ainsi qu’Eurazeo Growth et Aglaé Ventures, investisseurs historiques de la jeune pousse, avec Charles Gavoty, associé, et Jérémie Noel en corporate.
Le conseil de Goldman Sachs : Guillaume Vitrich, associé, chez White & Case
Quelle a été la genèse de l’opération ?
Après deux tours de table, dont le dernier en 2018 s’est élevé à 41 millions d’euros, Back Market avait besoin de passer à la vitesse supérieure pour accélérer son développement. Dans le secteur des produits technologiques reconditionnés, cœur de métier de la plateforme, cela veut notamment dire croître sur le marché américain où elle est implantée depuis 2018. La rencontre entre les fondateurs de Back Market et les équipes de Goldman Sachs Growth s’est faite assez naturellement. Les discussions ont démarré en début d’année et l’opération a été bouclée rapidement. L’arrivée de la banque américaine au capital, outre l’apport en fonds, est un atout supplémentaire pour assurer le développement de la start-up française outre-Atlantique. Cela lui ouvrira assurément des marchés. Les investisseurs historiques ont aussi accepté de réinvestir au capital, ce qui montre leur confiance dans la résilience du business model de la plateforme. La crise que nous traversons a d’ailleurs renforcé Back Market, car les consommateurs ont eu besoin de s’équiper en produits et outils technologiques. Le choix du reconditionné devient de plus en plus un réflexe pour des raisons écologiques et économiques.
Quelles spécificités juridiques sont à souligner concernant ce deal ?
Les problématiques rencontrées sont celles habituellement liées aux levées de fonds de série C. On a un nouvel entrant qui rejoint des investisseurs historiques déjà liés aux fondateurs par un pacte bien établi. Il s’agit donc d’insérer cet acteur dans le pacte sans en déranger l’équilibre mais en intégrant le fait que Goldman Sachs est un établissement de crédit et une entité américaine soumise à une réglementation draconienne et extraterritoriale. De ce point de vue-là, les choses se sont très bien passées. Goldman Sachs était conscient de l’importance de préserver l’agilité de Back Market, essentielle à son développement. Côté exécution de l’opération, la pandémie ne nous a entravés en rien.
Le marché de la tech reste-t-il porteur pour les investisseurs ?
Je note même une accélération depuis que les pouvoirs publics se sont saisis du sujet. Le récent rapport sur le financement de la 4e révolution industrielle de Philippe Tibi a souligné le problème de l’accès au financement pour les séries C et au-delà. Pour permettre ce passage du seuil de valorisation des 300-400 millions d’euros au maître-étalon du milliard, les pépites françaises sont encore trop souvent contraintes de franchir l’Atlantique pour se financer. Sur ce point, les choses sont en train de changer dans le bon sens. Par ailleurs, les fonds ont de l’argent à investir et l’évolution des modes de consommation, combinée à l’essor du digital, va continuer de favoriser les acteurs de la tech qui sauront tirer leur épingle du jeu. Après un moment de crispation lié à la pandémie et à l’examen critique de leurs participations en portefeuille, les fonds devraient poursuivre leurs opérations d’investissement dans ce secteur, même si certaines valorisations seront sans doute moins élevées car on observe un retour aux fondamentaux.